‹ ŒuvresChapitre 53 sur 56 · Ne vois tu pas clairement dans ta raison que Dieu est · texte numérisé non relu

Ne vois tu pas clairement dans ta raison que Dieu est

« Médit. /. //, ///.

* Prov. 8.

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un être infiniment parfait, que ses connaissances n'ont point de bornes , et que rien n'est capable de résister à l'efficace de ses volontés? Tu le vois sans doute en moi. Mais prends garde à ceci : n'y a-t-il point de loi qui règle et qui borne, pour ainsi dire, sa puissance, ou plutôt l'efficace de ses volontés? Peut-il commettre le péché ? Peut-il faire quelque chose d'indigne de lui ou qui ne soit pas pour lui ? S'il ne faisait qu'un animal, par exemple, pourrait-il le Caire monstrueux ou lui donner des membres inutiles ? 11 le pourrait , s'il le voulait. Mais peut-il le vouloir ? Tu vois clairement en ma lumière qu'il ne le peut, parce qu'il ne peut vouloir ce qui est contraire à l'ordre et à la raison. Consulte donc sérieusement la raison , et tâche d apprendre par elle, dans le silence de tes sens, de tes passions et surtout de ton imagination , quelque chose des desseins et de la conduite de Dieu ; car ce n'est que par la raison que les intelligences ont commerce avec lui et qu'elles admirent ses ouvrages , comme ce n'est que par la même raison , même incarnée , immolée et consommée en Dieu, que les pécheurs ont accès à mon Pere pour lui rendre leurs devoirs et recevoir ses bien laits.

8. Contemplas tu Tordre, la raison, la justice essentielle ? Es-tu attentif ? réponds. Dieu peut il rendre heureux ou malheureux un homme qui ne l'a point mérité ? Peut-ii lui donner le ciel ou le précipiter dans les enfers ? 11 le peut s il le veut. Mais, prends garde, peut-il le vouloir? iV écoute p >int tes préjugés. Tu te souviens de ce que tu as ouï dire du premier homme et que tu as mal entendu ; tu penses aux enfants qui meurent avant l'usage de la raison , et tu te troubles au lieu de t éclairer. C'est moi que tu dois consulter; rentse en toi-même. Ces» le plaisir actuel qui rend actuellement et formellement heureux ; je ne dis pas juste ou parfait prends y garde ! C'est la douleur qui rend actuellement et formeliement malheureux : je ne dis pas criminel ou imparfait. Or c'est Dieu seul qui cause la douleur et le plaisir dans l'âme. Réponds donc! Dieu peut-il agir sans raison ? Mais q telle peut être la raison de causer dans une âme du plaisir ou de la douleur, si ce n'est celle de récompenser et de punir? Penses-y sérieusement Je vois bien que tu t'imagines que Dieu peut uniquement par bonté rendre un homme heureux, et qu'il est même au. pouvoir de sa clémence de pardonner au pécheur, sans tirer raison de son péché. Fausses idées,

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pensées humaines, sentiments dangereux. Dieu peut, par bonté, communiquer ses perfections à ses créatures, et même leur donner le ciel ou la vue claire de l'essence divine ; mais il ne peut , uniquement par bonté , leur donner le plaisir de la jouissance; parce que la récompense ne se donne point par des rai ons de bonté, mais par des raisons de justice. Dieu , pleinement satisfait par la dignité de mes souffrances, peut, sans autre satisfaction, pardonner au pécheur. 11 peut être clément à cause de m i, et il l'est effecthement II donne même dans le ciel, à cause de moi , des récompenses qui passent infiniment le mérite des saints; mais il ne peut être clément , comme tu te l'imagines , il ne peut qu'il ne punisse le désordre. La satisfaction d'une personne divine était nécessaire pour te réconcilier avec Dieu. C'est là le principe de ta foi et le fondement de tes espérances.

