‹ Œuvres nouvelles de Des Forges MaillardChapitre 125 sur 134 · Lettres en prose sur divers sujets · texte numérisé non relu

Lettres en prose sur divers sujets

— « Lettre à Mme du Hallay. Au Croisic, ce ler septembre 1738,» — Amus. III, p. 72. En voici quelques lignes :

« Vous me parlez du futur rabais de l'argent. Celte nouvelle ne m'intéresse pas beaucoup. Les poètes ne sont pas favorisés de la fortune. Sa Majesté peut faire raser tous ses hôtels des Monnoies et même en défendre le cours en général : ce n'est pas ce qui m'embarrasse. L'étroit terrain que nos pères nous ont laissé, et que les soins de notre mère nous conservent, élargit son sein pour produire du blé, du raisin et du sel, autant qu'il nous en faut pour fournir aux besoins de la vie. Nous irons, au surplus, chercher sur nos côtes les coquillages que la mer nous envoie gratuitement. Mais il faudroit que le Roi, qui nous défend l'usage des carrosses, nous défendît aussi de payer les impôts. »

— n Lettre à Madame *** [du Hallay]. Au Croisic, ce

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26 nov. 1738, » — Amus. IV, p. 336. On y lit, entre autres choses :

« Vous me demandez de mes nouvelles, Madame; il y a si peu de distance entre la santé et la maladie, que l'homme ne sçait quand il doit dire qu'il se porte bien. L'intérêt que vous prenez à ma santé suffiroit seul pour la rendre bonne. Mon air natal me rétablit, et il ne me reste qu'un léger ressentiment, que le repos achève de dissiper. Je vis chez ma mère, assez doucement accommodé des besoins de la vie; mais il me faut quelque chose de plus... Croiriez-vous, Madame, que je n'ose pas lire le soir les odes de Pindare t Son enthousiasme me met le sang si fort en mouvement que je ne dors pas de toute la nuit. Voyez comme la tête d'un poète est une plaisante machine. »

— « Lettre à M. l'abbé Philippe, contenant quelques extraits. Au château de la Maillardière, près de Nantes, ce 20 sept. 1741, » — Amus. XII, p. i3 à 47 (1741). Ces M extraits » sont pour la plupart des traits notables et des anecdotes historiques plus ou moins curieuses.

— Seconde lettre d'extraits, adressée à l'abbé Philippe et datée « de la Maillardière, 23 sept. 1741, » — Amus. XII, p. 311-335 (1741).

— « Lettre IIIo à M. l'abbé Philippe » contenant la suite des extraits et datée « de la Maillardière, 3o sept. 1741, » — Amus. XIII, p. 179-208 (1742).

Pour donner quelque idée des " extraits « dont ces lettres sont formées, nous en citerons deux, c'est-à-di re deux anecdotes assez curieuses, tirées de cette troisième Lettre, et qui se trouvent aux p. 206 et 207 du tome XIII des Amusemens :

« Nos Bretons ont naturellement le cœur haut, et ils renoncent volontiers à tout espoir de fortune plutôt que de rara-

per et de prostituer leurs âmes à de viles souplesses. C'est le caractère de notre nation, qui porte une hermine pour devise avec cette le'gende : Potius mori quàm fœdari. Madame de la S*", femme de qualité et de mérite, alla faire visite à Madame la maréchale D*"*, alors à Nantes, et mena avec elle son fils, qui pouvoit être âgé de six ou sept ans. La maréchale, qui n'avoit point d'enfans, dit en voyant le jeune de la S*** : o Voilà un joli petit bonhomme ; s'il étoit plus grand, je serois bien aise d'en faire mon page. » — « Et moi, répondit Madame de la S***, je serois bien mortifiée de ne pouvoir point accepter votre proposition, puisque vous n'avez pas de quoi faire l'échange. »

« Le fils du maréchal de*** rencontrant un jour le chevalier de K***, Breton, mousquetaire gris, et revêtu ce jour-là d'habits magnifiques : « Monsieur, lui dit-il d'un air railleur, votre père portoit-il d'aussi beaux habits que vous ?» — « Oui, répondit notre Breton, non seulement mon père, mais on en portoit de pareils dans ma famille avant qu'on fût gentilhomme dans la vôtre. »

