‹ ŒuvresChapitre 52 sur 56 · Lorsque tu converses parmi le monde, aie soin de · texte numérisé non relu

Lorsque tu converses parmi le monde, aie soin de

^Ephes. 5, 29, 30.

2 l Cor 3, 12,

3 1 Cor. 17.

< Matth 18,6.

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l'édifier par tes manières et par ta modestie. La plupart des hommes sont plus touchés des manières qui frappent les sens, que des discours qu'on ne conçoit que par l'attention de l'esprit. On s'instruit avec plaisir par ses sens, mais toute attention de l'esprit est pénible et désagréable. Evite surtout les manières qui ont quelque chose de fier et de cavalier, principalement dans des discours qui ont rapport à la religion. 11 faut s'humilier devant les hommes, mais en la présence du Dieu vivant il faut être ventre à terre. Si tu attires les regards et l'estime des autres, que ce soit pour les porter à Dieu ; car l'esprit de l'homme n'est pas fait pour s'occuper de toi , ni son cœur pour s'arrêtera toi. Sois do îc humble et modeste; prends la posture d'un homme qui adore ; n'aie rien de fier, afin que ceux qui sont tournés vers toi se retournent comme toi vers celui que tu adores, qui seul mérite d'être adoré.

9. A\antquede parler, tache de connaître la force et la capacité de ceux qui t'écoutent. Respecte les consciences faibles et délicates; il y en a un très-grand nombre. Prends garde que, par ton indiscrétion, tu ne sois un sujet de scandale à des personnes que j'ai lavées et purifiées dans mon sang *. Il y a bien des vérités dont tout le monde n'est pas capable. Souvent il n'y a pas grand danger à se taire, mais à parler il y en a beaucoup plus qu'on ne s'imagine.

10. On compte, mon fils, la vérité pour rien. Ainsi, lorsque la nécessité de la défendre t'oblige à rompre le silence, prends garde à toi. Celui qui l'attaque s'imaginera que tu en yeux à sa personne. Il ne lui viendra pas seulement dans l'esprit que c'est l'amour delà religion et de la morale qui t anime ; car on ne donne point aux autres ce qu'on ne sent point en soi. Tu dois avoir égard à sa faiblesse pour ne pas blesser la charité. Appuie donc d'abord ce qu'il dit de bon ; car , afin qu'il reçoive le bien que tu veux lui l'aire, il faut auparavant que tu dédommages son amour-propre. Lorsqu'un malade aime son mal, il faut le tromper pour le guérir. Tout le monde aime ses opinions ; mais l'on chérit particulièrement les préjugés qui favorisent ses passions. Pense donc que tu veux éclairer un aveugle qui se plait dans son aveuglement, qui dort fort en repos dans les ténèbres, et qui ne peut souffrir une lumière qui le trouble et qui l'inquiète cruellement.

1 1 Cor. 8, 11.

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lt. Si tu reconnais qu'on soit en humeur pour disputer, tais-toi. Gela ne sert qu'à exciter les passions, et principalement l'orgueil, qui est la plus dangereuse. Chacun \eut alors faire voir qu'il a de l'esprit, et s'attirer l'estime des autres , aux dépens de la vérité. Ceux qui haïssent la vérité parce qu'elle les blesse sont souvent plus en état de la recevoir que ceux qui parlent cavalièrement de toutes choses , parce que la vérité ne les touche point. Ceux qui sont insensibles sont ordinairement les plus malades.

12. Que si tu juges qu'on ait quelque amour pour la vérité, et qu'on désire de la connaître, voici la conduite que pour l'ordinaire tu dois tenir : interroge , mais en disciple, afin que l'amour- propre renouvelle et fortifie l'attention Approuve ce qu'il y a de bon dans les réponses qu'on te rend, sans faire, d'abord attention au reste. Découvre la vérité de manière qu'on s'imagine soi-même la découvrir ; fais en sorte qu'avec toi tout le monde ait de l'esprit. Attribue aux autres des pensées solides, qu'ils n'expriment qu'à demi, et qu'ils n'ont peut-être pas. Afin que l'homme aime la vérité, il faut qu'elle lui appartienne et qu'elle le touche ; il faut qu'il la regarde comme une production de son esprit.