9. Supposons , mon fils , que Dieu ne veuille point agir par bonté; peut-il, selon cette supposition , ne point rendre heureux celui quia mérité de l'être ? Certainement, étant juste, il ne peut qu'il ne récompense le mérite. Tu vois donc clairement que la raison essentielle de rendre heureux est une raison d'ordre et de justice que Dieu suit inviolablement. Mais supposons , si cela se peut , que Dieu ne veuille point agir par principe de justice ; peut-il, selon cette supposition, ne point rendre heureux celui quia mérité de l'être? Certainement il le peut , quoique bon , selon l'idée que tu as de bonté, car cette bonté n'oblige à rien. Tu vois donc clairement que la raison essentielle de rendre heureux n'est point une raison de bonté. Ainsi , lorsque tu fais agir Dieu par des raisons de bonté dans des choses que tu vois bien qu'il doit faire par des raisons de justice , prends garde que tu ne le fasses agir comme toi par caprice et par fantaisie. Tu voudrais qu'il te rendit heureux sans l'avoir mérité; mais voudrais-tu, sans être coupable, qu'il te rendit malheureux ? Étant coupable, tu ne le veux pas ; car c'est pour cela que tu te fais un Dieu clément, d'une clémence bizarre et irrégulière. Tes volontés, tes imaginations, ne seront jamais la loi de Dieu. Il faut que tu sois digne du ciel ou de l'enfer, afin que Dieu te donne l'un ou l'autre; parce que Dieu est essentiellement juste, et que le bonheur, je ne dis pas la perfection , est une récompense qu'on ne donne que par justice. Car,

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encore un coup, lorsque Dieu communique aux créatures son être et ses perfections, lorsqu'il les éclaire et qu'il les anime, il agit par bonté : il peut ne le point faire ; il exécute des desseins arbitraires Mais, lorsqu'il les rend heureux ou malheureux , il agit par justice et suit une loi inviolable.

40. Adam , mon fils , avant son péché , était parfait ; mais, à parler juste, il n'était encore ni heureux ni malheureux. Il était heureux en ce sens-là qu'il avait tout ce qu'il fallait pour mériter de le devenir, et qu'il n'était nullement malheureux ; mais il ne goûtait point encore le plaisir qui affermit dans le bien, le plaisir par lequel on jouit du bien, le plaisir qui rend actuellement heureux. Les plaisirs sensibles dont il jouissait à l'occasion des objets, et en conséquence des lois générales de l'union de l'a me et du corps , étaient une espèce de récompense de ce qu'il se soumettait à l'ordre de Dieu , qui voulait qu'il conservât sa vie; mais ces plaisirs ne le rendaient pas fort heureux, lui qui était fait pour en goûter de plus solides et qui devait même, par la privation de quelques-uns de ces plaisirs . offrir à Dieu le sacrifice de l'obéissance et mériter un bonheur qui ne devait jamais finir.

il. A l'égard des enfants qui meurent sans baptême, ils sont damnés Comme ils naissent dans le désordre, Dieu qui aime l'ordre ne peut les aimer en cet état. Ce sont des enfants de colère : ils n'auront point de part à l'héritage des élus. Mais ils ne souffriront point la peine ?u'on nomme du sens, ils ne souffriront point la douleur Ils seront malheureux en ce sens qu'ils ne posséderont point le bonheur pour lequel ils sont faits Qu'ils aient, si tu veux, la tristesse et les autres sentiments qui, dans cette vie, accompagnent la privation du bien , cela ne peut les rendre malheureux au sens que je t'ai expliqué ; car la tristesse est le sentiment le plus agréable que puisse avoir un homme dans le temps qu'il n'a pas le bien qu'il souhaite Mais ne juge pas de l'âme séparée du corps et qui n'a point de bonheur à acquérir, n'en juge pas, dis-je , par cette suite de sentiments qui accompagnent tes passions, et que Dieu , qui seul agit en l'âme , te donne maintenant par rapport aux objets qui t'environnent, par rapport aux biens que tu dois chercher et au mal que tu dois fuir , et qu'il ne te donnera plus lorsque tu n'auras ni biens à acquérir ni maux à éviter. En un mot, un enfant mort

