‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 45 sur 214 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

1. Que les erreurs de nos sens nous servent de principes généraux et fort féconds pour tirer de fausses conclusions, lesquelles servent de principes à leur tour. — H. Origine des différences essentielles. — Kl. Des formes substantielles. — IV. De quelques autres erreurs de la philosophie de l'école.

I. On a ^ ce me semble, expliqué suffisamment^ pour des personnes qui ne sont point préoccupées et qui sont capables de quelque attention d'esprit, en quoi consistent nos sensations et les erreurs générales qui s'y trouvent. Il est maintenant à propos de montrer qu'on s'est servi de ces erreurs générales comme de principes incontestables pour expliquer toutes choses ; qu'on en a tiré une infinité de fausses conséquences qui ont aussi à leur tour servi de principes pour tirer d'autres conséquences , et qu'ainsi on a composé peu à peu ces sciences imaginaires sans corps et sans réalité après lesquelles on court aveuglément , mais qui , semblables à des fantômes, ne laissent autre chose à ceux qui les embrassent que la confusion et la honte de s'être laissé séduire, ou ce caractère de folie qui fait qu'on prend plaisir à se repaître d'illusions et de chimères. C'est ce qu'il faut montrer en particulier par des exemples.

On a déjà dit que nous avions coutume d'attribuer aux objets nos propres sensations , et que nous jugions que les couleurs^ les odeurs, les saveurs et les autres qualités sensibles se trouvaient dans les corps que nous appelons colorés, odoriférants, savoureux , et ainsi des autres. On a reconnu (|ne c'est une eiTCur. 11 faut présentement montrer que nou« nous servons de cette erreur comme d'im principe ponr tirer

Page 1