‹ ŒuvresChapitre 51 sur 56 · DIX-HUITIÈME MÉDITATION · texte numérisé non relu

DIX-HUITIÈME MÉDITATION

Autres moyens pour obtenir la grâce. Jésus-Christ s'applique particulièrement à ceux qui travaillent à son ouvrage, au salut des âmes , à l'édification des fidèles.

Souverain prêtre des vrais biens, vous répandez sur les hommes cette pluie céleste qui produit des fruits pour l éternité Mais je me trouve souvent à vos pieds sec et aride comme une terre sans eau. Qui pourra , Seigneur , supporter ce froid et ces rigueurs extrêmes que la sainteté de Dieu fait sentir aux âmes? 0 médiateur entre Dieu et les hommes, ô Sauveur des pécheurs , ne m'oubliez pas. Faites ma paix avec Dieu , et continuez de m'instruire des moyens par lesquels je pourrai obtenir le secours de votre grâce.

I. Je t'ai déjà dit bien des choses sur cela, mon cher fils ; mais tu te lasseras plutôt de m'interroger que moi de te répondre, car certainement j'ai plus d'amour pour toi que tu n'en as pour toi même. Ne juge pas de ces sécheresses qui te désolent , que je t'abandonne. C'est dans ces temps difliciles que j'éprouve la vertu des âmes généreuses. C'est alors que je leur fais mériter la couronne qui est due à ceux qui souffrent le martyre ou qui sacritient leur bonheur à l'amour de Tordre. Le plaisir, quel qu'il soit , diminue le mérite; bien loin d'en être le principe, il en est la récompense. Tout plaisir actuel rend actuellement heureux ; on ne renonce donc pas à soi-même de la manière la plus pure et la plus méritoire, si

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on y renonce avec plaisir. On sent bien qu'alors on trouve la vie , quelque prétention qu'on ait de ^offrir à la mort. Car le plaisir est la vie de l'âme , et la douleur est plus terrible que la mort même.

2. Néanmoins, mon fils , tu as raison de craindre extrêmement ces états fâcheux où l'àme est comme abandonnée à elle même, sans force et sans mouvement vers le vrai bien. Car tes sécheresses sont quelquefois l'effet de les négligences ou de ton orgueil. Il vaut mieux pour toi que tu mérites moins que de courir de grands dangers. Mais cela n'est pas avantageux à la beauté de mon ouvrage Cette beauté demande que mes enfants se sacritient de la manière la plus méritoire et la plus pure. Car la gloire et la beauté de l'Eglise triomphante suppose les travaux et les mérites de l'Eglise militante Malheur à ceux qui ne persévèrent pas jusqu'à la fin. Ainsi, mon fils, dans ces états de désolation , aie soin de tnnmilier et de m'invoquer; je ne t'abandonnerai point Souviens-toi de ces paroles que j'ai poussées vers le ciel pour ta consolation : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'aonz-was abandonné? Demeure ferme dans ta foi , et tu finiras comme moi ton sacrifice en paix. Tes dernières paroles seront semblables aux miennes. Tu diras plein de joie et avec une entière confiance : Mon Père , je remets mou âme entre vos mains.

Je t'ai déjà expliqué les principaux moyens par lesquels tu peux obtenir les secours qui te sont nécessaires ; mais , puisque tu appréhendes d'en manquer, je vais l'apprendre ce que tu dois faire pour attirer sans cesse sur toi mes regards et mes bienfaits.

3. Le plus ardent de mes désirs est celui de former mon corps 1 , de sanctifier mon Egise , d'achever le temple que mon père m'a ordonné de construire en son honneur Je veux faire ce temple le plus ample et le plus parfait qui se puisse , autant que la perfection et la grandeur se peuvent accommoder l'une avec l'autre . et ayant égard à bien des règles et des circonstances qu'il n'est pas nécessaire que je te dise présentement Ainsi, mon fils, je m'appliquerai à toi d'une manière particulière , si tu contribues aussi d'une manière particulière à la grandeur et à la perfection de mon ouvrage. Car je ne fais pas toutes choses immédiatement par moi-même ,

lJoan. 1, 51.

je me sers des instruments que la nature et la grâce me fournissent. Ecoute-moi attentivement , de peur de prendre le change et de tomber dans Terreur.