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sans baptême sera en tel état qu'il lui sera indifférent d'être ou do n'être point, il ne sentira ni plaisir ni douleur. Car, supposé qu'il n'ait fait ni bon ni mauvais usage de sa liberté, supposé qu'il n'ait ni mérité ni démérité, Dieu étant juste, il ne sera ni heureux ni malheureux au sens que je t'ai expliqué Ne juge pas néanmoins trop promptement que les enfants ne font nul usage de leur liberté et qu'ils sont hors d'état de pécher , de quelque manière que ce puisse être

12. Mais un enfant régénéré par 'e baptême sera heureux: en tout sens. 11 aura le ciel et le plaisir de la jouissance , non qu'il ait mérité cette jouissance , mais parce que je l'ai méritée pour lui. 11 rentre dans Tordre par l'efficace du baptême ; son cœur est tourné vers Dieu, quoique actuellement la concupiscence l'applique aux objets qui frappent ses sens. Ainsi Dieu, qui aime l'ordre, lui donnera l'héritage qui est dû aux enfants. 11 contemplera les perfections de l'Etre divin , puisque Dieu ne fait les esprits que pour lui. L'ordre le demande ainsi. Mais il n'aurait point le plaisir de la jouissance, si le mérite de mon sacrifice ne lui était appliqué. Son bonheur est pure grâce, puisqu'il n'a point mérité par lui-même d'être heureux Et les saints mêmes, qui ont offert à Dieu les sacrifices qui donnent droit au bonheur de la jouissance , n'auraient dans le ciel que des plaisirs médiocres, et qui répondraient exactement aux maux qu'ils ont soufferts pour la justice, si, par la dignité de mon sacrifice, je ne leur avais mérité un bonheur qui passe infiniment le mérite de leurs bonnes œuvres.

13. Mais, mon fils, je vois bien que. tu as de la peine à te défaire de tes préjugés et à t'empêcher de juger de Dieu par toi-même. Comme tu voudrais bien n'avoir point de loi, tu crains d'en donner une à Dieu; et parce que tn préfères la puissance et l'indépendance à la sagesse et à la justice, tu ferais plutôt Dieu injuste et bizarre que de le soumettre à mes lois Mais prends garde ; lorsque Dieu suit la raison, lorsqu'il obéit à l'ordre, il ne suit que sa propre lumière, il demeure indépendant. Ta sagesse et ta raison n'est pas ta propre substance ; tu n'es pas ta lumière à toi-même ; mais, comme je suis consubstautiel à mon Père la raison , la sagesse, l'ordre, la loi de Dieu, c'est sa propre substance: de sorte qu'il se soumet à mes lois et demeure absolu et indépendant. Ne crois rien néanmoins de ce que je viens de le

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dire de la conduite de Dieu , si tu peux t'empêcher de le croire. Car, lorsque je parle à l'homme comme sa raison, il ne me doit croire que lorsque je l'y contrains par la force de l'évidence. Tache de vaincre par tes efforts la peine que tu as de contempler l'ordre en lui-même Qu* si tu es las de m'écouter comme vérité intelligible, soumets-toi à l'autorité de mes Ecritures. Ecoute-moi, c'est par elles que je vas t'instruire.

14. Il a fallu, mon fils, que je souffrisse la mort pour entrer en possession de ma gloire l. S'il y avait eu quelque autre voie aussi légitime de la mériter, penses-tu que je l'eusse négligée ? Pierre se 1 imaginait ainsi , et voulait un jour me détourner de ce chemin dur et fâcheux ». Mais il n'a jamais reçu de moi de plus dure réprimande. Je le traitai de Satan pour lui faire horreur du sentiment dangereux où il était 5. Et quoiqu'un moment auparavant je l'eusse loué comme instruit d'en haut sur mes qualités, que je lui eusse promis d'élever sur lui mon Eglise, et de lui donner les clefs du royaume des deux , je lui dis rudement devant mes disciples : Retire-toi de moi , Satan. Tu me tends un piège , parce que tu n'as pas de goût pour les choses de Dieu . mais pour les choses de la terre Appelant ensuite à moi le peuple et mes disciples, j'élevai ma voix et je leur dis : Si quelqu'un, veut venir avec moi , qu'il renonce à soi même , qu'il se charge de sa croix et qu'il me suive. Car celui qui se voudra sauver se perdra et celui qui se perdra pour t amour rie moi se sauvera. Tu peux donc juger par ces paroles contenues dans mon Evangile et par l'exemple que je t'ai donné, soit dans le cours de ma vie , soit dans les circonstances de ma mort , que la croix est le vrai chemin qui conduit à la gloire; qu'on ne peut avoir Dieu qu'après lui avoir sacrifié son être propre, et que l'on jouira de lui en d'autant plus de manières qu'on lui aura offert un plus grand nombre de sacrifices.

