‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 42 sur 214 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

ment celui qui se lève que nous voyons, ce n'est pas celui que nous regardons, puisqu'il est éloigné de plusieurs millions de lieues ; mais c'est ce premier qui est véritablement plus grand et tel que nous le voyons, parce que toutes les choses que nous voyons immédiatement sont toujours telles que nous les voyons, et nous ne nous trompons que parce que nous jugeons que ce que nous voyons immédiatement se trouve dans les objets extérieurs, qui sont cause de ce que nous voyons.

De même , quand nous voyons de la lumière en voyant ce premier soleil qui est immédiatement uni à notre esprit, nous ne nous trompons pas de croire que nous en voyons ; il n'est pas possible d'en douter. Mais notre erreur est que nous voulons, sans aucune raison et même contre toute raison, que cette lumière que nous voyons immédiatement existe dans le soleil qui est hors de nous. C'est la môme chose des autres objets de nos sens.

111. Si Ton prend garde à ce que nous avons dit dès le commencement et dans la suite de cet ouvrage, il sera facile de voir que, de toutes les choses qui se trouvent dans chaque sensation, l'erreur ne se rencontre que dans les jugements que nous faisons, que nos sensations sont dans les objets.

Premièrement , ce n'est pas une erreur d'ignorer que l'action des objets consiste dans le mouvement de quelques-unes de leurs parties , et que ce mouvement se communique aux organes de nos sens , qui sont les deux premières choses qui se trouvent dans chaque sensation ; car il y a bien de la différence entre ignorer une chose et être dans une erreur à l'égard de cette chose.

Secondement , nous ne nous trompons point dans la troisième , qui est proprement la sensation. Lorsque nous sentons de la chaleur, lorsque nous voyons de la lumière, des couleurs ou d'autres objets , il est vrai que nous les voyons , quand même nous serions frénétiques ; car il n'y a rien de plus vrai que tous les visionnaires voient ce qu'ils voient , et leur erreur ne consiste que dans les jugements qu'ils font que ce qu'ils voient existe véritablement au dehors à cause qu'ils le voient au dehors.

C'est ce jugement qui renferme un consentement de notre liberté, et par conséquent qui est sujet à l'erreur; et nous devons toujours nous empêcher de le faire, selon la règle que

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nous ayons mise au conunenceineut de ce livre : que nous ne devons jamais juger de quoi que ce soit lorsque nous pouvons nous en empêcher , et que Févidence et la certitude ne îious y contraignent pas ; comme il arrive ici ; car, (^oique nous nous sentions extrêmement portés, par une habitude très-forte , à juger que nos sensations sont dans les objets y comme que lii chaleur est dans le feu et les couleurs dans les tableaux , cependant nous ne voyons point de raison certaine et évidente qui nous pi^sse et qui nous oblige à le croire; et ainsi nous nous soumettons volontairement à l'erreur, par le mauvais usage que nous faisons de notre liberté, quand nous formons librement de tels jugements.

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