I. Ce n'est servi que chez les avares
a. M. A. de Jlontaiglon me communique sur ce passage la note suivante : Rien n'est plus fréquent que de voir aux portails des églises romanes et ogivales les figures de rAncienne et de la Nouvelle Loi. La seconde porte la Croix et le pennon triomphal et a le front ceint de la couronne. La lance que tient la première se brise en morceaux dans sa main; la couronne tombe de sa tête, et ses yeux sont couverts d'un bandeau pour signifier l'aveuglement qui l'a conduite U sa perte. C'est évidemment "a cette représentation que fait allusion le vers archéologiqueraent si juste de R. de Collerve.
DE DEUX Enfants. 109
Le Freue.
Les vogues.
La Seur.
Je ne dueil que des vieilles dogues Qui font les sucrées.
Le Frère.
C'est la guyse.
La Seur.
Mon frère, il est temps qu'on s'avise D'aller autre part caqueter.
Le Frère.
Prenons congié.
La Seur.
Pour la remise, Regardons se la nappe est mise Et nous en allons banqueter.
LE PRESCHEUR, habillé €11 femme.
THECME Audi, filia, et vide.
,*^^uii^^ e thoume que j'ay dévidé î( (^^^ ■^^^ escript d'une grosse plume g^ Aussi pesante qu'une enclume, Et d'un vielz psaultier enfumé
I. Il existe deux autres versions de ce sermon; l'une, in-80, de 4 feuillets, a été imprimée à Rouen chez Loys Costé, libraire, rue Escuyère, aux Trois Croix couronnées, sous ce titre : Discours joyeitx pour adverlir la Nouvelle Mariée^ de ce qu'elle doit faire la première nuicl, et réimprimée chez Guiraudet, i83o, in-i6 de u feuillets.
L'autre version, sans date, a été imprimée a Lyon sons ce titre : Plaisant discours et avertissement aux Nouvelles Mai iées pour se bien et proprement comporter la première nuicl de leurs nopces, récité à ung valet par un jeune hovime Lyonnois, le jour du Jeudtj Gras dernier, et réimprimée chez Pinard, i83o lin-izde tapages, tiréa 60 exemplaires).
L'éditeur de cette dernière réimpression accuse son collègue d'avoir fait une édition honteuse : il ignore l'existence du texte de Loys Costé, texte très-mauvais en effet, que la réimpression in- 16 a copié littéralement, de telle sorte qu'en résumé c'est a Loys Costé que remontent les reproches amers prodigués si complaisa;nment à l'éditeur im-
112 bERMO.N
Je l'ay extraict et escumé Affin d'en faire ung bon brouet.
A propos, ung chartier sans fouet Qui ne dit clea ne hurehau, Pourroit-il toucher son chevau,
primé chez Guiraudet, par réditeur imprimé chez Pinard. Ce dernier eût pu sans doute remplacer quelques-uns de ces reproches par quelques recherches qui lui eussent procuré un texte plus complet et fait connaître, dans Roger de Collerye, l'auteur de la pièce.
Ces sei'mons grotesques tirent leur origine, indirectement, il est vrai , et a titre de caricature , des mystères. Les habitudes et les traditions litte'raires nées de la Foi religieuse, existoisnt encore, lorsque la Foi elle-même avoit perdu cette influence qui lui avoit donné presque entièrement la direction de la littérature au moyen âge. Les esprits railleurs de la fin du xv* siècle et du commencement du xvie troavoient quelque chose de ridicule et de bouffon dans les naïvetés des mystères , naïvetés dont ils avoient oublié les origines, et qui étoient un des côtés d'un art admirable qu'ils ne pouvoient plus comprendre. Ils firent un premier pas , timide encore , dans cette voie de caricature, et ils créèreîit le genre des Sermons et Légendes simplement gais et naïvement grotesques ; c'est à cet ordre qu'appartiennent le Kécit du martyre de monseigneur Saint-Hareng et les autres Légendes bouffonnes de ce genre. Quelques autres firent un pas de plus, et débitèrent, comme le fait ici R. de Collerye, des sermons naïvement obscènes. Enfin , la Réforme s'empara habilement de ces naïvetés, et les détourna de leur but primitif; elle ea méconnut l'esprit , les supposa hostiles là où elles n'étaient que gaies, les rendit, du reste, acres et venimeuses, et les fit passer de l'état de simples bouffonneries à l'état d'armes de guerre. C'est sur ces données que repose tout entière V Apologie d'Henry Estienne ; et il ne faut pas oublier ces traditions inoffensives de l'esprit trouvère, si l'on veut jeter quelque lumière nouvelle sur les mystérieuses origines du genre et de l'art de îîabelais.
POUR UNE NOPCE. Ii3
Sa jument, son asne ou sa beste?
Jamais, car ung homme sans teste N'a point besoing de chapperon Ne de picquer de l'esperon ; Qu'il soit ainsi, sans faire espreuve Soubdainement je vous le preuve :
Je prens le cas qu'une fillette Frisque, gaillarde et guillerette Veult estre aujourd'huy mariée Et à ung raasle apparée, Assavoir mon s'il se peult faire Pour à son plaisir satisfaire?
