‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 95 sur 214 · LIVRE TBOISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TBOISIÈME

jugé, et de croire que M. Deseartes est un grand homme, et que sa philosophie est bonne à cause des choses a\antageuses que l'on en peut dire. M. Descartes était homme comme les autres, sujet à l'erreur et à l'illusion comme les autres ; il n'y a aucun de ses ouvrages, sans même excel^ter sa géométrie , où il n'y ait quelque marque de la faiblesse de Tesprit humain. 11 ne faut donc point le croire sur sa parole, mais le lire, comme il nous en avertit lui-même, avec précaution, en examinant sll ne s'est point trompé , et ne croyant rien de ce qu'il dit que ce que l'évidence et les reproches secrets de notre raison nous obligeront de croire ; car en un mot l'esprit ne sait véritablement que ce qu'il voit avec évidence.

Nous avons montré dans les chapitres précédents que notre esprit n'était pas infini, qu'il avait au contraire une capacité fort médiocre, et que cette capacité était ordinairement remplie par les sensations de l'âm'e, et enfin que l'esprit, recevant sa direction de la volonté, ne pouvait regarder fixement quelque objet sans en être bientôt détourné par son inconstance et par sa légèreté. 11 est indubitable que ces choses sont les causes les plus générales de nos erreurs; et l'on pourrait s'arrêter ici encore davantage pour le faire voir dans le particuher. Mais ce que l'on a dit suffit à des personnes capables de quelque attention pour leur faire connaître la faiblesse de l'esprit de l'homme. On traitera phis au long, dans le quatrième et cinquième livre, des erreurs qui ont pour cause nos inchnations naturelles et nos passions, dont nous venons déjà de dire quelque chose dans ce chapitre.

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