‹ ŒuvresChapitre 50 sur 56 · DIX-SEPTIÈME MÉDITATION · texte numérisé non relu

DIX-SEPTIÈME MÉDITATION

Raisons de l'institution de l'eur.haristie. Effets de ce sacrement. Préparations à le recevoir.

4 Me \oici à vos pieds, mon unique maître, pressé d'un désir extrême de vous entendre parler sur le plus auguste de \os sacrements Surpris de l'efficace du baptême, de la confirmation et de la pénitence, que vous m'avez expliqués plus au long , mon esprit s'est trouvé transporté de jnie à la pensée de l'eucharistie. Je me suis imaginé que si vous faites tant de bien aux hommes avec un peu d'eau, une goutte d'huile, et quelques paroles remplies de votre Esprit, que le sacrement qui contient effectivement votre corps, votre sang, votre âme et votre personne saciée, devait être un principe de grâce si fécond et si divin , que désormais rien ne me pouvait manquer si je savais en profiter. 0 mon Sauveur, augmentez ma joie , satisfaites à mes justes désirs . ne refusez pas de mVxpliquer le mystère que vous avez établi pour nous combler de vos laveurs

2. Tu as raison mon fils, de croire que l'eucharistie est une source de grâces tout extraordinaire et toute divine. Les autres sacre ents sont plutôt des canaux que des sources ; ils répandent la grâce, mais ils n'en contiennent pas le principe et l'auteur Ils justifient ceux qui les reçoivent, mais ils ne sont pas établis pour donner à l'âme toute la force et la perfection dont elle est capable. J'ai institué le baptême pour donner des enfants à mon Eglise ; la confirmation pour leur soutt nir le courage contre les atta mes de l'ennemi ; la pénitence pour les rétablir en grâce ; l'extrêmc-onction pour les délivrer de leurs infirmités ; l'ordre et le mariage pour le bien

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de mon Eglise en général, pour donner âmes ministres droit à la grâce de leur ministère Car les personnes mariées doivent, comme ministres selon Tordre de la nature , m'offrir et me préparer à leur manière des matériaux que mes ministres, selon un ordre plus sainte! pins relevé , puissent bénir, consacrer, sanctifier. Ainsi les autres sacrements ne donnent ordinairement aux chrétiens que ce qui leur est nécessaire pour conserver leur qualité; mais les justes reçoivent par l'eucharistie toute la force et toute la perfection dont ils sont capables. Je vais, mon fils, t'ex poser les raisons principales de l'institution de ce sacrement. Ecoute-moi avec beaucoup d'attention.

3. Tu agis presque toujours corn ne si ton corps faisait partie de ton être propre , et que ta nourriture et ta vie fût ce pain matériel dont tu te nourris, et que tu pusses trouver ton bonheur parmi les objets qui frappent tes sens. Séduit et aveuglé par le corps auquel tu es uni, tu penses naturellement que ses biens et ses maux te sont communs. Tu te trompes, mon tils , des que tu cesses de rentrer en toi-même pour m'écouter. Ce toi à qui je parle, et qui m'entend, est une substance spirituelle qui peut sans ton corps subsister tout entière. Cette substance e t unie à un corps, et fait avec lui çe qu'on appelle un homme ; mais ce que tu vois de l'homme n'est pas l homme N'oublie jamais ces paroles pleines de sens que tu as apprises étant encore enfant L'homme est un composé de deux substances, de ce toi qui conçoit ce que je te dis, et de ton corps, substance terrestre, animale, insensible. Or ton corps a sa nourriture, et toi la tienne. 11 trouve parmi les corps de quoi conserver sa vie et sa perfection , qui ne consistent que dans un circulation parfaite des humeurs, et dans une juste conformation de ses membres. Mais toi, mon cher fils, tu ne trouveras point , je ne dis pas dans les corps, mais parmi les intelligences les plus parfaites, de substance intelligible capable de te nourrir, de te perfectionner, de f éclairer. La substance spirituelle de ton être ne peut se nourrir que de la substance intelligible de la raison. Je te l'ai dit cent fois : tu le crois, tu en es même pleinement convaincu. Mais c'est quand tu y penses, et tu n'y penses point assez.