4. Sache donc, mon fils , que je fais servir la nature et la grâce à mes desseins , qiTa\ant que d agir je suppose la nature, que j'en considère Tordre, et que pour l'ordinaire, sans rien changer de ses lois , je m'en sers pour exécuter mon ouvrage. Par exemple, quoique je puisse éclairer les esprits immédiatement par moi-même , comme sagesse éternelle et cause véritable de tout ce qui se produit, et que je le puisse encore com ne cause occasionnelle qui détermine infailliblement Tefficace des volontés divines , néanmoins j'ai envoyé des prédicateurs et des apôtres \ et j'ai établi dans mon Eglise des témoins de la foi que tu es obligé de croire. Je pourrais convertir tous les hérétiques en les éclairant intérieurement; mais la simplicité de mes voies , Tordre que je dois suivre ne me le permet pas. Ma conduite doit porter le caractère de mes qualités. Je suis Dieu 2, je dois donc agir en Dieu par des voies simples, générales, uniformes et constantes. Je suis homme : je dois donc agir en homme et me servir des moyens humains ; je dois respecter la conduite de mon Père et la simplicité de ses voies , et ne pas lui demander sans raison un miracle Je dois donc faire servir la nature à la grâce, lorsque rien ne m'oblige à en user autrement.

5. Mais , mon fils , si je fais servir la nature à la grâce , je fais bien plus servir la grâce même à la grâce Ce n'est que par accident que la nature sert à la grâce ; mais la grâce sert à la grâce et par accident et par son mérite. La nature ne mérite jamais la grâce intérieure ; elle ne peut mériter que des grâces relatives ; mais le bon usage de la grâce mérite des grâces intérieures aussi bien que des grâces relatives. Par grâces relatives, entends celles qui ont rapport à l'édification des fidèles , et qui par elles-mêmes ne sanctifient point ceux qui les reçoivent.

6. Par exemple , un particulier qui . par ses dispositions naturelles, est plus propre qu'aucun autre à exécuter quelqu'un de mes desseins , mérite par là que je 1 y emploie, et que je lui donne les grâces relatives , comme le don des langues, des miracles ou d'autres dons qui étaient si fréquents

1 Ephes. 4. 1! .

2 Imité de la Nature et de la Grâce, premier discours.

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lorsqu'ils étaient nécessaires à rétablissement de mon Eglise; mais il ne mérite pas de grâces intérieures par ses dispositions naturelles, car, tout homme étant corrompu par le péché, nul homme n'est disposé à recevoir la grâce intérieure Un homme qui a l'imagination vive et de bons poumons a .quelques dispositions à prêcher l'Evangile; je puis donc le choisir, et l'élever , même comme Judas , à la grâce relative de l'apostolat, en vue de ces dispositions. Mais , depuis le pécffé , il n'y a point dans l'homme de dispositions à la grâce que celles que la grâce même ~y met. L'homme ne peut donc mériter la grâce intérieure par les dispositions que la nature lui donne , ou par celles qu'il se donne à lui-même par les forces du libre arbitre. Mais le juste , par les dispositions qu'il acquiert avec la grâce , peut, se mettre en tel état, que j'aurai pour lui plus d'égards que pour plusieurs autres.

7. J'aime, mon fils, généralement tous les justes Ce sont les membres de mon corps ; ils sont formés de ma chair et de mes os : et personne ne hait sa propre chair 1 ; il la nourrit au contraire et l'entretient avec soin. Mais j'ai une application particulière à ceux qui entrent dans mes desseins, qui contribuent parleurs travaux à l'édifice que je construis, et qui apportent sur le fondement que j'ai posé 2 de l'or, de l'argent, des pierres précieuses ou du bois même et de la paille, à proportion de leurs forces 3 . Je perdrai au contraire ceux qui profanent la sainteté de mon temple 4. Celui qui est un sujet de chute et de st.andule à quelquim de mes enfants, il vaudrait mieux pour lui qu'on lui mît une pierre au cou et qu'on le jetât au fond de la mer. 11 s'oppose à mes desseins , il détruit ce q\ e j'édifie , il empêche ou retarde l'œuvre de Dieu , et cause la damnation de tous les réprouvés qui naissent pendant ce retardement. L'ardeur qui me presse d'achever et d'embellir mon ouvrage fait naître en moi mille désirs différents qui le seront extrêmement avantageux, si tu secondes mes intentions et fais servir à mes desseins les talents que la grâce et la nature t'ont donnés. Ainsi observe les règles que je vais te prescrire.

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