COMPLAINCTE DE L'INFORTUNÉ
Et de regrectz importune ',
çg onsiderant le cours de vie humaine, ^K) Mon simple estât, train tel quel, et '^>^' [domaine "^^
Qu'il n'est besoing le mettre en in- [ventaire,
I. Cette pièce est incontestablemeni la plus belle de tout le volume ; les cinquante premiers vers surtout sont écrits avec une grandeur et une simplicité de style remarquables; ces deux qualités, dont la réunion est très-rare k cette époque, encadrent, dans des vers corrects et énergiques, des pensées tantôt naïvement dites , tantôt rendues avec un grand bonheur d'images, toutes cho*es qui font d? ce morceau un modèle de l'éloquence de ce temps.
2 Domaine, sous-entendu tel, qu'il n'est bfeSoin, etc.
COMPI.AINCTES. t65I
N'enregistrer, mais trop mieulx de le taire,
Certain je suis que des biens terriens
Après la mort n'emporte en terre riens
Le riche et plain, soit-il gras ou mesgret,
Fors ung linceul. Posé qu'il soit>sgret
Passer le pas, où le grant, le petit,
Comme je croy, n'y prent nul appétit,
Ce neantmoins, sans avoir ordonné ',
Du Créateur a esté ordonné
Qu'il nous convient tous mourir sans appel
Et de laisser en la terre la pel.
Où l'àme va, je n'en sçaurois juger;
A Dieu en est, non à aultre, adjuger
Se Paradis ladicte ame possède ,
Car luy tout seul le perraect et concède.
vA pour autant que escuz, ducatz à veoir
Sont fort plaisans, il en faict bon avoir,
Pareillement revenuz et offices,
Meubles foison *, et aussi bénéfices,
Sans les avoir injustement acquis.
Et en user ainsi qu'il est requis.
Car à la fin il n'y a si ne qua.
Rendre il en fault le compte et reliqua.
Trop mieulx vauldroit se veoir berger es champs Que d'estre au ranc et nombre des meschans , Et mal mourir. 0 terreur merveilleuse!
0 povre fin! o fin tresperilleuse,