CHAPITRE XIX
Deux autres exemples, — 1. Le premier , de nos erreurs touchant la nature des corps. — n. Le second , de celles qui regardent les qualités de ces mêmes corps.
11 est certain que la plupart de nos erreurs ont pour première cause cette forte appHcation de l'âme à ce qui lui vient par les sens , et cette nonchalance où elle est pour les choses que l'entendement pur lui représente. On vient d'en donner un exemple de fort grande conséquence pour la moi ale, tiré de la conversation des hommes ; en voici encore d'autres tirés du commerce que Ton a avec le reste de la nature, lesquels il est absolument nécessaire de remarquer pour la physique.
I. Une des principales erreurs où l'on tombe en matière de physique, c'est que l'on s'imagine qu'il y a beaucoup plus de substance dans les corps qui se font beaucoup sentir que dans les autres qu'on ne sent presque pas. La plupart des hommes croient qu'il y a bien plus de matière dans l'or et dans le plomb que dans l'air et dans l'eau ; et les enfants même , qui n'ont point remarqué par les sens les effets de Tair, s'imaginent ordinairement que ce n'est rien de réel.
L'or et le plomb sont fort pesants , fort dui's et ibi't sensibles ; l'eau et l'air au contraii-e ne se font presque pas sentir. De là les hommes concluent que les premiers ont bien plus de réalité que les autres, ou qu'il y a plus de matière dans un pied cube d'or que dans un pied cube d'aii*. Ils jugent de la véjilé des choses par l'impj ession sensible qui nous trompe