‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 88 sur 214 · DE L ESPRIT PUK. — V* PARTIE · texte numérisé non relu

DE L ESPRIT PUK. — V* PARTIE

telle soi'te la nature de l'ànie que l'on ait droit d'assurer qu'elle n'est capable que de coimaissance et que d'amour; cela pourrait être soutenu par ceux qui attribuent leurs sensations aux objets du dehors ou à leur propre corps ^ et qui prétendent que leurs passions sont dans leur corps : car^ en eflfet , si on retranche de Tàme toutes ses passions et ses sensations^ tout ce qu'on y reconnaît du reste n'est plus qu'une suite de la connaissance et de l'amour. Mais je ne conçois pas comment ceux qui sont revenus de ces illusions de nos sens se peuvent persuader que toutes nos sensations et toutes nos passions ne sont que connaissance et qu'amour^ je veux dire des espèces de jugements confus que l'âme porte des objets par rapport au corps qu'elle anime. Je ne comprends pas comment on peut dire que la lumière, les couleurs, les odeurs, etc., soient des jugements de l'âme ; car il me semble au contraire que j'aperçois distinctement que la lumière , les couleurs, les odeurs et les autres sensations sont des modifications tout à fait différentes des jugements.

Mais choisissons des sensations plus vives et qui appliquent davantage l'esprit. Examinons ce que ces personnes disent de la douleur ou du plaisir. Ils veulent, après plusieurs auteurs très-considérables *, que ces sentiments ne soient que des suites de la faculté que nous avons de connaître et de vouloir, et que la douleur, par exemple, ne soit que le chagrin. Topposition et l'éloignement qu'a la volonté pour les choses qu'elle connaît être nuisibles au corps qu'elle anime. Mais il me paraît évident que c'est confondre la douleur avec la tristesse, et que tant s'en faut que la douleur soit une suite de la connaissance de l'esprit et de l'action de la volonté , qu'au contraire elle précède l'une et l'autre.

Par exemple, si Ton mettait un charbon ardent dans la main d'un homme qui dort ou qui se chauffe Tes mains derrière le dos , je ne crois pas qu'on puisse dire avec quelque vraisemblance que cet homme connaîtrait d'abord qu'il se passerait dans sa main quelques mouvements contraires à la bonne constitution de son corps, qu'ensuite sa volonté s'y opposerait, et que sa douleur serait ime suite de cette connaissance de son esprit et de cette opposition de sa volonté. Il me semble au contraire qu'il est indubitable que la première

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