j5 il faut, mon fils, rentrer dans l'ordre pour être agréable aux yeux de celui qui ne peut souffrir le désordre. Mais comment le pécheur rentrera-t-il dans l'ordre? La peine est due au péché, Tordre de la justice le demande ; le pécheur ne peut donc rentrer dans l'ordre s'il ne souffre

» Luc. 24, 46. Act. 17, 3

2 Matth. 16, 23.

3 Ibid. v, 17.

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pour ses péchés. Trop heureux de ce qu'il peut rentrer en grâce par le mérite que ma satisfaction donne à ses peines : car, si mes souffrances ne sanctifiaient les siennes , il ne pourrait jamais éviter la colère du Dieu vivant. Celui qui vit dans les plaisirs, bien loin de rentrer dans Tordre, il oblige celui qui ne veut que Tordre à récompenser, pour ainsi dire» le désordre Car tu sais bien que c'est Dieu seul qui produit en L'âme tous les plaisirs dont elle jouit dans l'usage des biens sensibles. Or les voluptueux se servent adroitement des lois que Dieu a établies et qu'il suit constamment, afin de Tobliger à les rendre heureux dans le temps môme qu'ils méritent d'être punis. Ils font servir Dieu à leurs péchés et lui eu de nandent récompense f. Quel dérèglement! quelle brutalité ! quelle insolence ! Pour les pénitents , ils appréhendent extrêmement les plaisirs; ils ne demandent point que Dieu leur donne ce qui ne leur est point dû; ils ne l'obligent point à récompenser le désordre ; ils se servent humblement des lois de la nature pour faire agir un Dieu juste avec justice, et pour recevoir de sa main le châtiment qu'ils méritent. Du moins ne refusent-ils pas que je les purifie par les afflictions ordinaires , et que je les fasse rentrer dans Tordre en leur faisant part de ma croix. Ils vivent de leur foi. Ils me font cet honneur de me croire sur ma parole, trop contents deTavantgoût qiie leur donne la grandeur de leurs espérances. Ainsi , comme j'aime extrêmement Tordre et la justice, comme j'aime ma propre raison , le Verbe éter nel dans lequel je subsiste, je chéris particulièrement les pécheurs pénitents qui rentrent dans l'ordre, et dont je puis faire un ornement dans le temple spirituel de l'Eglise , où le désordre ne peut entrer.

16. Courage donc, mon fils ; si tu es pauvre, n'oublie pas ta grandeur. Bienheureux sont les pauvres : le royaume du ciel est à eux Si tu es dans l'affliction , réjouis-toi de la grandeur de tes espérances Bienheureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés : leur tristesse se changera en joie, personne ne pourra leur ravir leur bonheur. Enfin, si tu es persécuté pour la justice, quêta joie soit telle que tu ne puisses la retenir. Le royaume du ciel t'appartient. Tu es bien heureux si les hommes te chargent d'injures et d'op-

1 Isale, 43, 23.

probres, s'ils te persécutent et disent faussement de toi tous les maux imaginables. Une grande récompense t'est réservée dans le ciel. En un mot, si tu es malheureux et misérable, souviens-toi du sort de Lazare et du riche voluptueux ; et comprends , si tu le peux , qu'il faut vouloir être malheureux en ce monde pour mériter d'être heureux en l'autre Voilà, mon fils , un étrange paradoxe. Mais, si tu fais réflexion que tu es un pécheur qui mérite l'enfer, que tu es un chrétien qui a le crucitix pour modèle, que tu es un voyageur qui gagne sa patrie, et qui doit par ses travaux et ses sacrifices mériter un repos et une gloire éternelle , tu jugeras bien que ce paradoxe ne paraît tel qu'aux sens et qu'il ne choque nullement la raison.