Je veulx dire que ouy, pourveu Que le marié soit pourveu D'ung baston à feu et d'oultilz Soudains, ligiers, chaulx, et hatifz.
Sans instrumens on ne faict rien En telz cas, vous le scavez bien.
Laissons cela et retournons' A nostre theume, et revenons Au point principal : qui pourra, En face ainsi comme il vouldra; Car je suis bien seure et certaine Qui joustera à la quintaine *, Avant qu'il soit demain matin, Sans trop escumer le latin,
I. Les 20 vers suivants manquent dans les deux autres versions.
y. Que celui qui joutera, etc., pourra bien de'fricher, etc.
ii4 Sermon
Je dy qu'on peult bien défricher
Ung terrouer, sans dénicher
Le trou où estoient les oyseaulx.
Tout soudain chaussa ses houseaulx', ■
Puis après monta à cheval,
Et en courant à mont, à val.
Pour éviter les grans dangers,
Cuydant arriver à Angiers
Il vint coucher à Carcassonne ^.
Or, avant que la cloche sonne,
De peur de perdre mon mémoire.
Je vous pry donnez moi à boire.
[Elle buyt.) Beaucoup de gens treuvent estrange De veoir ung dyable avec ung ange ; Petis musequins, fines trongnes, Friquelimiques fatrillonnes, Escoutez bien et retenez, Oyez, entendez, aprenez Le bien qu'on a en mariage :
Le premier an, de franc courage On s'entrebaise, on s'entracolle, On jaze, on caqueté, on bricolle, On faict le dyable de Vauvert ' ;
I. Sans doute ce défricheur dont U parle plus haut; cette partie , du reste , semble vouloir prendre les allures du coq-à-l'âue.
?.. Jeu de mots sur ange et sur carcasse.
3. Vauvert , habitation située "a Tendroit oii se trouve actuellement l'Observatoire de Paris. Les diables s'en étaient
Jamais il n'y a feu couvert ;
Tout va sen dessoubz, pelle melle.
S'il vient qu'el soit belle fumelle,
Le povre mary s'esvertue
De labourer, tant qu'il s'en tue;
Puis à deffricher il s'aplique
Si fort, qu'il en demeure éthique.
L'an d'après, jà escorniflé Voyant qu'elle a le ventre enflé ', Il se commence à soucyer, Et à chagrin s'assocyer; Il plaint la teste, puis les dents, Et a les oreilles pendans Ne plus ne moins comme un lyraier.
S'il advient qu'il soit coustumier De faire ung enfant tous les ans, Telz jeux ne luy sont plus plaisans; Et bien souvent, pour leur entrée, Font deux enfans d'une ventrée.
Qui est lors esbay? C'est il.
En disant: « mauldit soit l'ostil, Le fourneau, la forge, et le moule, »
On le faict tenir pied à boule Et recommancer à l'ouvraae
emparés, et y firent rage jusqu'en laii, époque où saint Louis y installa un couvent de Chartreux.
I. Ce vers est omis dans l'édition de Rouen; il est remplacé dans l'édition de Lyon par celui-ci :
Eschiné, blesme, essoufflé.
ii6 Sermon
Qui est subject à mariage.
Et, après qu'il a folâtré,
Il vouldroit bien estre châtré
Quant il voit que sa femme est grosse.
Si en arez vous ceste endosse,
Vous aultres jeunes mariez,
Et serez tansez, hariez
De voz femmes à tous propos.
Y cuydez-vous avoir repos
En mariage, mes mignons?
Ouy dea ! de beaulx bons compaignons
Ne S'en font aujourd'huy que rire ;
Et puis à chacun ilz vont dire,
Quant quelcun s'est apparié :
Et voyia Trop tost maryé,
Qui en est Jobelin bridé.
Àudi^ filia, et vide.
Prinse ' .
Avant qu'en ma matière entrer, A genoulx il vous fault veautrer Devant nostre belle espousée, En luy disant : « doulce rosée, Dieu te doint ung bien bon confort.
S'il advient que trop grant effort Te face la nuyt ton mary ; Et que ton coeur ne soit marry
I. Entrée en matière. Ce mot manque dans les deux antres éditions.
De l'assault qu'il te donnera, Car je croy qu'il s'adonnera Celle nuyt entre deux blancs draps A t'acoller gay, bras à bras.
Et te donra tel coup de lance Qu'elle entrera jusqu'à ta pance ; Il est vrai, c'est un point vuydé. »
Âvdi^ Jllia, et vide.
Pour tant qu'il n'advient pas souvent ' Qu'en ung monstier n'en ung couvent On veoit ainsi prescher les femmes, Je vous diray, seigneurs et dames, Qu'il est bien de nécessité, Autant en ville qu'en cité Que femmes preschent la raison ; Le temps le veult et la saison.
La femme retient à ung coup Choses assez, et plus beaucoup Que ne faict l'homme en maintz endroitz, Posé que les loix et les droitz Soustiennent que l'homme comprent Plus que la femme ; mais el' prent A toutes mains quant on luy baille.
A celle fin que je ne saille Du coq à l'asne* , somme toute,