‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 44 sur 214 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

de lui y à proportion de sa con vexité. Or rexpérience apprend que si on met au foyer de cette loupe quelque petit morceau d'étoffe ou de papier noir ^ les rayons du soleil font une si grande impression sur cette étoffe ou sur ce papier , et ils en agitent les petites parties avec tant de violence qu'ils les rompent et les séparent les unes des autres ; en un mot , qu'ils les brûlent ou les réduisent en fumée et en cendres

Ainsi Ton doit conclure de cette expérience que si le nerf optique était noir ^ et que si la prunelle ou le trou de Xuvée par laquelle la lumière entre dans les yeux s'élargissait pour laisser librement passer les rayons du soleil^ au lieu qu'elle se rétrécit pour les en empêcher^ il arriverait la même chose à notre rétine qu'à cette étoffe ou à ce papier noir, et ses fibres seraient si fort agitées qu'elles seraient bientôt rompues et brûlées. C'est pour cette raison que la plupart des hommes sentent une grande doulevu^ s'ils l'egardent pour un moment le soleil, parce qu^iJs ne peuvent si bien fermer le trou de la prunelle qu'il n'y passe toujours assez de rayons pour agitei' les tîlets du nerf optique avec beaucoup de violence et avec quelque sujet de craindre qu'ils ne se rompent.

L'âme n'a aucune connaissance de tout ce que nous venons de dire ; et quand elle regarde le soleil , elle n'aperçoit ni son nerf optique ni qu'il y ait du mouvement dans ce nerf ; mais cela n'est pas une erreur , ce n'est qu'une simple ignorance, La première erreur où elle tombe est qu'elle juge que la douleur qu'elle sent est dans son œil.

Si , incontinent après qu'on a regardé le soleil , on enti'e dans un lieu fort obscur les yeux ouverts, cet ébranlement des fibres du nerf optique causé par les rayons du soleil diminue et se change peu à peu. C'est là tout le changement que l'on peut concevoir dans les yeux. Cependant ce n'est pas ce que l'âme aperçoit , mais seulement une lumière blanche et jaune ; et la seconde erreur est qu'elle juge que la lumière qu'elle voit est dans ses yeux ou sur une muraille proche de nous.

Enfin l'agitation des filjres de la féline diminue toujours et cesse peu à peu ; car lorsqu'un corps a été ébranlé , on n'y doit rien concevoir autre chose qu'une diminution de son mouvement ; mais ce n'est pdnt encore ce que l'âme sent

' Le papier noir brûle facilement, mais il faut une loui^e plus grande ou plus convexe pour brùl«r du papier blanc.

DES SlilNS. t03

dans ses yeux. Elle voit que la couleur blanche devient orangée , puis se cliauge en ronge , et enfin en bleu. Et la troisième erreur où nous tombons est que nous jugeons qu'il y a dans notre œil ou sur une muraille proche de nous des changements qui diffèrent bien davantage que du plus et du moins , à cause que les couleurs bleue ^ orangée et rouge que nous voyons diffèrent entre elles bien autrement que du plus et du moins.

Voilà quelques erreurs où nous tombons touchant la lumière et les couleurs ; et ces erreurs nous font encore tomber en beaucoup d'autres, comme nous Talions exphquer dans les chapitres suivants.

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