4. Que si tu n'y penses point assez, mon cher fils, toi qui as mérité par ton attention d'apprendre cette vérité, ces

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philosophes grossiers qui s'imaginent recevoir de leurs sens tout ce qu'ils ont de connaissances ; ces philosophes superbes qui se croient être à eux-mêmes leur maître et leur raison; le commun des hommes qui ne fait pas seulement attention de quel côté vient la lumière qui le frappe , y pensera-t il? Ne \ ois-tu pas que les hommes, semblables aux bêtes les plus stupides et les plus insensibles , mangent ce que je leur présente sans me reconnaître pour leur bienfaiteur; et que, pourvu que ce que je leur donne soit conforme à leur nature ou leur flatte le goût, ils s'en repaissent sans s'enquérir de ce que c'est? Ps'esl-ce pas là se nourrir brutalement de la raison et se servir de la lumière sans penser qu'elle vient du soleil? Lorsqu'on présente aux ivrognes du vin qui les réjouit , ils demandent quel est le pays qui le produit. Lorsqu'on met sur une table quelque mets inconnu , chacun désire d'en savoir le nom et peut-être la manière de l'apprêter. Mais personne ne se met en peine de savoir quelle est la substance qui nourrit l'esprit. Bien loin de rechercher avec empressement quelle est la nature de cette substance, dès que tu en as voulu parler, t'en souviens-tu? des esprits ingrats et stupides t'ont interrompu comme si tu proposais des questions inutiles ; ils Tout traité de visionnaire ; tu n'as fait qu'exciter leur raillerie.

& Cependant, mon fils, les plus ingrats et les plus stupides aiment naturellement ce qui les nourrit. Us s'en occupent avec plaisir, ils le recherchent avec soin. Et cela est juste et naturel , car il est juste et naturel d'aimer ce qui peut faire du bien Si les objets sensibles pouvaient nourrir ta propre substance, tu pourrais y penser, les aimer , les rechercher. Mais les corps qui t'environnent ne peuvent rien sur ton être propre, ni même sur le corps que tu animes. Je veux bien néanmoins que tu t'en approches par le mouvement local; mais je ne puis pas te pi rmettre de t'y unir par le mouvement de ton amour. Car tu ne dois aimer (pie ta nourriture propre, que ta vie. ta raison, la cause de ta perfection et de ton bonheur. Certainement tu ne dois aimer que Dieu, puisque tu es indispensablement obligé à l'ai.; er de toutes lès forces Ainsi, mon fils, si les hommes étaient convaincus d'une i: anière sensible et palpable que je suis leur raison, la nourriture de leur esprit, le principe de leur vie et de leur perfection , ils auraient sans doute le plus puissant et le plus juste motif qu'il y ait de s'unira moi de toutes les puissances i. 42

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de leur âme. Or j'ai voulu leur fournir ce motif. Car, voyant qu'ils ne pouvaient pas facilement rentrer en eux-mêmes, je me suis servi de la foi qui parle à l'esprit par les sens Je leur ai appris par l'institution du sacrement de mon corps et de mon sang que je suis véritablement leur nourriture, qu'il ne tient qu'à eux de vivre de ma substance ; et que , si les voluptueux aiment les viandes dont ils nourrissent leur corps , on ne peut sans ingratitude , sans aveuglement, sans une insensibilité étrange, s'approcher de mon sacrement sans amour.

6. Une des raisons pour lesquelles j'ai donné aux hommes ce pain céleste est donc pour leur marquer sensiblement que je suis le pain qui nourrit actuellement la substance de leur âme , et par là les porter à m'aimer de toutes leurs forces; mais que ce n'est pas là , mon fils, la principale ! Je ne pense point tant à marquer le passé qu'à figurer le futur. Ecoute-moi. Les biens et passés et présents ne sont que des ombres et des figures des biens à venir. Je suis nécessairement la nourriture et la vie de toutes les intelligences; mais je ne me suis encore communiqué aux hommes que d'une manière fort imparfaite.

