‹ ŒuvresChapitre 37 sur 56 · ONZIÈME MÉDITATION · texte numérisé non relu

ONZIÈME MÉDITATION

On peut connaître quelque chose des desseins de Dieu en consultant la souveraine raison. Dessein de Dieu dans l'union de l'âme et du corps. Réponse à une objection.

1.0 Jésus! puisque vous êtes la sagesse du père, vous entrez dans tous ses conseils ; et puisque vous êtes Tordre nécessaire et la loi éternelle, vos avis sont toujours suivis, votre père vous aime par la nécessité de son être, il ne faitrien sans vous, il ne peut même rien vouloir sans vous consulter. 0 sagesse éternelle, ne m'apprendrez-vous rien des desseins qu'il a eus dans la production de son ouvrage ? Que j'ai de prières à vous faire , que j'ai d'éclaircissements à vous demander ! Mais la crainte de vous offenser me retient ; j'appréhende de manquer de respect en voulant entrer, pour ainsi dire, dans la confidence que vous avez avec votre père. Vous m'avez permis, dans les méditations précédentes, de vous interroger sur toutes les vérités que vous renfermez comme Verbe divin. Vous m'avez promis de me faire part de ce que vous possédez en qualité de sagesse et de vérité éternelle. Mais quand je pense qu'un savant philosophe 1 a dit que c'est être téméraire que de vouloir découvrir les fins que Dieu a eues dans la construction du monde ; quand je me souviens que votre apôtre a dit 2 que les jugements de Dieu sont impénétrables, que ses voies sont bien différentes des nôtres, et que personne n'est entré dans le secret de ses conseils, j'hésite, parce que j'appréhende de n'avoir pas bien entendu les réponses que vous m'avez déjà faites sur ce sujet. Délivrez-moi donc, je vous prie, de l'embarras où je me trouve, et faites-moi savoir si c'est une curiosité qui vous choque, que de souhaiter de savoir quelque chose des desseins de votre père.

2. Tu ne peux, mon fils, me faire de prière qui me soit plus agréable, et qui te soit plus utile. Je communique avec joie 3 tout ce que je possède en qualité de sagesse éternelle, ainsi que je t'ai déjà expliqué. Ne t'arrête point à ce que te

» Descartes, Principes de philosophie, première partie, art. 28.

2 Rom. tl, 33.

3 Médit. III.

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disent les hommes , quelque savants qu'ils puissent être, si je ne confirme leur sentiment par l'évidence de ma lumière. La connaissance des causes finales n'est pas nécessaire dans la physique dont parle ton philosophe ; mais elle est absolument nécessaire dans la religion. Si c'était trop présumer de soi-même que d'assurer que Dieu n'a pas fait les esprits pour les corps, que Dieu veut être mérité avant que d'être possédé, que Dieu a fait le monde présent pour le monde futur, tu vois bien que toute la religion serait renversée.

3. Sache donc que toutes les volontés de mon père sont toujours conformes à Tordre; car si les voies de Dieu sont si éloignées de celles des hommes, c'est que les volontés des hommes sont déréglées. Personne n'est entré dans le secret des conseils de Dieu. Cela est vrai en ce sens que personne n'y peut trouver à redire, que personne n'en peut connaître le détail. Mais cela n'est pas vrai en ce sens qu'on ne peut rien savoir des desseins de mon père. Est-ce présumer de soimême que d'assurer que Dieu a mis les yeux au haut de la tête dans le dessein qu'on vît de loin? Y a-t-il de la témérité à juger que Dieu a placé dans la bouche des dents, atin de broyer les fruits et les rendre plus propres à la nourriture du corps? Cela est si évident, que c'est plutôt une témérité fort ridicule que d'assurer que c'est le hasard qui arrange de cette sorte les parties du corps humain. Ne crains donc point de me demander ce que tu souhaites. Je prends un plaisir extrême à faire connaître aux hommes que la conduite de Dieu est infiniment sage, juste, réglée, constante, uniforme, et que ses desseins sont toujours conformes à l'ordre, dignes de sa sagesse et de sa bonté.

