‹ ŒuvresChapitre 48 sur 56 · Afin que tu te formes quelque idée de la manière dont · texte numérisé non relu

Afin que tu te formes quelque idée de la manière dont

MÉDITATIONS CHRÉTIENNES

J'agis, considère en ma personne un architecte qui veut élever à la gloire de son prince un ample et somptueux édifice. L'esprit plein de son grand dessein et des moyens de l'exécuter , il donne ses ordres pour faire apporter les matériaux nécessaires. Il construit ses machines et veille sans cesse, afin que son ouvrage s'avance et que tout contribue à l'exécution de son dessein. Tu peux donc reconnaître dans cet architecte des désirs semblables aux miens. Car il a des désirs actuels et passagers par rapport aux besoins particuliers et passagers de son ouv rage , ou des matériaux qui se présentent à ses yeux, et des désirs perm ments à l'égard des besoins généraux et continuels. 11 désire sans cesse que les machines qu'il a préparées fassent leur effet ; que les rivières, qui lui conduisent les matériaux, ne tarissent point ; que rien ne se démente de ce qu'il peut déjà y avoir de construit.

5. Si l'àme de l'homme pouvait selon ses désirs donner au corps la forme et l'accroissement , comme je fais à l'Eglise qui est mon corps1, elle aurait sans doute une suite de pensées et de désirs , qui te peuvent encore donner une idée assez juste de l'action par laquelle j'exécute mon ouvrage. Ce serait par des désirs actuels et particuliers que l'âme ferait tous ces mouvements qu'on appelle volontaires , et qui doivent changer la situation du corps par rapport aux objets qui se succèdent les uns aux autres. Mais ce serait par des désirs permanents qu'elle ferait la digestion, et qu'elle donnerait au cœur et aux poumons les mouvements qu'on appelle naturels et involontaires, parce qu'en tout temps ces mouvements sont nécessaires à la formation et à la conservation du corps. En recherchant ainsi les divers désirs d'un architecte 2 qui exécute quelque grand dessein, ou d'un âme à qui Dieu aurait donné la puissance de se faire un corps et de le conserver 3, tu peux te former quelque idée générale de l'action par laquelle je construis maintenant mon ouvrage. Voici en deux mots la conduite que j'ai tenue.

6. Lorsque j'étais sur la terre, j'avais déjà résolu le dessein que j'exécute dans le ciel. J'enseignais dans cette vue mes apôtres et mes disciples par mes paroles et par mes exemples. Après ma résurrection , je leur ai donné mes ordres

« Eph. 4, 15, 16. 5, 30; Col. 2, 19, etc. 2 1 Cor. 3, 16 ; Apoc. 3, 12.

*Eph. 4, 1b, 16. 5, 30, etc.

MÉDITATIONS CHRÉTIENNES

pendant les quaran te jours qui ont précédé mon triomphe et mon ascension *.. Et après que je suis entré dam le Saint des saints , que j'ai été assis à la droite de mon Père . que j'ai été établi souverain prêtre des vrais biens selon l'ordre de Melchisédech . j'ai commencé tout de bon l'exécution de mon ouvrage ; j'ai envoyé le Saint-Esprit *; j'ai fait mes libéralités ; j'ai mis tout en mouvement pour me fournir les matériaux propres à mes desseins Alors toutes les nations de la terre m'ont été abandonnées 5 afin que rien ne manquât à mon ouvrage. Alors, bien loin d'empêcher que mes apôtres ne prêchassent aux gentils 4, je les y ai excités par des révélations et par des miracles ô Je suis même venu en personne pour ôter à la synagogue un zélé défenseur 6 et en faire l'apôtre des nations. Les Juifs étaient trop opposés à mes desseins ; le désir de mon ouvrage me pressait trop, et je ne pouvais différer davantage la construction du temple que mon Père doit habiter.

7. J'ai donc maintenant un grand peuple à gouverner et à défendre. Toutes les nations de la (erre sont soumises à mes lois, et combattent généreusement sons mes enseignes contre le onde et l'enfer II faut que je les éclaire contre des ennemis invisibles, que je les soutienne contre la puissance du fort armé, que je leur donne le courage de mépriser le monde et de se surmonter eux-mêmes J'ai prévu, mon fils, toutes ces choses. Ainsi, avant (pie de monter au lieu où je suis présentement 7. j'ai réglé l'ordre que tu vois dans l'Eglise pour en conserver la foi et la discipline, et j'ai établi sept sacrements pour y entretenir et augmenter la sainteté. Car par les sacrements je consacre mes membres ; je les vivifie, je les sanctifie, je leur donne la force de vaincre leurs passions , et je les conduis à la gloire qui leur est préparée dans le ciel

8. Car tu dois savoir, mon fils, que les sacrements que j'ai institués ne sont î as semblables à ceux de la synagogue.

« Aci. I, 3.

*lb 2.

3 Ps. 2, 8; Hcbr, 5, 5.

« Act. 10, 5.

g Ib. i 3.

' Ib. i, 3.

La première alliance ne promettait point les vrais biens *, et les sacre nents de cette afli&ficë 3 n'étaient que des signes extérieurs par lesquels le peuple de Dieu , figure de l'Eglise, se pouvait discerner des nations idolâtres. Mais les sacrements jue j'ai établis ne sont pas seulement des signes et des cérémonies par lesquels mes enfants se discernent des enfants de ténèbres ; ce sont aussi des sources de grâces. Comme la nouvelle alliance promet les vrais biens, il fallait que ces sacrements y donnassent droit en répandant en l'âme la grâce justifiante , laquelle fournit aussi dans les besoins les secours nécessaires pour la conserver Ainsi il faut que j'aie toujours un disir ferme , constant , irrévocable, que tous ceux en général qui s'approchent des sacrements avec les dispositions nécessaires reçoivent la grâce ou une augmentation de la grâce habituelle, qui les mette en état de méiiter les vrais biens que Dieu a promis aux hommes dans la nouvelle alliance qu'il a contractée avec eux par ma î médiation.

9 Juge donc maintenant , mon cher fils de ce que tu dois faire, et si tu peux négliger l'usage des sacrements que j'ai établis pour ta sanctification. Venx-tu condamner ma conduite en laissant inutiles les moyens que je t'ai fournis pour ton salut? Penses-tu être assez fort, et ta charité assez ardente , pour vaincre tes passions? Ah! tu ne te connais pas, ni toi, ni les ennemis que tu dois combattre. Mais je veux que tu aies raison de ne rien craindre : as tu raison de ne pas travailler à augmenter ta charité . et à t'unir à moi de la manière la plus étroite qui se puisse ? As-tu peur d'être trop grand dans le ciel , d'avoir une gloire trop éclatante d'être trop proche de la majesté et de la sainteté de Dieu , de jouir éternellement d'une félicité trop douce et trop agréable? Uni peut donc t'empecher de t approcher de moi dans les sacrements , sachant que tu m'y trouveras prêt à te faire du bien ? Je suis là . mon fils, une source qui coule sans cesse ; viens donc désaltérer ta soif. Bois à longs traits une eau qui éteint les ardeurs de la concupiscence, et qui deviendra en toi u» e fontaine qui rejaillira jusqu'à la vie éternelle.

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