CHAPITRE Ylll
Appiicati(»n des autres règles à des questions particulières.
11 y a des questions de deux sortes, de simples et de composées. La résolution des premières ne dépend que de la seule attention de l'esprit aux idées claires des termes qui les expriment. Les autres ne se peuvent résoudre que par compai-aison à une troisième ou à plusieurs autres idées; on ne peut découvrir les rapports inconnus qui sont exprimés par les termes de la question, en comparant immédiatement les idées de ces termes, car elles ne peuvent se joindre ou se comparer. Il faut donc une ou plusieurs idées moyennes afin de faire les comparaisons nécessaires pour découvrir ces rapports, et observer exactement que ces idées moyennes soient claires et distinctes, à proportion que f on tâche de découvrir des rapports plus exacts et en plus grand nombre.
Cette règle n'est qu'une suite de la première, et elle est d'une égale importance. Car s'il est nécessaire, pour connaître exactement les rapports des choses que l'on compare, d'en
avoir des idées claires et distinctes^ il est nécessaire^ par la nierae raison , de bien connaître les idées moyennes par lesqnelles on prétend faire ces comparaisons, puisqu'il faut connaître distinctement le rapport de la mesure avec chacune des choses que Ton mesure pour en découvrir les rapports. Voici des exemples.
Lorsqu'on laisse nager librement un petit vase fort léger dans le(fuel il y a une pierre d'aimant, si Ton vient à présenter au pôle septentrional de cet aimant le même pôle d'un autre aimant que Ton tient entre ses mains, aussitôt on voit que le premiei* aimant se j'etire comme s'il était poussé par quelque vent violent. Et l'on désire savoir la cause de cet effet.
Il est assez visible que, pour rendre raison du mouvement de cet aimant, il ne suffit pas de connaître les rapports qu'il a avec l'autre; car, quand même on les connaîtrait parfaitement tous, on ne pouri-ait pas comprendre comment ces deux corps se pourraient pousser sans se rencontrer.
Il faut donc examiner quelles sont les choses que l'on connaît distinctement être capables , selon l'ordre de la nature , de remuer quelque corps ; car il est question de découvi'ir la cause naturelle du mouvement de Faimant, qui est certainement un corps. Ainsi il ne faut point recourir à quelque qualité , à quelque foj'me ou à quel({ue entité que l'on ne connaît point clairement être capable de remuer les corps , ni même à quelque intelligence, car on ne sait point avec certitude que les intelligences soient les causes ordinaires des mouvements naturels des corps, ni même si elles peuvent produire du mouvement.
On sait évidemment que c'est une loi de la nature que les corps se remuent les uns les autres lorsqu'ils se rencontrent; il faut donc tâcher d'expliquer le mouvement de l'aimant par le moyen de quelque corps qui le rencontre. Il est vrai (ju'il se peut faire qu'il y ait quelque autre chose (pi'un corps (jui le remue; mais, si l'on n'a point d'idée distincte de cette chose, il ne faut point s'en servir com;iie d'un moyen recevable pour découvrir ce qu'on cherche , ni pour l'expUcpier aux autres; car ce n'est pas rendre raison d'un eiret que d'en donner pour cause une chose que personne ne conçoit claii ement. 11 ne faut donc point se mettre en peine s'il y a ou s'il n'y a pas quelque autre cause naturelle du mouvement des corps (jue leur nuituelle rencontre ; il faut phitôt s\q)posci