4. Dites-moi donc, ma raison et ma lumière, qui assistez à tous les conseils de mon Créateur, et qui voulez bien éclairer toutes les intelligences ; pourquoi Dieu m'a-t-il donné un corps? pourquoi ne me fait -il pas sentir du plaisir dans Texercice de la \ertu comme dans la jouissance des corps? Dieu ne m'a fait et ne me conserve que pour lui , et .mon corps infirme m'applique à ses besoins. Le plaisir m'unit aux objets qui semblent le répandre, et je n'en goûte aucun quand je pense aux vrais biens, du moins n'en goûté-je pas aussi régulièrement que dans l'usage de biens sensibles. Je voudrais bien savoir les raisons de cette conduite, si vous me jugez capable d'y entrer et de les porter.

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S. 11 faut, mon fils, que tu sois extrêmement attentif à mes réponses pour les concevoir distinctement ; il faut que tu m'écoutes avec beaucoup d'humilité et de respect, afin que ce que je vas te dire te soit profitable. Car si tes sens et tes passions ne se taisent point, si tes préjugés se mêlent avec mes réponses , et que l'esprit d'orgueil ou ta paresse et ta négligence te lassent juger de ce que tu ne conçois pas clairement, tu tomberas dans des erreurs d'autant plus dangereuses, que les vérités que je veux t'apprendre sont de plus grande conséquence. Sois donc humble, attentif, respectueux, défie-toi de toi-même, et mets ta confiance en moi. Surtout ne te rends qu'à l'évidence, c'est le caractère de la vérité; c'est l'effet de la lumière ; c'est une marque certaine que c'est moi qui parle. Écoute-moi donc. Ce que tu souhaites de savoir dépend de deux principes.

6. Le premier est que la règle des desseins de Dieu c'est l'ordre ; le second, que les voies ou les manières dont Dieu exécute ses desseins doivent nécessairement porter le caractère de ses attributs,

7. Selon le premier principe, toute récompense doit être en quelque manière méritée; personne, selon l'ordre, ne doit être heureux sans avoir acquis quelque droit au bonheur par son travail. Dieu est un assez grand bien pour exiger de ses créatures qu'elles se sacrifient, ou du moins qu'elles sacrifient quelque chose afm de jouir éternellement de lui. L'ordre veut, en un mot, que celui qui a mérité soit récompensé, que celui qui a démérité soit puni, que celui qui n'a ni mérité ni démérité ne soit ni récompensé ni puni. Carne t'imagine pas que Dieu puisse, comme les hommes, être clément ou miséricordieux par caprice , sans sagesse et sans raison. La miséricorde et la clémence de mon père s'accordent parfaitement avec les règles de la justice; et la justice qu'il rend aux gens de bien est toujours accompagnée de bouté et de miséricorde, puisque personne ne peut en rigueur de justice mériter un aussi grand bien qu'est celui de posséder Dieu éternellement.

8. Or le travail ou le mérite des créatures raisonnables consiste dans le bon usage qu'elles font de leur liberté : et l'on fait bon usage de sa liberté, quand on se conduit uniquement par raison dans la recherche et dans le choix de son bien. Ainsi le travail ou le mérite des esprits est d'autant plus

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grand qu'ils souffrent davantage d'oppositions, ou qu'ils rejettent plus de plaisirs dans la recherche du vrai bien. Car tous les esprits veulent invinciblement être heureux; et le plaisir rend heureux celui qui en jouit. Ils ne peuvent vouloir être malheureux, et la douleur rend malheureux celui qui la souffre. De sorte que celui qui sacrifie ces plaisirs actuels à l'amour de Tordre, qui préfère la douleur actuelle au désordre, qui aime le vrai bieu par raison, et qui n'écoute point le jugement des sens, mérite, parce qu'il se sacrifie par ces divers combats. Il offre au juste juge ce qu'il est capable de lui donner; il lui fait honneur de se tenir ferme sur sa parole ; et par la douleur qu'il souffre volontiers, quoiqu'elle le mette dans un état pire que le néant, il témoigne à Dieu qu'il le croit juste, fidèle, puissant et souverain. Car toutes les actions méritoires honorent les attributs divins et sont les vrais sacrifices que Dieu exige de ses créatures avant que de les combler légitimement de la gloire qu'il leur a promise.