7. L'homme, avant son péché, pouvait à la vérité vivre de la raison , il pouvait manger librement du fruit qui donne rimmorfalité ; mais ce fruit n'avait point alors certains attraits sensibles qui font qu'on n'en veut point manger d'autres. Dès que l'homme est tombé dans le péché, l'accès à l'arbre de vie lui a été exactement défendu à lui et à sa postérité; et si quel|ues personnes se sont nourries de la sagesse 1 et ont consulté sérieusement la raison, sache, mon fils, qu'ils ne l'ont fait que d'une manière fort imparfaite, ou qu'ils n'ont mérité cette grâce que par la force de leur foi 2 ; car on ne passe à l'intelligence des vérités capables de nourrir' l'esprit que par le mérite et le secours d'une foi humble et soumise. Ainsi je ne me suis communiqué aux hommes que d'une manière imparfaite, soit dans le désert, soit même dans le paradis terrestre Mais dans le ciel je me donnerai tout entier à eux. Mes enfants vivront uniquement et paisiblement de ma substance ; ils ne pourront plus manger d'autres fruits que de ceux que je produis ; je ne

» Prov. 3, 18.

3 Esa. 7, 9 ; apud 70, v Aug.

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serai plus à leur égard une manne 1 dont la vertu est cachée; ils trouveront en moi une douceur inexplicable, car je renferme dans la simplicité de mon être une variété infinie d'attraits et de biens. Ceux qui ont mangé de la manne dans le désert sont morts 2, mais ceux qui se nourriront de ma substance vivront éternellement. Les Juifs ont mangé l'agneau avec des herbes ameres 3 . debout et à la hâte, comme des gens qui sont dans la crainte et pénétrés de douleur. Mais les chrétiens dans le ciel seront assis à ma table 4 Ils mangeront de l*Agneau même de Dieu ; ils auront part à la victime ; ils se nourriront avec Dieu d'une même substance, et jouiront à leur manière 5 d'une même félicité. Voilà, mon fils, ton espérance, voilà ta fin, voilà l'objet de tes désirs. C'est aussi cela principalement que j'ai voulu figurer par l'eucharistie , que Dieu reçoit comme sacrifice et toi comme sacrement, car, si maintenant tu manges réellement mon corps et bois mon sang, tu ne dois pas douter que tu ne te nourrisses dans le ciel de ma substance Je te marque donc par l'eucharistie que je suis réellement la raison et la nourriture de l homme 6 mais je te figure encore par ce mystère bien d'autres communications de mon être. Je te fais espérer un bonheur dont tu ne peux te former une trop grande idée. Je t'en donne même un gage bien sur. Ainsi ce mystère doit exciter dans ton cœur des désirs et des mouvements qui te tiennent toujours en action, jusqu'à ce que tu jouisses des biens que je t'ai promis.

8. Peux-tu après cela, mon fils, penser aux corps qui t'environnent et te nourrir des plaisirs sensibles, toi qui ne dois vivre que de ma substance, et qui as de fermes assurances de jouir un jour de tous mes plaisirs? Seras-tu semblable au fils d'un souverain, qui pleure pour un jouet et qui préfère une pomme à sa couronne? Pense, mon fils , pense sérieusement à ta dignité , à tes qualités, à tes espérances ; ne vis présentement que de l'avant-goût des biens éternels, et méprise tous ces objets puérils qui partagent ton cœur avec moi et qui t'arrêtent dans ta course vers le vrai bien.

' S a p. t fi, 20, 21 .

iJoan 6, 49, 51.

3 Exod. 12.

< Luc. 22, 50; ApoC. 19, 9.

» Mat th. 25, il.