17 Mon cher fils , obéis donc humblement sous le marteau qui te met en œuvre. Je travaille à ta gloire lors pi'on te persécute. Souffre dans le silence et ne te console qu'avec moi. Pourquoi te plains-tu avec tes amis de ton persécuteur ? Tu excites leurs passions, tu les remplis d'une haine qui tue leurs âmes. Tu te sers de l'amitié qu'ils ont pour toi pour les rendre mes ennemis et les perdre e x-mêmes. Pauvre consolation , impatience toujours indiscrète ! Puisque tu es un sujet de chute aux faibles , et que je n'avance point mes affaires en m'appliquant à toi, je t'abandonnerai. Tes malheureux amis entreront dans tes intérêts et tes passions. Ils te vengeront ; ils te délivreront de «on affliction et d'entre mes mains ; et tu seras peut-être assez sot pour l'imaginer que Dieu a pris un soin particulier de ton innoce nce.

18. Que la patience et l'humilité sont nécessaires ! Un pauvre qui souffre impatiemment sa misère jette dans ceux qui le considèrent une appréhension extrême d'être réduits dans cet étal 11 leur inspire l'avarice , et leur est un sujet de chute et de scandale. Mais lorsqu'il a la joie répandue sur le visage, et que bien loin de se plaindre il se juge indigne de l'honneur de la pauvreté , que cette générosité chrétienne est édifiante, et qu'elle imprime fortement dans les esprits le mépris des grandeurs humaines ! Celui q i manque de patience et d'humilité dans ses maux n'avance donc ni ses affaires ni les miennes; il ne mérite rien et n'édifie personne. Uj commence dès cette vie son enfer , et souffre en démon. Ainsi, mon fils , reçois avec respect la part que je te donne à ma croix , et porte-la avec le même esprit que moi, afin qu'elle te sanc-

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lifîe et ceux même qui assistent à ton sacrifice. Si tu te défies de tes forces , demande-moi du secours. Console-toi avec moi , et tu trouveras bientôt que mon joug est plus doux et ton fardeau plus léger que tu ne penses. Si tu veux néanmoins rejeter le calice que je le présente , que ce soit du moins avec respect et avec humilité. Tu peux souvent éviter de souffrir sans m irriter L'homme n'est point fait pour la douleur, je compatis à l'horreur qu'j| a de la croix, et tu ne peux pas toujours savoir si je veux absolument que tu souffres certains maux Mais lorsque les mau\ sont inévitables, à quoi te sert ton impatience et ta fierté? Fais du moins de nécessité vertu ; tire force de tes faiblesses , et que tes humiliations et tes misères soient le principe de ta félicité et de ta gloire.

19. 0 Jésus ! quand je vous considère cruellement attaché à un bois infâme , à la vue de tout un peuple qui vous insulte, et que je pense qu'en cet état vous êtes le modèle que les chrétiens doivent imiter; quand je pense qu'il a fallu que vous-mè.ne , chargé des péchés que vous n'aviez point commis , vous méritassiez votre gloire par les douleurs et par la honte du supplice ; quand je me souviens de mes désordres, et qu'on ne peut rentrer dans Tordre que par le chemin dur et fâcheux de la pénitence ; quand je me représente la grandeur de mes espérances , et l'alternative inévitable d'une éternité de supplices ou de plaisirs ; ô Seigneur , quand je compare avec attention le temps avec l'éternité , et que je n'y découvre aucun rapport , je m'abandonne avec joie entre vos mains pour recevoir par Je maiteau des afflictions la forme qu'il vous plaira de me donner par rapport à votre édifice. Mais , hélas ! le moindre coup m'ébranle ou me renverse , toutes mes pensées se dissipent . et mes résolutions n'ont aucun effet. 0 mon Sauveur , par la sueur de sang (pie vous avez bien voulu répandre dans l'appréhension de vos douleurs, soutenez-moi le courage dans l'exercice de la pénitence, et faitesmoi boire maintenant le calice amer des afflictions , afin qu'assis à votre table, je boive éternellement dans le torrent de la volupté de Dieu, comme parle votre Ecriture.

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