‹ ŒuvresChapitre 43 sur 56 · La première de ces trois qualités est que je suis l'ar · texte numérisé non relu

La première de ces trois qualités est que je suis l'ar

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ehitecte du temple spirituel que Dieu doit habiter éternellement; la seconde est que je suis le chef dont l'influence anime et protège le corps mystique de l'Eglise ; la troisième, que je suis le médiateur entre Dieu et les hommes. Ces trois qualités sont un peu différentes , quoique d'abord elles te paraissent être les mêmes ; et j'ai encore d'autres qualités que ces deux-ci, qui ont rapport à mon Eglise, desquelles néanmoins il n'est pas si nécessaire que je t'entretienne présentement,

12. Sache, mon fils, que Dieu n'agit que pour sa gloire, et qu'il n'a formé le monde présent que pour se faire un temple dans lequel il habite et où il reçoive des honneurs divins. Il lui faut un temple, un pontife, une victime, un sacrificateur, un culte digne de lui. Mais Dieu n'habite point dans les temples matériels *. La substance intelligible de son être ne peut faire sa demeure ou le lieu de ses délices que dans le temple vivant de son Eglise. Ne pense pas que le lieu propre de la Divinité fût le tabernacle que Moïse construisit dans le désert, ou le temple matériel que Salomon éleva à la gloire du Dieu des Juifs. Il faut au Dieu vivant un temple animé , un culte spirituel, des sacrifices de sainteté et de justice. Le tabernacle et le temple n'étaient que la figure de l'Eglise : le tabernacle, de l'Eglise militante et passagère sur la terre2 ; le temple magnifique et superbe de Jérusalem , de l'Eglise victorieuse et triophante dans le ciel. Les fidèles, les membres du corps, dont je suis le chef, sont véritablement le temple sacré où habite le Saint-Esprit, et dans lequel la Trinité sainte fait agréablement sa demeure.

\ 3. Les rois les plus renommés qui ont gouverné le peuple juif sont David et Salomon. L'un et l'autre sont aussi les figures les plus éclatantes de ma conduite ; car l'ancien Testament n'étant que pour le nouveau, ce qui est de plus considérable dans le premier représente ce qu'il y a de plus considérable dans le second. David est la ligure de ma vie laborieuse sur la terre , et Salomon de la gloire et de la félicité dont je jouis dans le ciel. Or David a bien amassé, durant sa vie, les matériaux nécessaires pour bâtir le temple, mais il ne l'a pas construit. J'ai aussi, par mes souffrances continuelles et par le sacrifice que j'ai offert sur la croix, acquis

' jéet. 7, 48.

2H<br. 3, 5, 9

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droit sur toutes les nations da la terre. Mais je n7ai commencé à envoyer le Saint-Esprit, et à mettre en œuvre les matériaux vivants dont je construis maintenant le temple spirituel de l'Eglise,, qu'après être entré en possession de nies droits 1 , qu'après avoir été reconnu pour le vrai Salomon , le plus sage, le plus puissant , le plus heureux prince qui régna jamais sur le peuple choisi de Dieu.

14. C'est donc maintenant, mon lils, que j'élève l'édifice spirituel de l'Eglise, et que je sanctifie par l'onction du Saint- Esprit 2 toutes les parties qui doivent la composer. Eclairé de la sagesse éternelle, à laquelle je suis personnellement uni. je forme les desseins les plus justes et les plus achevés. Je souhaile de mettre dans mon temple des heautés dignes de la majesté, de la grandeur et de la sainteté de celui pour qui je le construis. Je travaille donc sans cesse , par l'effort de mes désirs, pour exécuter mes grands desseins, et la pluie de la grâce se répand sur les hommes à proportion de ces mêmes désirs. Elle est abondante lorsque mes désirs sont ardents, elle est générale lorsque mon désir est général ; elle cesse ou continue de tomber si je cesse ou si je continue de vouloir qu'elle tombe : car c'est par l'action de ma volonté que la grâce se répand sur les hommes, comme c'est par l'action de la tienne que se remuent toutes les parties de ton corps 3.