6 Joan. G, 55.

9. 0 mon Sauveur, qui pourra comprendre la stupidité de l'esprit humain? qui pourra pénéter le dérèglement de son cœur ? Quand vous me parlez, je suis semblable à un enfant qui entend raison; j'ai honte de moi-même et de la bassesse de mes inclinations. Mais, dès que je ne suis plus en votre présence, je retombe en enfance; une bagatelle m'arrête, je m'amuse à perdre le temps par lequel je puis gagner l'éternité Insensibilité effroyable! L'enfer est prêt à me dévorer. Mon Seigneur, qu'il n'y ait point d'enfer! Mais je puis perdre des biens dignes de la magnificence d'un Dieu, des biens mérités par le sang d'un Dieu, des biens qui font la félicité de Dieu même; je puis perdre ces biens, mais pour une éternité, et je suis sans inquiétude. Toujours semblable à un enfant, je prends de la boue et des tuiles cassées ; je m'amuse à bâtir une hutte qui ne peut contenir que la moindre et la dernière partie de mon être. Cette hutte va se renverser avant qu'elle soit faite : je le sens même, en la faisant; je sais du moins que tout fondra sous mes pieds à ma mort. Et cependant , ferme dans mes grands desseins, je me fais un plaisir de m'aveugler, de me séduire, de m'endurcir. Misérable que je suis ! Quel est le prince content de sa fortune et de sa gloire? Et moi je vivrai content, lorsque je me serai fait l'établissement que je désire ? Mais plus je vivrai content , plus je craidrai la mort ; je ne p is donc vivre content que je ne pense point à le mort. Mais la cruelle s'approche , la voici, et je suis dans l'éternité. Seigneur, où sera ma demeure , ma nourriture, mes plaisirs? 0 Jésus , que ceuxlà sont heureux à qui vous parlez sans cesse ; ils se regardent ici-bas comme des voyageurs; ils vivent sous des tentes comme Abraham, Isaac et Jacob V. Pleins d'espérance, fermes sur votre promesse, ils méprisent généreusement les biens qui passent. Ils se font un établissement dans la Cité sainte, dont les fondements sont inébranlables, et dont Dieu même est l'architecte et le fondateur. 0 mon unique maître, éclairez-moi sans cesse ; rompez, mon Sauveur, les liens qui me tiennent captif. Vous me promettez les vrais biens; vous me donnez par votre sacrement un gage de votre promesse. Mais j'ai l'esprit si petit et si faible , le cœur si bas et si corrompu, que le moindre éclat des beautés sensibles m'éblouit

« Ilebr. 11, 9, 10.

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et m'agite ; et alors le souvenir de vos promesses et toutes les pensées solides que vous m'inspirez s'effacent entièrement de mon esprit.

10. C'est, mon fils, que ta charité est faible et languissante, et que tu ne prends pas assez de soins de la fortifier : un homme qui manque de nourriture manque de vigueur et de générosité; mais lorsqu'il a le cerveau plein d'esprits , et les veines de sang ;, il est prêt à former de généreux desseins. Le sacrement de mon corps et de mon sang est la nourriture de ton esprit Tu manques de cœur, tu as encore de viles et de basses inclinations: viens à moi prendre de la générosité et de la force. Ce sacrement ne marque pas seulement que je suis ta raison, et que dans le ciel je serai ta vie, ta nourriture, ta félicité; il soutient aussi le courage dans le chemin qui conduit aux vrais biens qu'il figure et qu'il promet. Si j'ai caché ma substance et mon esprit sous les apparences de la nourriture ordinaire, c'est pour te convaincre d'une manière sensible que mon sacrement est à ton âme ce que le pain et le vin sont à ton corps. Je suis en effet le véritable pain du ciel. Je suis le pain vivant et vivifiant dont, celui qui s'en nourrira n'en désirera jamais d'autre ; il n'aura que du dégoût et de l'horreur pour les plaisirs dont les voluptueux se nourrissent. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi eu lui. Et comme je vis pour mon Père, celui qui me mangera vivra pour moi. Mais en vérité , en vérité , je te dis que si tu ne manges ma chair et ne bois mon, sang , tu n'auras point la vie en toi ; tu mourras dans le désert comm.e ceux qui ont mangé la manne ; tu n entreras point dans la terre promise , . tu ne vivras point éternellement l,

1 1 . Mais prends garde , mon fils , il faut de grandes préparations pour me recevoir utilement. Le pain et le vin ne rendent pas la vie aux morts, ils ne rendent pas même toujours la santé à ceux qui sont malades; mais ils fortifient extrêmement ceux qui sont faibles cl pressés de la faim : il en est de môme de mon corps et de mon sang. Ils fortifient extrêmement ceux qui ont une santé parfaite, et qui n'ont point d'autre maladie que leur faiblesse et leur langueur. Oueceux donc qui ont de la santé, je veux dire une bonne volonté , un cœur droit , faim et soif pour la justice, quoique faibles.