9. 11 fallait donc que l'âme fût unie au corps, pour que, recevant par le corps une infinité de sentiments agréables et désagréables, ainsi que tu l'éprouves sans cesse, elle eût toujours quelque chose à sacrifier à l'amour de l'ordre et à l'honneur du vrai bien, et qu'elle pût ainsi, par une infinité de mérites différents, recevoir avec quelque justice une gloire qui y répondît, mais qui les surpassât infiniment. Pourquoi penses-tu que mon père m'ait formé un corps? c'est afin que je puisse être son pontife 1 : c'est afin que j'eusse quelque chose à lui offrir. Car mon père, comme tu sais, ne se plaît pas à recevoir 2 des holocaustes ou les autres sacrifices de la loi des Juifs. Chaque chrétien en particulier est prêtre aussi bien que moi. 11 a un corps à sacrifier, il peut dire comme moi à son Dieu : Hostiam et oblationem noluisti, corpus autem aptasti mihi. Ce n'est pas que la destruction du corps qui arrive par la mort soit le sacrifice que Dieu demande des hommes. Les pécheurs et les impies offrent à Dieu ce même sacrifice. Ce que Dieu exige des créatures raisonnables, c'est un sacrifice spirituel ; c'est l'anéantissement de l'âme; c'est la privation des plaisirs; c'est la souffrance des douleurs; ce sont les dispositions intérieures. Car Dieu est esprit et veut

1 Hebr. 8, 4. Ps. 39.

*Hebr. iÔ.

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être 1 adoré en esprit et en vérité. Ainsi, comme Fâme reçoit une infinité de divers sentiments par son corps, il a fallu qu'elle y fût unie, pour avoir sans cesse quelque chose à sacrifier, et mériter par là de jouir éternellement du souverain bien.

10. 0 Verbe éternel! que d'ordre, que de sagesse, que de bonté dans les desseins et dans la conduite de votre père ! Mais quoi? c'est Dieu qui donne sans cesse tous les sentiments que j'ai des objets, le plaisir, la douleur et tout le reste. Ce n'est point mon corps, car le corps ne peut agir sur l'esprit. C'est par les sentiments de l'âme que l'on peut offrir un sacrifice spirituel, parce que c'est par ces sentiments que l'âme même est sacrifiée. Sans ces sentiments sacrifier sa vie et répandre son sang, c'est offrir à Dieu un sacrifice semblable à celui des Juifs ; c'est immoler une bête. Je consens à cela. Mais pourquoi ce corps, puisqu'il ne peut agir en moi? Dieu ne peut-il pas, sans ce corps impuissan t et terrestre, donner à mon âme les mêmes sentiments que j'ai, et par là me faire mériter ma récompense et sacrifier mon être? Mais vous, mon Sauveur, pourquoi avez-vous pris un corps? vous qui pouviez sans son secours donner à votre âme tous les sentiments pénibles que vous avez soufferts dans votre passion ; sentiments qui ont été la matière de votre sacrifice spirituel? Résolvez, je vous prie, ce doute, qui semble renverser tout ce que vous venez d'établir.

11. Quand tu ne pourrais comprendre , mon cher fils, la réponse à la difficulté que tu proposes, tu ne devrais pas douter des vérités que tu comprends bien. Car tous ceux qui ont assez d'esprit pour former de bonnes difficultés n'en ont pas toujours assez pour entrer dans les principes dont dépend l'éclaircissement de ces mêmes difficultés.