15. Mais, comme il est indifférent que ce soit Pierre ou Jean qui fasse un tel effet dans mon temple; lorsque j'agis en qualité d'architecte, et non de chef de l'Eglise, je ne forme point mes désirs sur tels et tels matériaux en particulier, mais sur l'idée que j'ai de certaines propriétés dont l'âme en général est capable, desquelles j'ai une connaissance parfaite. J'agis comme un architecte qui, pour exécuter le dessein qu'il s'est formé, désire des colonnes d'une certaine pierre en général, et non point d'une telle masse en particulier. La pluie de la grâce se répandant sur les âmes qui sont semblables à l'idée qui me sert à régler mes désirs, les personnes dont la concupiscence est moins excitée, qui suivent mes conseils avec le plus d'exactitude,

» Films meus es tu, ego hodie genui te. Postula à me , et dabo tibi gentes ha> reditatemtuam. {Psal. 2; Hebr. 5, 5.)

2 Hebr. 5, 9, 10.

3 Epfi. 4, 15, 16.

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qui sont les plus fidèles à ma grâce, entrent plutôt dans mon édifice que les autres; et , lorsque j'ai ce que je souhaite, je forme de nouveaux désirs, je détermine ailleurs la pluie de la grâce pour exécuter de nouveaux desseins ; et j'agis ainsi sans cesse pour faire entrer dans l'Eglise le plus d'hommes que je puis, agissant néanmoins toujours avec ordre, et ne voulant pas rendre mon temple difforme à force de le faire grand et ample. Mais tu n'es pas en état de comprendre clairement pourquoi Y ordre que je suis dans mou action et la proportion que je veux mettre dans mon ouvrage empêchent que je ne puisse sauver tous les hommes. Travaille seulement à ôter les empêchements à l'efficace de ma grâce, suis mes conseils, fuis les plaisirs, méprise les honneurs, veille, prie, vis dans la retraite, afin que ma grâce te trouve disposé de manière que tu entres dans mes desseins, et qu'un autre ne ravisse point ta couronne et la récompense *.

16. La seconde qualité, selon laquelle tu dois souvent me considérer, est celle de chef de l'Eglise 2. Tous les chrétiens sont les membres de mon corps ; ils sont formés de ma chair et de nies os 3 , comme Ève le fut d'Adam ; car la formation et le mariage des deux premiers hommes sont des figures vives et expresses de la formation de l'Eglise aussi bien que de son mariage. En qualité de chef, j'anime l'Eglise, et je répands sans cesse dans tous ceux qui font partie de mon corps le mouvement et la vie 4. Je veille pour leur conservation , je les protège, et je ne souffre jamais que ceux qui me sont unis par la charité soient tentés au-dessus de leurs forces. Je permets seulement que la tentation les éprouve, afin qu'ils se fortifient par l'exercice; afin que, par les sacrifices qu'ils offrent maintenant en l'honneur du vrai bien , ils acquièrent une couronne qui ne se flétrira jamais , et qu'ils méritent une gloire qui fera éternellement une partie de la beauté de mon ouvrage.

17. 11 est vrai que les justes mêmes demeurent quelquefois vaincus par les tentations qui les attaquent; mais ils pouvaient vaincre. Ils devaient combattre pour obtenir la gloire du triomphe. Ce n'est point leur faiblesse , mais leur

« 4poc. 3, 11.

2 Col. 2, 19, 1, 18 ; Eph, i, 22.

3 Ibid. 5, 30,' 51, 32.

* Ibid. 4, 16.

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négligence; ce n'est point mon infidélité, mais la leur qui les as perdus. Si je ne les ai pas animés au combat par une grâce extraordinaire de sentiment , c'est qu'ils devaient vaincre par la force de leur foi et de leur charité, afin que leur mérite fût plus grand et leur gloire plus éclatante.

