‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 195 sur 214 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

très-divisibles et nécessairement divisibles par leur essence et par leur nature. Car la partie A est très-certainement une substance aussi bien que B, et par conséquent il est clair que A peut exister sans B ou séparé de B, puisque les substances peuvent exister les unes sans les autres^ parce que autrement elles ne seraient pas des substances.

De dire que A ne soit pas une substance, cela ne se peut ; car je le puis concevoir sans penser à B, et tout ce qu'on peut concevoir seul n'est point un mode, puisqu'il n'y a que les modes ou manières d'être qui ne se puissent concevoir seuls ou sans les êtres dont ils sont les manières. Donc A n'étant point jin mode, c'est une substance, puisque tout être est nécessairement ou une substance ou bien une manière d'être. Car enfin tout ce qui est se peut concevoir seul ou ne le peut pas ; il n'y a pas de milieu dans les propositions contradictoires, et l'on appelle être ou substance ce qui peut être conçu et par conséquent créé seul. La partie A peut donc exister sans la partie B, et à plus forte raison elle peut exister séparément de B. De sorte que ce lien est divisible en A et en B.

De plus, si ce lien était indivisible ou crochu par sa nature et par son essence, il arriverait tout le contiaire de ce que nous voyons par l'expérience, car on ne pourrait rompre aucun corps. Supposons, comme auparavant, qu'un morceau de fer est composé d'une infinité de petits liens qui s'entrelacent les uns dans les autres, dont A, a, et B, b, en soient

deux. Je dis qu'on ne pourrait les décrocher, et par conséquent qu'on ne pourrait rompre ce fer; car pour le rompre il faudrait plier les liens qui le composent, lesquels cependant sont supposés inflexibles par leur, essence et par leur nature.

Que si on ne les suppose point inflexibles , mais seulement indivisibles par leur nature, la supposition ne servira de rien pour résoudre la question ; car alors la difficulté sera de savoir d'où vient que ces petits liens n'obéissent pas à l'effort que Ton fait pour ployer une barre de fer. Cependant, si l'on ne les suppose point inflexibles, on ne doit pas les supposer in-

DE LA MÉTHODE. — Il** PAUTIR. C)Gh

dhisihles ; car si les parties de ces liens pouvaient changer de situation les unes à l'égaid des autres, il est visible qu'elles se pourraient séparer, puisqu'il n'y a point de raison pourquoi si une partie peut un peu s'él(»igner de l'autre, elle ne le pourra pas tout à fait. Soit donc que l'on suppose ces petits liens inflexibles, soit qu'on les suppose indivisibles, on ne peut par ce moyen résoudre la question ; car si on ne les suppose qu'indivisibles , on doit rompre sans peine un morceau de fer; et si on les suppose inflexibles, il sera impossible de le rompre ; puisque les petits liens qui composent le fer étant embarrassés les uns dans les autres^ il sera impossible de les décrocher. Tachons donc de résoudre la difficulté par des principes clairs et incontestables et de trouver la raison pourquoi ce petit lien a ces deux parties, A, B, si fort attachées l'une à l'autre.

Je vois bien qu'il est nécessaire que je divise le sujet de ma méditation par parties , atin que je l'examine plus exactement et avec moins de contention d'esprit , puisque je n'ai pu d'abord , d'une simple vue et avec toute Fattention dont je suis capable , découvrir ce que je cherchais. Et c'est ce que je pouvais faire dès le commencement, car quand les sujets que l'on considère sont un peu cachés, c'est toujours le meilleur de ne les examiner que par parties , et de ne se point fatiguer inutilement sur de fausses espérances de rencontrer heureusement.

Ce que je cherche est la cause de l'étroite union qui se trouve entre les petites parties qui composent le petit lien A , B. Or il n'y a que trois choses que je conçoive distinctement pouvoir être la cause que je cherche, savoir : les parties m{3mes de ce petit lien , ou bien la volonté de l'auteur de la nature, ou enfln les corps invisibles qui environnent ces petits liens. Je pouri ais encore apporter pour cause de ces choses la forme des corps, les qualités de dureté, ou quehpje qualité occulte , la sympathie qui serait entre les pai iies de même genre, etc. Mais parce que je n'ai point d'idée distincte de ces belles choses , je ne dois ni ne puis y appuyer mes raisonnements ; de sorte que , si je ne trouve pas la cause (}ue je cherche dans les choses dont j'ai des idées (Ustinctes, je ne me peinerai pas inutilement à la contemplation de ces idées >agues et générales de logicjue, et je cesserai de vouloir parler de ce que je n'entends point. Mais examinons la [)remierc

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