13. Lorsque tu sens que la vérité est bien établie dans les esprits par la force de son évidence, et par tes surprises charitables, fais en sorte qu'elle aille jusqu'au cœur, qu'elle l'anime , qu'elle le purifie , qu'elle le règle par le secours de ma grâce, car sans elle tu ne peux rien. L'homme plante et arrose; mais c'est moi qui donne l'accroissement. Excite donc d'abord en toi-même les mouvements que la vérité y doit faire naître , et expose ensuite tes sentiments sans te contraindre. Il fa t que tu sois pénétré pour toucher les autres ; mais je ne manquerai pas de te secourir et de te pénétrer de mon amour, si tu ne converses dans le monde que dans le dessein de l'édifier et de travailler à mon ouvrage.

44. Lorsque tu te trouves avec des personnes qui ont un fort grand amour pour la vérité , alors il ne faut plus tant prendre de mesures. Leur amour leur donnera de l'attention , et l'attention fera naître en eux la lumière. Ne crains point de les nourrir d'une viande trop solide; ils sauront bien la digérer. Expose-leur tes principes ; quelque abstraits qu'ils soient, ils y atteindront , ils les examineront, ils en jugeront. Si tu te trompes, ils t'éclaireront. On ne trompe

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pas facilement ceux qui ont beaucoup d'amour et de respect pour la vérité. Ils ne croient jamais les hommes à leur parole, ils ne se rendent qu'à la raison. Us ne suivent, mon fils, que la lumière et l'évidence; ils ne se soumettent qu'à l'autorité de la foi. C'est là leur règle , aussi bien qu'à toi. Ils ne s'arrêtent point aux manières; ils n'ont point d'égards à leurs intérêts; ils font taire leurs sens et leurs passions, et m'écoutent avec respect Point d'entêtement , point de préjugés, rien chez eux qui sente la dispute et le parti. Communique donc le plus que tu pourras avec ces personnes pour recevoir par leur moyen l'intelligence des vérités que tu crois déjà par la foi , et pour leur faire part des biens que je t'ai donnés. Ne sois point avare de mes libéralités, fais-les servir à mes desseins, et je te comblerai de faveurs, au delà de tes espérances.

15. Tu te plais dans la retraite ; le commerce du monde te fail horreur. Content de mes réponses et de mes faveurs, tu ne veux maintenant rien davantage. Tu fais bien ; mais tu peux mieux faire; va, ne crains point d'exposer ton salut en exposant la vérité. Tu la défendras sans blesser, ou du, moins sans rompre la charité, pourvu que tu rentres souvent en toi-même, et que tu regardes ceux à qui tu parles comme des personnes que je t'adresse, afin que lu travailles à leur sanctification , et qu'ils travaillent à la tienne. Contribue donc à leur salut , et tu assureras le tien , parce que tu m'obligeras de prendre un soin particulier de tout ce qui te regarde. Assurément , mon fils , assurément , si tu fais mes affaires , je n'oublierai pas les tiennes.

16. Non , Seigneur, vous n'oublierez pas mes affaires si je fais les vôtres. Car vous ne les avez pas oubliées dans le temps , même que je ne faisais ni les miennes ni les vôtres ; dans le temps môme que je ruinais mes affaires , et que je retardais les vôtres Combien de fois ai-je renversé ce que vous aviez édifié! combien de fois ai-je corrompu ce que vous aviez sanctifié ! combien de fois ai je donné des sujets de scandale à vos chers enfants! 0 Dieu! n'ai-je point précipité dans les enfers plusieurs âmes pour lesquelles vous avez répandu votre sang, et qui, maintenant pleines de rage et de désespoir, vous blasphèment et me maudissent, au lieu que sans moi elles vous béniraient éternellement? Du moins est-il sûr que j'ai retardé l'accomplissement de votre ou-

