‹ Œuvres. Nouv. éd., avec une préf. et des notesChapitre 74 sur 138 · QUE FAICT LE SERVITEUR · texte numérisé non relu

QUE FAICT LE SERVITEUR

lie la mort de son maistre

feu rév(?rend père en Dieu monsieur Charles

du Refuge, en son vivant

abbé de Moustier-la-Celle, Itz Troyes ',

st-il dict que tout homme humain Ne se doibt de Fortune plaindre!

De son vouloir trop inhumain Plus tost aujourd'uy que demain

J'av bien cause de m'en complaindre.

Estoit-il besoing que accident

Du consentement d'Atropos

Occist mon maistre tant prudent,

Dont je porte dueil évident !

Il n'y a raison ne propos.

Ne povoit la mort reserver

I . Abbaye de l'ordre de Saint-Benoît, sous le patronage du Roi et à la collation du Saint-Siège; son revenu annuel etoit de 21,000 livres; ce qui faisoit de l'abbé un tr'esrecommandable Mécène pour R. de Collerye.

i58 COMPLAINCTES.

Ung tel singulier personnage Qui vouloit le bien observer, Et paix et amour conserver.

Hélas ! c'est pour moy grant dommage !

Je croy que, sans nul despriser.

Du nombre des bons il estoit :

Youlentiers oyoit deviser ; A mal penser n'eust sceu viser ; Maint homme de bien le hantoit.

Ha, faulse mort abominable!

Qui te mouvoit de le deffaire !

Aux povres estoit charitable.

Et en paroUe véritable, Et à chascun de bonne affaire.

Il m'avoit prins pour serviteur, Je l'avoys prins pour mon refuge ; C'estoit mon tuteur curateur, Mon zélateur gubernateur; Jaymasse trop mieulx que ce fuz-je ' 1

Car de la perte d'ung tel homme Beaucoup de gens s'en sentiront.

Si Adam n'eust mors en la pomme, Vivant seroit, on sçayt bien comme, Par quoy mes yeulx en ploureront.

C'estoit ung Charles magnificque, C'estoit ung Charles vertueulx, C'estoit ung Charles pacifique,

i. Mort.

Coj: PLAINCTES. i59

C'estoit ung Charles sans traffique, C'estoit ung Charles sumptueulx !

C'estoit ung Refuge amyable, C'estoit ung Refuge parfaict, C'estoit un Refuge acceptable, C'estoit un Refuge notable, Ha! cruelle Mort, qu'as-tu faict!

De te blasmer, mort tresperverse.

J'en ay le vouloir et envye.

Car aux bons te monstres diverse, En les frappant à la traverse.

De ton dart leur ostant la vie.

J'ay perdu mon pasteur et père Et suis demeuré orphelin; Privé, qui m'est grant vitupère, D'or et d'argent, que tant j'espère; Boire le fault doulx comme lin.

Lors que mon bien de voit venir, Dieu l'a prins en son Paradis ; C'est pour moy piteux souvenir Se l'abbé du temps advenir N'a esgard en mes plainctz et dictz.

Ung point y a qui me conforte, Cai' je suis bien aymé de tous.

Mais d'autant que peu me supporte *, .le suis contant qu'el * se transporte

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