‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 198 sur 214 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

leur union, et que Ton en tire l'air; rexpérience apprend que ces deux hémisphères se joignent Tune à l'autre de telle sorte, que plusieurs chevaux que Ton y attelle par le moyen de quelques boucles, les uns d'un côté, les autres de l'autre, ne peuvent les séparer, supposé que les hémisphères soient grandes à proportion du nombre des chevaux. Cependant, si Ton y laisse rentrer l'air, une seule personne les sépare sans aucune difficulté. Il est facile de conclure de cette expérience que ce qui unissait si fortement ces deux hémisphères l'une avec l'autre venait de ce qu'étant comprimées à leur surface extérieure et con^^exe par Tair qui les environnait, elles ne Tétaient point en même temps dans leur surface concave et intérieure. De sorte que l'action des chevaux qui tiraient les deux hémisphères de deux côtés ne pouvait pas vaincre Teffort d'une infinité de petites parties d'air qui leur résistaient en pressant ces deux hémisphères. Mais la moindre force est capable de les séparer, lorsque l'air, étant rentré dans la sphère de cuivre, pousse les surfaces concaves et intérieures autant que l'air de dehors presse les surfaces extérieures et convexes.

Que si, au contraire, on prend une vessie de carpe et qu'on la mette dans un vase dont on tire l'air, cette vessie étant pleine d'air crève et se rompt, parce qu'alors il n'y a point d'air au dehors de la vessie qui résiste à celui qui est dedans. C'est encore pour cela que deux plans de verre ou de marbre ayant été usés les uns sur les autres se joignent, en sorte qu'on sent de la résistance à les séparer en un sens, parce que ces deux parties de marbre sont pressées et comprimées par l'air de dehors qui les environne, et ne sont point si fort poussées par le dedans. Je pourrais apporter une infinité d'autres expériences pour prouver que l'air grossier qui appuie sur les corps qu'il environne unit fortement leurs parties ; mais ce que j'ai dit suffit pour expliquer nettement ma pensée sur la question présente.

Je dis donc que ce qui fait que les parties des corps durs , et de ces petits liens dont j'ai parlé auparavant, sont si fort unies les unes avec les autres, c'est qu'il y a d'autres petits corps au dehors infiniment plus agités que l'air grossier que nous respirons , qui les poussent et qui les compriment, et que ce qui fait que nous avons de la peine à les séparer n'est pas leur repos, mais l'agitation de ces petits corps qui

DE LA METHODE. — 11' FAimF. G7T

les enviroiiiieut et qui les compriment. De sorte que ce qui résiste au mouvement n'est pas le repos , qui n'en est que la privation et qui n'a de soi aucune force , mais quelque mouvement contraire qu'il faut vaincre.

Cette simple exposition de mon sentiment paraît peut-être raisonnable ; néanmoins je prévois bien que plusieurs personnes auront beaucoup de peine à y entrer. Les corps durs font une si grande impression sur nos sens lorsqu'ils nous frappent, ou que nous faisons effort pour les rompre, que nous sommes portés à croire que leurs parties sont unies bien plus étroitement qu'elles ne le sont en effet. Et au contraire les petits corps que j'ai dits les environner, auxquels j''ai donné la force de pouvoir causer cette union, ne faisant aucune impressiori sur nos sens, semblent être trop faibles pour produire un effet si sensible.

Mais , pour détruire ce préjugé qui n'est fondé que sur les impressions de nos sens, et sur la difficulté que nous avons d'imaginer des corps plus petits et plus agités que ceux que nous voyons tous les jours , il faut considérer que la dureté des coi ps ne se doit pas mesurer par rapport à nos mains ou aux efforts que nous sommes capal)les de faire, qui sont diflérents en divers temps. Gai* enfin , si la pbis grande force des hommes n'était presque rien en comparaison de celle de la matière subtile , nous aurions grand tort de croire que les diamants et les pierres les plus dures ne peuvent avoir pourcause de leur dureté la compression des petits corps très-agités qui les environnent. Or on reconnaîtra visiblement que la force des hommes est très-peu de chose, si l'on considèri^ que la puissance qu'ils ont de mouvoir leur corps en tant de manières ne vient que d'une très-petite fermentation de leur sang , laquelle en agite quelque peu les petites [)arties et produit ainsi les esprits animaux. Car c'est l'agitation de ces esprits qui fait la force de notre corps, et (|ui nous donne le pouvoir de faire ces efforts que nous regai'dons sans raison comme quelque chose de fort grand et de foi't puissant.

Mais il faut bien remarquer (jue cette fermentation de notre sang n'est qu'une fort petite communication du mouvement de cette matière subtile dont nous venons de parler; car toutes les fermentations des corps visibles ne sont (jue des communications du mouvement des corps invisibles, puisque tout corps reçoit son agitation de quelque autre. Il ne

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