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vrage. Or le monde doit subsister jusqu'à ce que votre Eglise soit achevée ; je suis donc la cause de la damnation éternelle de tous les païens, les mahométans, les hérétiques qui naîtront et qui périront dans le temps du retardement de votre ouvrage. Ah! Dieu! que j'ai causé de maux, et des maux irréparables! Comment m'avez-vous souffert jusqu'ici, et comment pourriez-vous me souffrir , si je n'élais pas dans le dessein de travailler à votre édifice de toutes les forces que vous me donnerez? Oui , mon Sauveur, architecte du temple vivant que Dieu habitera éternelle. nent , et pour lequel il a fait toutes choses, me voici en votre présence, pénétré de douleur des maux que j'ai causés ; je suis entre vos mains, comme un instrument prêt à suivre tous vos mouvements, faites-moi l'honneur de m'employer aux derniers offices de votre maison. Autrement je m'enfuirai dans les déserts faire pénitence de mes désordres, et prier le maître de la vigne qu'il envoie des ouvriers plus forts et plus intelligents que moi pour y travailler. 0 Jésus, qui brûlez du désir d'achever et de sanctifier votre Eglise, comment souffrez-vous ces libertins qui ruinent ouvertement ce que vous éditiez, ces voluptueux qui corrompent la s inteté de votre temple, ces femmes immodestes qui, par leurs manières lascives et impudentes , précipitent dans les enfers des âmes que vous avez rachetées au prix de votre sang? Où est ce zèle de la maison de Dieu qui vous animait autrefois contre des gens qui ne portaient point assez d'honneur à un temple matériel qui tenait d'un Hérode sa plus grande magnificence '? On profane le temple du Saint-Esprit, on le renverse, on le désole, et vous ne paraissez point ; faut-il que le démon fasse aussi son ouvrage, et que maintenant vous souffliez que ses ministres vous ravissent vos matériaux et vos enfants, pour les lui donner? Ministres de l'enfer, que pensez-vous faire? Vous outragez un agneau. Mais qu'un jour la colère «le cet agneau sera terrible ! Vous direz en ce grand jour : Montagnes , rochers, tombez sur nous et nous cachez à la colère de F agneau 2. Le poids des rochers et des montagnes vous paraîtra plus léger à porter que sa présence. Pensez-y sérieusement, et cessez de combattre à vos dépens sous les enseignes de Satan, à la gloire de Lucifer

« Joan. 2, 17.

2 uipoc. 6,15.

et de ses anges. 0 Jésus , apprenez-moi à réparer les désordres que j'ai causés dans votre ouvrage, afin qu'au jour de votre vengeance je sois à couvert de votre juste colère. Et faites-moi servir à l'édification des fidèles, afin que j'assure mon salut par ics grâces particulières que vous donnez à ceux qui travaillent sous vous à l'exécution de vos desseins.

M On assure, mon fils, son salut par toute sorte de bonnes œuvres *. Celui qui fait l'aumône rachète ses péchés ; et je rangerai à ma droite avec mes hien-aimés celui qui m'aura nourri /habillé, visité, en la personne des pauvres *. Mais celui qui joint les aumônes spiriluelles aux corporelles, celui qui nourrit, console , soutient mes enfants dans le chemin dur et pénible de la vertu, m'applique bien davantage à ses besoins, que celui qui les soulage dans leur misère. La* pauv reté de l'esprit est plus grande , du moins est-elle plus dangereuse , que celle du corps. L'indigence est un sujet de mérite et de sacrifice à celui qui la souffre en patience ; mais l'ignorance n'est jamais bonne à rien. Ainsi, mon fils, tâche de connaître les besoins spirituels de mes enfants. Et lorsque tu es en état de joindre l'aumôme à l'instruction, fais en sorte, partes libéralités, qu'on reçoive tes instructions, et qu'on en profite. Lorsque tu instruis ton prochain , sans peine de ta part, tu n'offres point de sacrifice, car tu retiens ce que tu donnes. Tu fais néanmoins à celui qui t'écoute le plus grand bien que l'homme soit capable de faire. Lorsque tu donnes Taumô-ie, tu ne fais pas grand bien à celui qui la reçoit; cet argent que tu donnes le tentera peut être et ne te tentera plus ; il diminuera le sujet de son mérite, néanmoins il augmentera le lien. Car naturellement tu regardes ce qui t'appartient comme une partie de Ion être propre, ainsi tu fais quelque sacrifice en t'en dépouillant. Mais , si tu soutiens par tes charitables instructions la vertu de ceux dont tu soulages la ini.-ère, ta charité sera entière et parfaite Tu auras entre autres mérites celui du sacrifice ; et comme par ton moyen mes membres recev ront une solide nourriture , tu m'appliqueras à toi d'une manière particulière.