1 Joan 6.

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fatigués , languissants , mangent très-souvent du pain et du vin que je leur ai préparés. Ils se l'établiront bientôt et marcheront à grands pas dans le chemin qui conduit à l'immortalité. Que ceux qui sont affligés de quelque maladie et qui ne sentent point en eux-mêmes cette faim pressante et cette soif ardente pour la justice , aient soin de se purger de leur péché par le sacrement de pénitence , et de leurs mauvaises inclinations par des exercices de piété. Autrement le fréquent usage de mon sacrement les endurcira et les mettra en danger de mort. Le pain et le vin est souvent une nourriture trop solide pour des malades; et, s'ils en prennent trop, ils se mettent en danger de perdre la vie Ceux qui ont des attachements permis sont peut-être eux-mêmes criminels devant Dieu , car personne ne peut savoir jusqu'où va l'amour qu'il a pour l'objet de sa passion. 11 est permis d'aimer son père; mais le fils qui aime son pèt e plus que moi n'est pas en état de me recevoir 1 De sorte que ceux qui sentent encore en eux-mêmes des attachements considérables à la créature doivent se préparer à la communion avec crainte. Ils doivent travailler à sortir de cet état , et ne pas s'approcher souvent et avec assurance des sacrés mystères , qui donnent la mort aux profanes et aux impurs. Mais pouf ceux qui ont le cœur corrompu par un attachement criminel , qu'ils n'approchent jamais en cet état de la sainte table Ma chair est un poison si présent à 1 égard de ceux qui sont pleins d'une viande corrompue, qu'elle leur glace le sang elles rend entièrement insensibles. Lorsque ces hypocrites viennent, au jour de mes victoires , s'asseoir à ma table avec mes bien-aimés disciples , ils semblent avoir encore quelque sentiment. L'horreur et le trouble les surprend et les inquiète, mais ils se retirent froids, insensibles, endurcis, cherchant , comme Judas, à me livrer à leurs passions. Il faut un miracle extraordinaire pour rendre à ces misérables le mouvement et la vie. Ainsi, mon fils, nourris toi souvent de ma substance; mais examine et purifie ton cœur auparavant ; etaiïn que je ne te condamne pas, n'oublie pas de te juger et de te condamner toi-même 2.

12 Si tu savais, mon fils , ce que j'opère par l'efficace de mon sacrement dans les âmes bien préparées, tu croirais ne

> Matth. 10, 37.

2 Cor. Il, 3i.

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devoir travailler qu'à me préparer ton cœur. Tu le regarderais comme cruel à toi-même, situ passais un jour sans me recevoir ; et tu serais sensiblement touché de l'aveuglement de ceux qui négligent de recevoir le bien que je veux leur faire. Pbùrrai*>je être dans une àme sans y rien opérer, moi qui travaille sans cesse à leur sanctification ? dans une âme qui s'abandonne à ma conduite et qui veut entrer dans mes desseins, moi qui, pressé d'amour pour les hommes, vas chercher les pécheurs jusque dans le lieu de leurs débauches ; qui , plein d'ardeur pour l'accomplissement de mon ouvrage, fais chercher des matériaux par toute la terre? Quel est l'architecte qui néglige les pierres les plus propies à son bâtiment? Quel est le sculpteur qui rejette une matière qui obéit sous le ciseau ? Mais quel est l'homme qui refuserait de donner aux membres de son corps toute la perfection dont ils sont capables? Que l'homme, mon fils, oublie son corps, et l'époux s, m épouse ; mais, pour moi, je suis trop constant, trop sage, trop bienfaisant, pour manquer de faire à une âme qui me reçoit comme elle le doit des libéralités conformes aux qualités que je porte.

