‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 4 sur 214 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

loiité veut ce bien , c'est-à-dire que Y impression que l'esprit reçoit sans cesse vers le bien indéterminé et universel le porte vers cette dignité. Mais comme cette dignité n'est pas le bien universel^ et qu'elle n'est point considérée^ par une vue claire et distincte de l'esprit , comme le bien universel ( car Tesprit ne voit jamais clairement ce qui n'est pas ) , Y impression que nous avons vers le bien universel n'est point entièrement arrêtée par ce bien particulier. L'esprit a du mouvement pour aller plus loin ; il n'aime point nécessairement ni invinciblement cette dignité^ et il est libre à son égard. Or sa liberté consiste en ce que n'étant point pleinement convaincu que cette dignité renferme tout le bien qu'il est capable d'aimer^ il peut suspendre son jugement et son amour; et ensuite^ comme nous expliquerons dans le troisième livre ^ il peut^ par l'union qu'il a avec l'être universel ou celui qui renferme tout bien , penser à d'autres choses et par conséquent aimer d'autres biens. Enfin il peut comparer tous les biens , les aimer selon l'ordre^ à proportion qu'ils sont aimables^ et les rapporter tous à celui qui les renferme tous et qui est seul digne de borner notre amour^ comme étant seul capable de remplir toute la capacité que nous avons d'aimer.

C'est à peu près la même chose de la connaissance de la vérité que de l'amour du bien. Nous aimons la connaissance de la vérité^ comme la jouissance du bien^ par une impression naturelle; et cette impression^ aussi bien que celle qui nous porte vers le bien^ n'est point invincible; elle n'est telle que par l'évidence ou par une connaissance parfaite et entière de l'objet ; et nous sommes aussi libres dans nos faux jugements que dans nos amours déréglés^ comme nous Talions faire voir dans le chapitre suivant.

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