18. Il y a, mon fils, bien du mérite à acquérir parmi les malades. Ils répandent, pour ainsi dire, le dégoût et l'hor-

» Dan. 4, 24 -f Luc. H, 41 .

2 Matth 25, 33 ; Jac. 5, 20.

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reur; ils communiquent souvent leurs maux; et, lorsqu'on surmonte sa répugnance et son appréhension afin de les soulager, chagrins du bien qu'on leur fait , ils vous disent des injures. Il n'y a que îe devoir et la charité qui puissent porter à leur rendre service. Mais il y a souvent plus de mérite à acquérir et beaucoup plus de profit à faire parmi ceux qui ont le cœur corrompu et qui suivent aveuglément les mouvements de leurs passions. Ces malades font horreur aux esprits bien faits; leur conversation a je ne sais quoi d'étrange et de rebutant que mes enfants ont peine à supporter ; leurs maladies sont contagieuses, et, lorsqu'on s'expose pour les soulager, bizarres et capricieux , ils vous chassent de leur présence. Cependant, mon fils, ce sont ces malades que je suis venu guérir 1 ; leur salut c'est mon ouvrage ; et j'aurai un soin particulier de ta santé , si tu contribues à leur guérison. Voici donc ce que tu dois faire pour y travailler heureusement.

19. Il ne faut pas d'abord attaquer ouvertement leur passion dominante, quoiqu'elle soit le principe de la corruption de leur cœur Le malade ne souffre jamais cette opération s'il ne souhaite ardemment sa guérison ; et les malades dont je parle se plaisent dans leur maladie, car les maux de l'esprit sont presque guéris lorsqu'ils déplaisent. Le malade regarde sa passion dominante comme sa vie, son bonheur , son être propre. On assassine un homme, on l'anéantit, on le réduit même dans un état pire que le néant, lorsqu'on retranche de lui tout ce qui fait son bonheur. Comment voudrais-tu donc qu'il t'écoutât avec plaisir , qu'il suivît tes conseils, qu'il te laissât faire, ou plutôt qu'il se plongeât le poignard dans le sein pour te contenter? Pense donc, mon fils, que tu as affaire à un malade qui suit sa propre lumière et ses propres mouvements, et que tu ne peux changer son cœur qu'en changeant la face que les choses ont prise dans son esprit, dans son imagination, dans ses sens, ce qui est infiniment plus difficile que tu ne penses.

20. Tu ne peux pas, mon fils, lui crever les yeux pour fermer l'entrée au poison qui le tue; tu ne peux pas, pour guérir les blessures de son imagination , effacer les traces que l'objet de sa passion a gravées dans son cerveau ; tu ne peux

» Matth . 9, i2.

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enfin aller à son esprit et à son cœur que par des sens toujours fidèles à la passion qui le domine. Il faut donc que tu trompes ses gardes sans qu'ils s'en aperçoivent ; que par eux tu réveilles les inclinations naturelles dont cette passion abuse ; que tu proposes à ces inclinations des biens solides et durables; et, lorsque ces mômes inclinations seront accompagnées de passions assez fortes et plus raisonnables , alors il faudra , par le secours de ces passions, attaquer , mais peu à peu, celle qui règne, et représenter sans cesse à l'esprit qu'elle tient en servitude les maux éternels dans lesquels elle le précipitait et les biens solides dont elle le privait.

21 . 11 ne faut jamais reprendre le pécheur dès qu'il a commis le péché. Il faut auparavant laisser refroidir sa passion allumée. Les remèdes sont dangereux lorsqu'on les donne dans l'accès ; ils augmentent presque toujours l'ardeur de la fièvre. Néanmoins, lorsqu'il y a du scandale et qu'on est en droit de reprendre, alors, plus pour l'utilité des autres que de celui qui est en faute, on doit le reprendre avec force et quelquefois avec dureté. Mais, après l'avoir repris de la sorte, il faut en particulier adoucir son cœur aigri, il faut s'humilier jusqu'à lui demander pardon , comme si on avait manqué à la charité qu'on lui doit , et ne pas s'appliquer à justifier la conduite qu'on a tenue. Il vaut mieux qu'il croie qu'on ait manqué de charité pour un moment que de s'imaginer qu'on en manque encore.

