LIVRE SIXIÈME
tion, ou les exprimer sur le papier; les comparer ensemble selon les règles des combinaisons^ et voir si le rapport composé que Von cherche est quelqu'un de tous les rapports composés qui résultent de ces nouvelles comparaisons.
S'il n'y a pas un de ces rapports que Von a découverts qui l'enferme la résolution de la question ^ il faut de tous ces rapports retrancher les inutiles j, se rendre les autres familiers.
elc Et en continuant de cette manière, on découvrira la
vérité ou le rapport que l'on cherche , si composé qu'il soit , pourvu qu'on puisse étendre suffisamment la capacité de l'esprit en abrégeant ses idées, et que dans toutes ces opérations Ton ait toujours en vue le terme oii l'on doit tendre. Cai; c'est la vue continuelle de la question qui doit régler toutes les démarches de l'esprit, puisqu'il faut toujours savoir où Ton va.
11 faut surtout prendre garde à ne pas se contenter de quelque lueur ou de quelque vraisemblance, et recommencer si souvent les comparaisons qui servent à découvrir la vérité que l'on cherche, qu'on ne puisse s'empêcher de la croire , sans sentir les reproches secrets du maître qui répond à notre demande, je veux dire à notre travail, à l'application de notre esprit et aux désirs de notre cœur. Et alors cette vérité pourra nous servir de principe infaillible pour avancer dans les sciences.
Toutes ces règles que nous venons de donner ne sont pas nécessaires généralement dans toute sorte de questions ; car lorsque les questions sont très-faciles, la première règle suffît ; l'on n'a besoin que de la première et de la seconde dans quelques autres questions. En un mot, puisqu'il faut faire usage de ces règles jusqu'à ce qu'on ait découvert la vérité que l'on cherche, il est nécessaire d'en pratiquer d'autant plus que les questions sont plus diffîciles.
Ces règles ne sont pas en grand nombre. Elles dépendent toutes les unes des autres. Elles sont naturelles, et on se les peut rendre si familières , qu'il ne sera point nécessaire, d'y penser beaucoup dans le temps qu'on s'en voudra servir. En un mot, elles peuvent régler l'attention de l'esprit sans le partager, c'est-à-dire qu'elles ont une partie de ce qu'on souhaite. Mais elles paraissent si peu considérables par elles-mêmes, qu'il est nécessaire, pour les rendre recommandables, que je fasse voir que les philosophes sont tombés dans un
très-grand nombre d'eiTeins et d'extravagances, à cause qu'ils n'ont pas seulement observé les deux premières, qui sont les plus faciles et les principales , et que c'est aussi par l'usage que M. Descartes en a fait qu'il a découvert toutes ces grandes et fécondes vérités dont on peut s'instruire dans ses ouvrages.