18. Écoute ceci, mon fils. La gloire de sentiment diminue le mérite : elle donne sûrement la victoire lor squ'elle est excessive; mais, lorsque la victoire est une suile nécessaire de son efficace, le vainqueur n'a rien mérité. La vertu doit être aimée par raison, et non par instinct. Dieu veut qu'on le serve par la foi, content de ses promesses, ferme sur sa parole, malgré les difficultés et les sécheresses. Le plaisir est la récompense du mérite ; il n'en est pas le principe. Lorsqu'on lui sacrifie tout, on n'égorge point de victime; on ne suit que le mouvement naturel; on ne recherche que son bonheur. La délectation prévenante est nécessaire pour faire naître la charité et pour la fortifier contre les efforts continuels de la concupiscence; mais je n'en dois donner que le moins gu'il est possible, ou que selon une certaine mesure qui ne nuise point au mérite et à la gloire que tel juste doit selon l'ordre acquérir dans tel combat. Ce juste est vaincu, mais c'est par sa faute. Je dispense mes grâces aux justes, du moins selon l'ordre de la justice, qui m'est clairement connu par l'union avec le Verbe ; car je leur en donne sou- \ent et en abondance, en conséquence des desseins que je forme et que j'exécute. Mais je ne dois pas régler mes dons sur leur négligence, quoique je sache actuellement par révélation, dès que je le souhaite, les déterminations futures de leurs volontés l.

19. Que celui qui est debout prenne donc garde à lui qu'il ne tombe. Je le soutiens , s'il est faible ; mais qu'il se défie de ses propres forces ; s'il s'endort, il sera surpris: qu'il veille. S'il combat sans moi, îl sera vaincu; qu'il m'appelle à son secours. 11 peut et veiller et prier. Mais, s'il néglige de le faire, je me lasserai de le cultiver , comme un arbre infructueux qui ne répond point à mes justes espérances. Je veux absolument qu'on combatte sans cesse, qu'on renonce aux plaisirs, aux grandeurs, à soi-même, qu'on sacrifie, en un mot, sa passion dominante , quelle qu'elle puisse être, parce

» Mêd. XII.

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que je veux remplir incessamment de gloire et de sainteté le temple vivant de mon Eglise , ce qui ne doit et ue peut s'exécuter que par des mérites légitimes.

20. Mon cher fils, tu es le temple du Dieu vivant 1 ; tu fais partie de ma substance 3 ; je dois te sacrifier comme moi pour te sanctifier, pour te glorifier avec moi. Si je te fais part de ma croix 5, c'est pour te donner part à ma gloire, c'est pour te faire entrer de l'Eglise militante dans l'Eglise triomphante, c'est afin que la substance spirituelle de ton être fasse un bel effet dans le temple vivant que je construis. Le zèle de la maison de Dieu me dévore ; je brûle d'ardeur pour la gloire de mon Père : je ne puis rien faire de trop grand , de trop saint, de trop superbe pour lui. Les tièdes , les lâches me désolent ; ils n'entrent point comme ils doivent dans mes desseins; ils ne travaillent point à leur bonheur et à la gloire de mon ouvrage. Je serai obligé de les vomir 4 , comme n'étant point propres à former mon corps. Que le juste se justifie encore, que te saint continue de se sanctifier : je veux achever bientôt mon Eglise et rendre à chacun selon ses œuvres 5.

21. La troisième qualité, celle qui maintenant a le plus de rapport aux hommes, et principalement aux pécheurs , c'est la qualité de médiateur 8. Personne ne vient à mon père que par moi 7. C'est en vain que les pécheurs se tournent vers le ciel ; la pluie de la grâce ne tombe point sur eux que je ne m'en mêle. Dieu n'écoute point les pécheurs , autrement la religion serait fausse8; je serais mort inutilement; et comme les justes tombent souvent , il faut aussi qu'ils m'aient pour leur avocat auprès du Père 9. Us peuvent , il est vrai, mériter sans cesse de nouvelles grâces par la force de leur foi et de leur charité; mais, si je les abandonnais aux secours ordinaires que Dieu leur donne en conséquence de l'état où ils sont, ils manqueraient souvent de fidélité et de persévérance. 11 faut que je m'applique à eux, que je prévienne leur chute,

» 2 Cor. 6, 16.

» Hebr. 3, 14.

3 Hom. 8, 17 ; Col. 1, Î4.

* Apoc. 3, 16.

4 Ibid. 22, 11, 12.

« l Tim. 2, 5.

' Joan. 14, 6.

* Ualat. 2. 21 .

» 1 Joan. 2, 1.

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