12. Il est certain que les corps n'agissent point dans les esprits , et qu'il n'y a que celui qui donne et qui te conserve l'être qui puisse t'éclairer et changer les modifications de ton être. Il est certain que Dieu n'a pas besoin d'instruments pour agir, que sa volonté est efficace par elle-même , et que ton corps ne contribue en aucune' manière à l'efficace par laquelle tous les divers sentiments dont tu es touché se produisent en toi. Et cependant il est certain que Dieu a dû, selon les règles

' Joan. 4, 24.

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de sa sagesse, te donner un corps, et la raison de cela dépend du second principe que je t' ai déjà expliqué : savoir que les voies ou les manières dont Dieu exécute ses desseins doivent nécessairement porter le caractère de ses attributs. Je te prouve de nouveau ce principe , et j'en résous ta difficulté. Ecoute-moi .

13. N'est-il pas évident que Dieu ne peut se démentir soimême, mépriser sa sagesse, rejeter mes conseils? qu'étant sage, il doit agir sagement; étant immuable, agir constamment; étant une cause universelle, agir par des lois générales ; en un mot, agir selon ce qu'il est? Un être sage fera-t-il, par des voies composées, ce qu'il peut exécuter par des voies simples? agira-t-il par des volontés particulières lorsque quelques volontés générales suffisent? et, si une conduite uniforme, constante, réglée, peut former un ouvrage digne de lui, suivra-t-il une conduite bizarre, changeante , déréglée , et qui marque de l'inconstance et de Fignorance dans celui qui la suit? Je te dis la même vérité en plusieurs manières , afin qu'elle te frappe et que par là elle te force à la considérer; car ce que je te dis est abstrait, et tu dois, pour ainsi dire, le sentir pour t'en bien souvenir et pour en demeurer fortement con vaincu.

14. Examine la conduite que Dieu tient dans Tordre de la nature, regarde les corps qui t'environnent ; aucun n'est choqué sans être mû, aucun n'est mû avant que d'être choqué. Si deux corps se choquent, ils se communiquent mutuellement leur mouvement d'une manière constante et uniforme. Tous les corps grossiers tombent de haut en bas; leur vitesse augmente avec la même proportion ; ils ne discernent ni la qualité ni la piété des personnes. Dieu fait pleuvoir dans le dessein de rendre les terres fécondes, et cependant il pleut sur les sablons et dans la mer, il pleut dans les grands chemins, il pleut également dans les terres inégalement cultivées. N'est-il pas évident par tout ceci que Dieu n'agit point par des volontés particulières ? La pluie fait croître un fruit, et la grêle le brise. Penses-tu que Dieu ait changé de dessein? Ne vois-tu pas que c'est la même loi générale des communications des mouvements qui forme et qui répand et la pluie et la grêle, qui fait croître et qui sèche les plantes, qui donne la vie et la mort à toutes choses? Parcours toute la nature, considère tous les objets de tes sens, examine tout ce qui se passe en toi-m«me

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à l'occasion de ce qui arrive au dehors , et tu verras toujours que les effets naturels portent le caractère de la cause qui leur donne l'être; tu verras que tout est produit par une cause universelle qui suit constamment une môme conduite, et qui établit des lois générales très-simples et très-fécondes , dont J'efficace est toujours déterminée par quelque cause occasionnelle : tu n'en peux pas douter, si tu te souviens bien de ce que je t'ai dit dans tes Méditations précédentes. Convaincs-toi de ce principe et ne l'oublie pas; car, de tous les principes, • c'est le plus fécond.