22. Il y aurait , mon fils, bien des choses à dire sur ce sujet selon les diverses circonstances des temps, des lieux, des personnes ; mais cela irait trop loin. Tu devrais avoir étudié la science de l'homme. De toutes les sciences humaines, c'est celle qui a de plus grands usages , et pour la matière dont je t'instruis et pour plusieurs autres de conséquence. Mais, si tues humble, patient, persévérant, plein de charité et de compassion pour ces misérables malades, tu obtiendras presque toujours leur guérison ; ta charité, ta compassion te donnera de l'adresse et de la lumière; ton humilité et ta patience te donneront entrée partout, et ta persévérance remportera la victoire ; car, lorsque tu parleras à l'oreille, je ne manquerai pas de parler au cœur. Mais souviens-toi toujours que tu traites des maladies contagieuses, et que l'air que tu respires est corrompu. Ce seul souvenir te servira de préservatif ; il te donnera de la vigilance; il te portera à la prière

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et à la retraite ; ta demanderas du secours à celui pour qui tu travailles ; et, sans ce secours, le commerce du monde est infiniment plus dangereux que tu ne penses.

23. 11 y a, mon fils, encore bien des manières de travailler à mon ouvrage , à l'édification de mon Eglise. 11 ne faut pas seulement guérir ceux qui se portent mal, il faut aussi conserver la santé de ceux qui se portent bien. Il faut même augmenter leurs forces et les soutenir contre les tentations par ton exemple , par tes discours , par tes prières ferventes et continuelles. Il faut que tu t'appliques à leur ôter les sujets de chute et de scandale. Ils ne voient point à leurs pieds ; on doit ranger les pierres qui se trouvent dans le chemin des aveugles. Il faut donc que tu veilles pour eux lorsqu'ils dorment , que tu pleures pour eux lorsqu'ils <e réjouissent , que tu combattes pour eux lorsqu'ils se laissent surprendre à leurs ennemis ; mais il faut encore que tu combattes avec ceux qui combattent, que tu pleures avec ceux qui pleurent, et que tu sois de toutes les bonnes œuvres que font mes enfants ; toujours appliqué à augmenter l'étendue de mon temple par la conversion des pécheurs , et à l'embellir par la sanctification des justes ; toujours brûlant de zèle pour la gloire de la maison de Dieu , de cette maison spirituelle dont je suis le fondement inébranlable, méprisant tout , négligeant tout ce qui doit périr , et travaillant pour l'éternité. Quelle consolation ne dois-tu point avoir ! ton ouvrage subsistera éternellement. Une âme te doit son bonheur éternel; sans toi ma grâce lui était inutile; elle serait dans les enfers. Quel amour, quelle liaison, quelle reconnaissance de sa part? Penses-tu pouvoir périr l'ayant sauvée? Penses-tu qu'elle te puisse oublier, ou que moi je le puisse , qui tiens de ton travail une partie de mon hérit ge , un membre de mon corps, un ornement de m n temple , une âme qui chantera éternellement les louanges de celui dont je ne cherche que la gloire? Va , mon fils , si tu travailles à mon ouvrage , si tu fais mes affaires , ne crains point , je ferai les tiennes ; ne

rains point , te dis-je : ta crainte me déshonore ; elle m'accuse de négligence, d'infidélité, d'ingratitude ; je suis le sauveur des pécheurs, abandonnerais-je mes enfants et mes ministres ?