13. L'eucharistie considérée comme sacrement ôpère de grandes grâces dans ceux qui la reçoivent; mais ne t'imagine pas qu'elle soit sans efficace en ne la regardant que comme sacrifice. Sache au contraire , mon fils, que le sacrifice de l'eucharistie est la source de toutes les grâces , et que l'on communie à ce sacrifice en mille manières qui diffèrent toutes de la communion sacramentelle. Tous ceux qui assistent à la messe , et qui , s'élevant en esprit dans le ciel, m'invoquent comme un pontife toujours vivant, pour intercéder pour eux , ne manquent point d'avoir part à ce sacrifice. Ils y communient sans doute, s'ils m'offrent à mon Père comme la victime qui efface les péchés du monde. Et comme ce sacrifice représente les diverses manières dont je me suis offert à Dieu sur la terre , comme il représente encore le sacrifice que j'offre comme prêtre selon l'ordre de Melchisédech , et qu'il n'en est pas même différent, quant à la qualité de la victime et à la personne qui sacrifie, il est certain qu'il est la cause de toutes les grâces qui sont données aux hommes. Il esl certain que le sacrement même de mon corps et de mon sang n'opère la grâce que parce que c'est la communion à ce sacrifice. Il y aurait, mon fils, bien

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des choses à te dire pour f expliquer eu détail l'essence et les effets du sacrifice de la messe. Qu'il te suffise de savoir en général que c'est l'abrégé des mystères de la religion et de tout ce que j'ai fait pour le salut des hommes.

14. 0 mon Sauveur ! quand je pense à vos mystères et que je repasse dans mon esprit tout ce que vous avez fait pour mon salut, mon aveuglement, ma stupidité, mon ingratitude me troublent et m'inquiètent; j'ai horreur de moi-même; je ne puis me souffrir. Que je vous dise donc aujourd'hui ce que vous nous êtes , et que je ne l'oublie jamais, et que je vous confesse mes désordres et mon ingratitude,, atin que vous n'y pensiez plus.

Vous êtes la raison de l'homme toujours prêt à lui répondre , lorsqu'il vous consulte par son attention. I; homme devient charnel ensuite du péché; il ne peut plus rentrer en lui même pour y contempler la vérité intelligible. Vous l'instruisez par la loi et les prophètes, et prenez vous-même une chair sensible pour lui parler par ses sens. L'homme naît pécheur. 11 a encouru l'indignation de Dieu ; il a mérité la mort. Vous payez pour lui ; vous faites sa paix à vos dépens ; vous souffrez pour lui le plus cruel et le plus infâme des supplices ; et par ce moyen vous le retirez de l'enfer et lui donnez même droit à votre héritage. Vous le purifiez par le baptême ; vous le fortifiez par la confirmation ; vous le relevez parla pénitence; vous le nourrissez, vous le consacrez par l'eucharistie ; vous l'éclairez de votre lumière ; vous l'animez de votre esprit ; votre grâce conduit tous ses pas et sanctifie toutes ses actions.

Vous êtes donc maintenant , ô mon Jésus, ma sagesse, ma raison , ma lumière, ma rédemption , ma justification , ma sanctification , ma nourriture et ma vie , ma force et ma défense : mais vous serez encore dans l'autre vie ma perfection, ma félicité, ma récompense. Vous êtes et vous serez éternellement mon chef, mon roi, mon souverain prêtre , et la sainte victime en qui mon être sera sacrifié à Dieu, consommé en Dieu et reçu de Dieu comme une victime de bon odeur. C'est à cause de vous que Dieu habitera en nous comme dans son temple , qu'il nous fera part de sa gloire comme à ses enfants , que nous serons de tous ses plaisirs comme ses bienaimés et ses élus. Enfin c'est en vous et par vous que Dieu sera tout à tous , et que nous deviendrons comme des Dieux

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par la communication la plus parfaite de l'Etre divin. Qui peut comprendre la grandeur de ces bienfaits? Qui peut donc comprendre la grandeur de mon ingratitude? Je n'ai pas fait pour vous, objet digne d'un amour infini , d'adorations continuelles , de reconnaissances éternelles ; je n'ai pas fait pour vous Gfi que fait un avare pour de l'or, un ivrogne pour le vin, un ambitieux: pour une sotte et vaine gloire. Ah ! mon Sauveur ! que je ne vous confesse point en détail mes ingratitudes ; je ne puis y penser sans horreur. Anathème à celui qui ne vous aime point. Mais, ô Jésus, pardonnez à ceux qui vous aiment présentement , pardonnez à ceux qui désirent sincèrement de connaître vos qualités et de brûler d'amour pour vous. Quelque ingrats , stupides , insensibles, misérables qu'ils aient été jusqu'à présent , Sauveur des pécheurs > oubliez leurs désordres et sauvez-les.

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