15. Soit donc que tu considères l'idée que tu as de Dieu, soit que tu examines sa conduite, tu vois clairement que, bien qu'il fasse toutes choses, il n'agit point par des volontés particulières , parce qu'agir par des lois générales est une marque certaine d'une sagesse infinie qui prévoit tout, d'une cause universelle qui fait tout, d'un être immuable et constant et dans ses desseins et dans sa conduite. Ainsi, quoique Dieu seul agisse dans les esprits , que tous les corps soient impuissants, il a dû unir les esprits aux. corps, afin que ces deux substances pussent être l'une à l'autre causes occasionnelles des^changements qui leur arrivent. Il a dû donner aux esprits, à l'occasion de ce qui se passe dans leurs corps, cette suite de sentiments qui est le sujet de leur mérite et la matière de leur sacrifice ; il a dû donner au corps , à l'occasion des désirs de l'âme, cette suite de mouvements et de situations qui est nécessaire à la conservation de la vie : rien n'est plus sage, rien n'est plus simple, rien n'est mieux réglé. On ne peut choquer ton corps sans t'ébranler toi-même, et l'on ne peut t'émouvoir sans que ton corps change de situation et de posture ; tu regardes ton corps comme ta propre substance, à cause des lois de l'union de l'âme et du corps. Ainsi, lorsque tu sacrifies ton corps à l'amour de l'ordre, il te semble que tu te sacrifies toimême.

\ 6. C'est par ces mêmes lois que tu as rapport à tous les ouvrages de Dieu, et que tous les hommes établissent et observent entre eux les règles de la société civile. Ces lois, quoique extrêmement simples et générales, sont si fécondes que les effets en sont infinis. Par ces lois, Dieu ne conserve pas seulement le monde présent, il forme encore le monde futur, parce que la grâce donnant aux hommes la force de sacrifier à Dieu tous les sentiments dont ils sont touchés en consé

quence de ces lois , ils méritent tous ces degrés de gloire qui feront l'éclat et la beauté de la céleste Jérusalem. Enfin Dieu ressuscitera un jour tous les hommes ; il rendra aux justes et aux impies leurs mêmes corps , non que les corps soient capables de récompense ou qu'ils puissent agir par eux-mêmes dans les esprits des élus ou des réprouvés, mais afin que Dieu, par de nouvelles lois de l'union de ces deux substances , les établisse de nouveau causes occasionnelles des plaisirs qui entreront dans la récompense des justes et des douleurs qui feront la punition des méchants, et qu'il agisse ainsi toujours par des voies simples , uniformes , constantes et générales , dignes, en un mot, de sa sagesse et de ses autres attributs.

17. Pourquoi penses-tu que Dieu ait fait ce monde matériel et visible? Penses-tu que de la matière soit capable de rendre quelque honneur à Dieu, ou bien que Dieu se plaise à considérer la beauté de son ouvrage? Dieu ne l'a-t-il pas vu avant que de le faire, et ne savait-il pas que, ses volontés étant efficaces, elles ne manqueraient pas de le produire, et une infinité d'autres, s'il le voulait ? C'est, diras-tu, afin que les esprits créés en admirassent l'auteur. Cela est vrai en un sens; mais ne te souviens-tu pas que tous les corps sont par eux-mêmes invisibles aux esprits ? Ne sais-tu pas que les beautés sensibles des corps ne sont que dans Fesprit de ceux qui les regardent ? que féclat des couleurs , la douceur des fruits et toutes les autres qualités sont dans ton âme, et non point dans les objets qui t'environnent ? Sache donc que Dieu a créé les corps pour être des causes occasionnelles de son action dans les esprits, afin d'agir par des voies très-simples , que le nombre de ses décrets ne fût point infini, et que son action fût toujours réglée, uniforme et constante, digne d'une sagesse qui n'a point de bornes.

18.0 mon unique maître, que vous m'apprenez de vérités auxquelles je n'avais jamais pensé ! Que les hommes ne craignent et n'aiment point les créatures , ce ne sont point des causes véritables qui aident Dieu dans son action; ce ne sont que des causes occasionnelles qui déterminent l'efficace de ses lois. Nulle créature ne partage avec votre père la force et la puissance, et toutes les créatures lui servent, pour justifier sa sagesse, dans l'exécution de ses desseins. Que tous les esprits admirent cette conduite ; que de simplicité , mais que de fécondité dans les lois qui arrangent les corps ! que de bonté

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et de justice dans celles qui ordonnent les esprits î que d'ordre et de sagesse dans les desseins et dans la conduite de votre père ! Je l'adore et je m'y soumets.

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