‹ Œuvres. Nouv. éd., avec une préf. et des notesChapitre 122 sur 138 · L'EPITAPHE · texte numérisé non relu

L'EPITAPHE

de Bachus, clianoyne tortryer ' en Tesglise d'Auxerre.

gYi y gist Bachus, le vaillant champyon, M Qui en son temps, ainsi qu'ung franc pyon.

A mainct godet et mainct verre esgouté ;

De bien boire ne fut oncq desgouté; En son vivant bon clianoyne tortrier D' Ausserre fut, en ville et champs trotier. Preud'homme estoit et de grant renommée Et en maincts lieux sa vie estoit nommée. Le bruyt avoit de se lever matin Soubz le vouloir de boire ungbon tatin. Aux et oignons mieulx aymoit que le sucre ; Peu frequentoit des deffuncts le sépulcre;

1. Petite ville du diocèse d'Auxerre, située à douze ou treize lieues de cette ville.

t. Qui a une demi-prél)ende.

Epitaphes. 285

A Dieu faisoit, en tout temps et saison, Songneusement briefve et courte oraison.

Trouvé n'estoit en rochers ne cavernes, Dévotement visitoit les tavernes.

Il allegoit plusieurs auctoritez Qui contenoient bourdes et veritez, Au flux, au cent, au glic, au tricquetac, Il s'esbatoit, souvent estoit à tlac.

Jeux et esbas desiroit à ouyr, Noises, debatz tousjours vouloit fuyr.

Si quelque chose à quelcun promectoit , De le bailler bien peu s'entremectoit.

Subgect estoit à sa complexion.

Et en faisoit floible confession.

Or et argent voluntiers empruntoit, De le rendre ennuyé se sentoit; A ses debteurs disoit des paraboles Et les payoit doulcement en paroUes.

Aucunesfois, au sexe féminin Se demonstroit gratieux et begnyn ; De leur prester or, argent, ou pecune.

Jamais n'en eust dévotion aucune ; Et supposé qu'il aymoit le combatre.

Pour les dames ne se feist jamais batre. Parfoiz hentoit, et sans estre devin.

Vielles vertes, et buvoit du bon vin ; Fourny estoit de seurpliz et chemises Par icelîes, et dessus son corps mises. Et lesquelles ne luy coustoient denyer.

236 Epitaphes.

Et qu'ainsi soit ne l'eust sceu denyer. Toutes estoient, pour son bon bruyt acroislre, Ainsi qu'on dit, chamberières de cloistre. Vertu Sainct Jehan estoit son jurement La vertu Dieu, parfoiz, bien aigrement.

Or est il mort : la terre en a le corps, A l'ame soit Jésus misericors.

Amen.

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