24. 0 mon Sauveur! que ceux-là sont heureux qui sont du nombre de vos enfants et de vos ministres ! que l'honneur

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du sacerdoce est grand ! Prêtres du Seigneur , n'oubliez pas votre qualité, votre dignité, votre ministère. Vous avez entre vos mains le salut des hommes; ne vivez pas dans l'oisiveté. Vous donnez la mort éternelle à ceux qui périssent par votre négligence ; Dieu s'en vengera* sur nous. Rachetez donc le temps perdu ; arrachez au démon et à ses ministres les âmes qui appartiennent à Jésus-Christ par tant de titres : il vous a faits les dispensateurs des sacrés mystères Vous avez en votre pouvoir et la source delà grâce et les canaux qui la répandent; sauvez donc les pécheurs , sanctifiez les justes , travaillez à l'ouvrage du Seigneur, au temple éternel , à ['édification du corps du Christ; assurez votre salut, voire couronne, votre gloire , envoyant au ciel des âmes qui louent le Seigneur , et qui ne vous oublient jamais. 0 sauveur des pécheurs! je vous reconnais en cette qualité pour mon sauveur. Hélas ! qui suis-je, moi, pour contribuer à la perfection de votre ouvrage? Je pense à mes désordres ; je sens actuellement ma faiblesse et ma misère ; je crains , mais je veux vaincre ma crainte ; je veux me confier en voire secours , car je sais que je ne puis travailler sous vous que par les forces que vous me doitnerez. Nourrissez-moi bien de votre substance, animez-moi de votre esprit, éclairez-moi , fortitiez-moi et employez moi : je suis entre vos mains comme un instrument qui ne tire sa force et son action que du mouvement de votre grâce.

DÏX-NEUVIÈME MÉDITATION.

Jésus-Christ s'applique particulièrement à ceux qui vivent dans l'humilité et la pénitence, parce qu'ils entrent dans ses desseins et reçoivent facilement la forme qu'il veut leur donner, pour en faire des ornements de son Eglise.

{. 0 Jésus -, que l'édifice que vous construisez sera saint et magnifique ! il sera digne de la sainteté et de la majesté de votre Père. Il a toujours été l'objet de ses désirs ; il sera éternellement le sujet de sa complaisance. Dieu n'a fait le monde présent , ce monde <|ui passe et. qui se renverse, que pour le monde futur , la céleste Jérusalem, dont les- fondements sont inébranlables, pour ce temple spirituel que Dieu habitera avec honneur. Quand je pense que vous possédez tous les trésors de la sagesse et de la science de Dieu , je n'ai que du mépris pour la magnificence du temple des Juifs , bien que construit par le plus sage ées rois , et pour l'appareil de leur tabernacle, ouvrage néanmoins des plus fameux et des plus habiles

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ouvriers qui fussent jamais. Dieu a choisi dans îe désert Bêsêîéel et Ooliab. Il les a remplis de sagesse et d'intelligence , et doués d'une habileté incroyable pour exécuter tous ses desseins dans la construction du tabernacle *. 11 a encore élevé Salomon au-dessus d'eux et au-dessus de tous les sages du monde 2 ; il voulait faire par lui quelque chose de plus magnifique. Mais, Seigneur, vous n'axez point reçu l'esprit de Dieu avec mesure3; votre père vous a communiqué toute sa sagesse, vous subsistez dans son Verbe Quelle doit donc être la beauté et la magnificence de votre ouvrage ! 11 fallait que Salomon fût le plus sage des hommes , parce qu'il devait construire l'ombre et la figure du temple éternel Quelle sera donc ta beauté de ce temple ! 0 Jésus ! il sera digne de votre sagesse. Mais de plus, il répondra aux désirs extrêmes que vous avez pour la gloire de votre Père. 11 répondra à l'amour que vous portez aux hommes , a vo« enfants , à vos membres , à l'Eglise , votre chère épouse. Qu'heureux sont ceux qui habilent dans votre maison 5Î ils en voient la magnificence; mais,, ils en admirent la sainteté, le sacrifice , le culte continuel selon Tordre irrévocable de Melchisédech. Ils vous loueront vous et votre Père dans l'unité du Saint-Esprit durant des siècles infinis. Pourraient-ils cesser de louer , eux qui ne cesseront jamais de contempler, d'admirer, d'adorer et d'aimer? 0 Jésus ! quand sera-ce que j'aurai enfin libre accès au Saint des saints , et que je verrai à découvert vos sacrés mystères? Quand sera-ce que , lavé dans le sang de l'agneau „ plein de confiance et de joie, je serai en la présence du Dieu vivant , tout environné de ses splendeurs et de sa gloiFe? Je me nourris jour et nuit de mes larmes , quand je pense à la grandeur de mes espérances , quand je pense que j'entrerai un jour dans ta maison de Dieu et que j'y verrai son tabernacle *. 0 céleste Jérusalem ! comment peut-on vivre content et chanter des cantiques de réjouissance dans le lieu de son exil 7 ? Peut-on se repaître des corps et se réjouir à la vue des objets sensibles, lorsqu'on s attend à voir des beautés intelligibles dignes de la majesté1

