‹ ŒuvresChapitre 42 sur 56 · De même que L'homme; quoique uni essentiellement à · texte numérisé non relu

De même que L'homme; quoique uni essentiellement à

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la raison, n'aperçoit point maintenant la vérité , si la vérité ne devient sensible et ne prend un corps pour le frapper par ses sens ; ainsi , quoiqu'il n'ait point de volonté ou de capacité d'aimer que par l'impression continuelle de l'amour divin , il ne peut suivre cette impression, si Fonction de l'esprit ne l'attire par quelque douceur prévenante. L'esprit de l'homme , quoique soutenu par la puissance du Père, pénétré de la lumière du Fils , animé du mouvement du Saint-Esprit , est uni à un corps qui non-seulement le remplit de fausses idées, mais qui excite encore dans son cœur mille mouvements déréglés. Et, comme il veut invinciblement être heureux, ce qui ne peut être actuellement que par quelque plaisir actuel , il n'est pas possible que ce corps ne le trouble et ne le dérègle, s'il ne trouve dans la recherche de la vérité et dans l'exercice de la vertu quelque douceur actuelle qui fasse qu'il contemple et qu'il agisse avec plaisir. 11 fallait donc , pour proportionnelle remède au mal que le péché a causé, que non-seulement je vinsse instruire les hommes parleurs sens, mais encore que je leur méritasse la grâce de sentiment , ou cette délectation intérieure qui fait aimer aux gommes, comme par instinct , une beauté qu'ils ne devraient aimer que par raison.

5. Car tu dois savoir, mon fils, qu'on aime et qu'on hait en deux manières, par instinct et par raison. On aime une chose par instinct, lorsqu'on l'aime sans reconnaître qu'elle soit bonne , ou capable de rendre plus heureux ou plus parfait. Mais on aime par raison , lorsque le mouvement de l'âme est déterminé par la vue claire de l'esprit, lorsqu'on voit clairement que ce qu'on aime est bon, ou capable d'augmenter sa perfection ou son bonheur. C'est par instinct que les ivrognes aiment le vin. Ils ne connaissent point par une vue claire de l'esprit que le vin soit un bien ; ils le sentent confusément par le sentiment du goût, car l'esprit ne voit jamais clairement ce qui n'est pas. 11 en est de même de tous les faux biens : on ne les aime que par l'instinct du sentiment. Mais à l'égard des vrais biens, des biens de l'esprit, on les aime, ou plutôt on devrait les aimer uniquement par raison. Car, afin que l'amour soit parfaitement raisonnable , méritoire en tout sens , entièrement conforme à son principe, l'amour substantiel et divin, il doit naître ou procéder de la lumière; il doit être uniquement réglé par la raison ; te

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plaisir actuel n'en doit point être uniquement le principe ou le motif. Qu'il raccompagne, qu'il le soutienne, qu'il en soit la récompense; mais qu'il n'en corrompe pas la pureté.

6. L'homme ne peut conserver sa vie que par l'usage des biens du corps; il faut qu'il s'approche d'eux, qu'il s'y unisse, qu'il s'en nourrisse. Mais , si ces objets paraissaient à l'esprit tels qu'ils bont en eux-mêmes, leur usage en serait insupportable. 11 fallait donc qu'à leur approche Dieu fît sentir à l'esprit des agréments qu'ils n'ont pas, et que les hommes fussent avertis, par la preuve courte mais incontestable du sentiment, de ce qu'ils doivent faire pour leur conservation; afin que leur unique occupation fût de rechercher les biens de l'esprit, d'admirer et d'adorer l'auteur de leur être, et de mériter leur récompense par un amour de choix , et par le sacrifice pur et méritoire d'une obéissance continuelle.

7. Ce qui a été sagement établi de Dieu pour conserver l'homme dans son innocence , et pour lui fournir quelque sujet de mérite, est devenu, par le péché et en conséquence de l'ordre immuable de la justice , le principe de tous ses déj'églemeq^s; car, comme les hommes suivent les jugements des sens, qui décident toujours en faveur des objets sensibles , ils regardent ces objets comme des sujets dignes de leur application et de leurs soins. Les corps portent le caractère sensible du vrai bien ; on se sent heureux dans leur jouissance. La raison n'apprend point cà tout le monde que Dieu seul est la véritable cause de la douceur que l'on rencontre lorsqu'on se familiarise avec les objets de ses passions. Ceux qui le savent n'y pensent pas toujours dans le besoin ; et s'ils y pensent, leurs sens dissipent bientôt des pensées abstraites qui s'opposent à leur bonheur actuel. En un mot, la raison parle bas; il faut de l'attention pour l'entendre. Elle ne flatte point; il faut de la patience pour l'écouter, il faut de la vertu pour la suivre. Mais les sens, devenus insolents et rebelles en punition du péché , parlent si haut, mais si agréablement et si \ivement, que l'esprit, séduit et dominé, suit aveuglément tous les désirs qu'ils inspirent.

8. Dans l'état misérable où l'homme est réduit, les pécheurs ne peuvent donc aimer le vrai bien uniquement par raison , quoique le vrai bien doive être aimé de cette sorte. Axant la concupiscence à vaincre , il faut que Dieu répande dans leur âme quelque grâce de sentiment , pour déterminer,

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comme par instinct, vers le vrai bien, le mouvement déréglé de leur cœur. 11 faut que Dieu inspire en eux une-sainte concupiscence pour contre-balancer la concupiscence criminelle.

9. Tout plaisir produit un amour naturel pour l'objet qui le cause ou qui semble le causer ; car* voulant invinciblement être heureux, et le plaisir actuel rendant actuellement heureux, on est naturellement porté à se joindre de volonté avec la cause de son bonheur. Gril n'est pas possible que l'amour de choix et purement raisonnable subsiste longtemps sans se conformer à l'amour naturel. Si donc la charité n'est soutenue contre les efforts continuels de la concupiscence par des grâces actuelles de sentiment qui fassent trouver quelque douceur dans l'exercice de la vertu, ou, ce qui est la môme chose, qui répandent l'amertume et l'horreur sur les objets sensibles, il n'est pas possible que les justes mômes subsistent longtemps sans perdre l'amour dominant des vrais biens, principalement s'ils vivent dans les plaisirs et dans les honneurs, et s'ils n'ont un soin particulier de fortifier leur raison et leurs bonnes habitudes par la nourriture de l'esprit.

10. Je tâche, mon fils, de te convaincre en toutes manières que tu as un extrême besoin de mon secours , et que la grâce particulière de sentiment est absolument nécessaire au pécheur, afin qu'il se puisse convertir, et au juste afin qu'il persévère jusqu'à la fin. J'en use ainsi parce qu'il n'en est pas de même de tes sentiments comme de tes lumières. Ta lumière dépend en partie de ton attention et de*tes efforts. Mais, quelque effort que tu fasses, tu ne peux exciter en toi aucun sentiment, ni de plaisir, ni de douleur, les causes occasionnelles des modifications de ta substance ne se trouvant point en toi. Ainsi tu dois reconnaître ton impuissance, te défier de tes forces, et avoir sans cesse recours à moi, qui ai été établi au jour de mon triomphe cause occasionnelle ou distributive des vrais biens, par la loi générale de la grâce, selon laquelle Dieu veut exécuter en moi et par moi son grand dessein. 11 faut maintenant que je t'explique les trois principales qualités que je possède, comme cause occasionnelle et distributive delà grâce, selon lesquelles tu dois sans cesse me considérer, afin que ta foi se réveille et que tu m'invoques avec une pleine et entière confiance.

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