‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 192 sur 214 · LIVRE SIXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIEME

faut point être trop surpris de la difTérence des pôles de i'aimant; car cette différence peut être expliquée en bien des manières , et il n'y a de la difficulté qu'à reconnaître la véritable.

Si l'on avait tâché de résoudi^e la question que l'on vient d'examiner, en commençant par les petits corps qu'on su{k pose sortir de l'aimant C , on aurait trouvé la même chose , et Ton aurait aussi découvert que l'air est composé d'une infinité de parties qui sont dans une agitation continuelle ; car sans cela il serait impossible que l'aimant c pût s'approcher de l'aimant C. Je ne m'arrête pas à exphquer ceci , parce que cela n'est pas difficile.

Voici une question plus composée que les précédentes, et dans laquelle il faut fciire usage de plusiem^s règles. On demande quelle peut être la cause naturelle et mécanique du mouvement de nos membres.

L'idée de cause naturelle est claire et distincte, si on l'entend comme je l'ai expliqué dans la question i>récédente ; mais le terme de mouvement de nos membres est équivoque et confus , car il y a plusieurs sortes de ces mouvements : il y en a de volontaires , de naturels et de convulsifs. 11 y a aussi différents membres dans le corps de l'homme. Ainsi, selon la première règle, je dois demander duquel de ces mouvements on souhaite de savoir la cause. Mais si on laisse la question indéterminée , afin que j'en use à mon choix , j'exanîine la question de cette sorte.

Je considère avec attention les propriétés de ces mouvements ; et parce que je découvre d'abord que les mouA ements volontaires se font d'ordinaire plus promptement que les convulsifs, j'en conclus que lem* cause en peut être différente. Ainsi je puis et je dois par conséquent examiner la question par parties, car elle paraît être de longue discussion.

Je me restreins à ne considéi^er d'abord que le mouvement volontaire ; et parce que nous avons plusieurs parties qui servent à ces mouvements, je ne m'attache qu'au bras. Je l onsidère donc que le bras est composé de plusieurs muscles qui ont presque tous quelque action lorsqu'on lève de terre ou qu'on remue di^ersement quelque corps; mais je ne m'arrête qu'à un seul, voulant bien supposer que les autres sont à peu près foi més d'une même manière. Je m'instruis de sa romposition pai* quelque hvre d anat^mio, ou plutôt

II'' PAUTIE.

par la vue sensible de ses libres et de ses ieiidoiis , (jue je me fais disséquer par quelque babile anatomiste à qui je tais toutes les demandes ({ui pourront dans la suite me faire naî- We dans l'esprit quelque moyen de trouver ce que je cherche.

Considérant donc toutes choses avec attention , je ne puis doutei' que le principe du mouvement de mon bras ne dépende de raccourcissement des muscles qui le composent. Kt si je veux bien^, pour ne pas m'embarrasser de trop de choses, supposer, selon l'opinion commune, que cet accourcissement se fait par le moyen des esprits animaux qui remplissent le ventre de ces muscles et qui en approchent ainsi les extrémités , toute la question qui regarde le mouvement volontahc sera réduite à savoir comment le peu d'esprits animaux qui sont contenus dans un bras peuvent en enfler subitement les muscles selon les ordres de la volonté avec une force suffisante pour lever un fardeau de cent pesant et davantage.

Quand on médite ceci avec quelque application, le premier moyen qui se présente à l'imagination est d'ordinaire celui de quelque effervescence prompte et violente semblable à cdle de la poudre à canon , ou de certaines liqueurs remplies de sels alcalis, lorsqu'on les mêle avec celles qui sont roides ou pleines de sel acide. Quelque peu de poudre à canon est capable, lorsqu'elle s'allume, d'enlever non-seulement un faideau de cent livres, mais une tour et même une montagne. Les tremblements de terre qui renversent des villes et qui secouent des provinces entières se font aussi par des esprits qui s'allument sous terre à peu près comme la poudre à canon. Ainsi, en supposant dans le bras une cause de la fermentation et de la dilatation des esprits, on poui-ra dire qu'elle est le principe de cette f(n-ce qu'ont les hommes pour faire des mouvements si prompts et si violents.

Cependant, comme on doit se défier de ces moyens qui n'entient dans l'esprit que par les sens et dont on n'a point de connaissance claire et évidente, on ne doit pas si facilement se servir de celui-ci ; car enfin il ne suffit pas de rendre raison de la force et de la promptitude de nos mouvements par une comparaison. Cette raison est confuse , mais de plus elle est imparfaite, car on doit expliquer ici un mouvement volontaire, et la fermentation n'est pas volontaire. Le sang se fermente avec excès dans les fièvres, et l'on ne peut l'en empêcher. Les esprits s'enfianunent et s'agitent dans le cerveau,

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