» Exod. 31 et 55>.

2 3 Keg 4.

3 Eccl. 4, 47, * Joan 3, 34.

*Ps. 83, 5.

*Ps. 41,'», * *Psal. 156.

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de Dieu môme; lorsqu'on espère de se nourrir de la substance du Verbe éternel , et de boire éternellement d'un torrent de voluptés et de délices x ? 0 Jésus , que je ne sois pas frustré de mes espérances. Augmentez encore ma confiance et ma joie, en continuant de m'instruire de ce que je dois faire pour assurer mon salut.

2. Ne néglige pas, mon cher fils , de contribuer à l'édification de L'Eglise comme je viens de te dire : mais, si tu te trouves hors d'état de le pouvoir faire, prends du moins une résolution ferme ei constante de vivre dans l'humilité et dans la }énitence, et de ne scandaliser jamais personne; et je te promets que j'aurai de toi un soin particulier. Ne t'imagine pas que je me conduise par caprice, que je choisisse sans raison , et que je m'applique à toi d'une manière particulière , si tu vis comme le commun des hommes. J'ai mes règles pour exécuter mes desseins, et je les observe inviolablement. Tu n'es pas en état de les comprendre toutes. Mais voici quelques raisons pour lesquelles j'aurai soin de toi , si tu fais ce que je viens de t'ordonner. Ecoute-moi.

3. Ce qui fait la beauté des temples matériels, c'est entre autres choses la délicatesse du travail de chaque partie qui les compose. Ma. s afin qu'un marbre informe devienne l'ornement d'un édifice, il faut qu'il souffre longtemps le marteau et qu'il obéisse au ciseau de celui qui le tra\ aille et qui le finit. On perd son temps et sa peine lorsqu'on veut mettre en œuvre un marbre cassant et fier ; et il en coûte beaucoup lorsqu'il est trop dur Ainsi les ouvriers n'entreprennent point de beaux ouvrages , ou rejettent avec chagrin les matériaux qui ont de la fierté ; et ils ne veulent pas toujours employer le temps et la peine qui est nécessaire pour travailler ceux qui sont trop durs.

4. Ce qui fait la beauté spirituelle du temple de l'Eglise, c'est entre autres choses la diversité des mérites des saints et delà gloire qui les environne. Mais afin qu'une àme informe et corrompue devienne assez sainte et assez pure pour faire un bel effet dans mon ouvrage, il faut qu'elle souffre la persécution que lui fait le monde, la chair et le diable. C'est là le marteau dont je me sers pour La rendre un jour toute belle et tout éclatante. 11 faut qu'elle obéisse humblement sous le

1 Ps. 35, 9 .

MÉDITATIONS CHRÉTIENNES

ciseau , et qu'elle pense toujours qu'on la travaille , qu'on la finit , qu'on la purifie , qu'on lui donne du luxe et de l'éclat , afin qu'elle plaise aux yeux de celui pour, qui elle est faite 11 faut quelle se gfortfie , comme mon apôtre , dans ses infirmités et clans ses afflictions : sachant bien que la vertu se perfectionne dans la faiblesse , et que c'est alors que je fais paraître ma puissance 1 ; sachant bien que V affliction produit la patience , la patience l'épreuve , et V épreuve cette espérance qui ne trompe point , cette espérance ferme 2, qui produit l'av ant-goût des vrais biens en les rendant comme présents , et qui donne à Tâme une joie et une paix qui passe tout sentiment. Je ne travaille point sur ces âmes fières et hautaines qui ne peuvent souffrir le marteau 3. et qui s'éclatent au moindre coup qu'on leur donne ; je réprouve toutes celles que je ne puis facilement adoucir. Je rejette aussi les cœurs trop durs 4 , trop inflexibles, trop insensibles à ma grâce Je ne manque point de matériaux pour exécuter mon ouvrage. J'ai en main toutes les nations de la terre. Malheur à ceux qui résistent au bien que je veux leur faire ! d'autres recevront leur couronne , et je viendrai bien sans eux à bout de tous mes desseins.

5. Mais, mon fils, lorsque je trouve une àme qui suit tous les mouvements de ma grâce, qui obéit partout également au ciseau , qui ne s'ébranle point dans les persécutions qu'on lui fait §, se souvenant toujours que c'est à cela que mes enfants sont destinés; alors je m'applique à elle d'une manière particulière , et j'emploie l'adresse que ma sagesse et mon amour m'inspirent, pour en faire un ouvrage achevé, un vase d'élection, un ornement particulier de mon Eglise. Quel est l'architecte qui rebute les matériaux qui entrent tout naturellement dans ses desseins 6 ? Quel est l'ouvrier amoureux de son ouvrage qui néglige un travail qui lui fait honneur? Un sculpteur trouve un marbre ou un bois pliant et doux entre beaucoup d'autres qui s'éclatent sous le ciseau , le laissera-t-il parmi les morceaux négligés ? Et moi je ne chérirais pas, je ne conserverais pas avec un

« 2 Cor. 12, 9.

2 Rom. 5, 5. zJac. 4/6.

« Prov. 28, 14.

5 Thés s. 3, 3.

c Jpoc. 3, 12.

MEDITATIONS CHRÉTIENNES

#oin extraordinaire une àmedont j'ai déjà ôté heureusement îa fierté et la dureté par l'opération secrète de ma grâce? J'abandonnerais un ouvrage commencé, un ouvrage qui me doit faire honneur, moi qui suis sage dans mes entreprises, constant dans ma conduite, et plus amoureux de mon ou \ rage qu'un époux de son épouse ? J'ai répandu mon sang pour acquérir les matériaux de mon Eglise , et je négligerais ceux qui sont à demi travaillés, moi, mon fils, qui regarde le salut des hommes et la construction de mon temple comme l'ouvrage pour lequel Dieu m'a rempli de sa sagesse, comme l'ouvrage pour lequel Dieu, qui se suffit pleinement à lui môme, a bien voulu prendre la qualité basse, pour ainsi dire, et humiliante de créateur ? Ah! mon fils, si tues hu !ihle et patient dans les afflictions, et que tu ne donnes point de sujet de chute et de scandale à mes enfants, crains plutôt que je laisse là mes desseins, que je manque à f y faire entrer , à t'y donner une place honorable, à te combler de bénédictions et de grâces. Mais je veux encore t'exposer par des idées plus claires les raisons que j'ai de prendre un soin particulier de ceux qui vivent dans l'humilité et dans la pénitence. Je te parle maintenant en tant que je suis ta raison : rentre donc en toi môme ; fais taire ton imagination ; renonce à tes préjugés et écoute-moi Mais ne consens à rien jusqu'à ce que je t'y force par l'évidence de ma lumière.

6. Je suis, comme tu sais , la raison , la vérité, Tordre immuable et nécessaire1 ; je suis la sagesse de Dieu et sa loi inviolable. Dieu ne fait lien sans moi; il m'aime invinciblement Et tu as appris, dans mes Ecritures, que j'étais avec lui lorsqu'il étendait les cieux et qu'il les appuyait sur euxmêmes2 ; lorsqu'il mettait les eaux en équilibre a\cc la terre et qu'il donnait ses lois pour conserverie bel ordre de la nature. Ainsi . mon fils, consulte-moi bien , et tu verras en moi, autant (pie tu en es capable en cette vie, non-seulement la loi de Dieu, ou la règle inviolable de ses volontés, mais encore ses attributs essentiels; car non-seulement je suis la sagesse de mon Pere , mais il me communique aussi toute sa substance.

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