— « Lettre de M. D. F. M. à M. le président Bouhier, de l'Académie Françoise. A... ce... janvier 1744, » — dans Merc. 1744, août, p. 1736. — C'est une lettre à l'occasion du jour de l'an, mais la date donnée dans le Mercure est fausse ; car cette lettre répond incontestablement au no 947 du Catalogue La Jarriette (p. io5), lequel est daté <( aux Sables-d'Olonne, ce 23 décembre 1742. » Les dernières lignes de la lettre, et notamment le quatrain qui la termine étant, ainsi que la signature et la date, reproduites en fac-similé dans l'édition des Poésies diverses de Des Forges Maillard donnée à Paris en 1880 par Quantin, cette identité n'est pas douteuse. Mais comme le Mercure, ne publia cette pièce que deux ans après sa composition, on se permit, pour la rajeunir, d'en rajeunir la date.

i3. — Lettres et dissertations sur des sujets littéraires.

— « Lettre à M. Titon du Tillet, en lui envoyant l'ode de Faret ' au cardinal de Richelieu et quelques autres poésies de différons auteurs, » datée de « la Maillardière, près Nantes, ce 4 octobre 1741, >• — dans Amusemens, XIII, p. 279-286 (1742). Beaucoup de renseignements et de jugements curieux sur la poésie et les poètes de l'époque de Richelieu, ceci, entre autres, sur Boisrobert et sur Théophile (p. 283 à 285) :

0 Boisrobert ' étoit un très bel esprit, et qui, pour me servir d'une plaisante expression du Roman comique de Scarron, <( faisoit assez bien de méchans vers. » Sa conversation pétilloit de sel. Ses saillies étoieut la rocambole du cardinal de Richelieu, dont rien ne piquoit l'appétit à moins qu'il ne fût assaisonné d'un peu de Boisrobert.

« Théophile *, quoi qu'en ait dit Malherbe, étoit né avec plus de talent poétique que lui, mais avec moins de goût. Celui-ci perfectionna, par le plus grand effort de l'art, les dons qu'il avoit reçus de la nature ; l'autre enchâssoit des diamants bruts tels qu'ils se trouvoient sous sa main, sans se donner la peine de les polir. C'étoit un génie libertin, dans tous les sens, qui n'écoutoit que son imagination et ne revenoit jamais sur ses pas, rebuté par le travail qu'exige un ouvrage auquel on veut donner les derniers coups de lime. »

1. Faret (Nicolas), l'un des quarante premiers membres de l'Académie françoise, né à Bourg en iSgô, mort en 1646.

2. François Le Métel de Boisrobert, l'un des quarante premiers Académiciens, né à Caen en 1692, mort en 1662.

3. Théophile de Viau, né à Clairac (en Agénois) en iSgo, mort en 1626.

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— •' Lettre à M. l'abbé Berthelin, au sujet du Mercure de France. Au Croisic, ce 18 mai 1745, > — Mercure J745, juin vol. II, p. 21-28. Éloge motivé à\i Mercure de France, dont Berthelin était alors directeur ; bonne étude littéraire sur ce journal, dont elle fait bien comprendre le caractère, le rôle, l'importance. En voici un passage :

0 Le Mercure, réunissant tout ce que les autres journaux ont de plus précieux et de plus exquis, renferme encore mille choses agréables et utiles qui leur manquent. Par exemple, pour ce qui meregarde, j'y trouve l'abrégé instructif et circonstancié de toutes les productions de la tragédie, de la comédie, de l'opéra : de manière que, malgré la distance du Croisic à Paris, je m'y transporte en un trait de pensée, en état d'applaudir et de blâmer comme si j'assistois effectivement aux représentations. D'ailleurs, il sçait me trier le bon dans les nouveaux ouvrages, et m'épargne la fatigue de l'y chercher dans le fatras effrayant du médiocre et du mauvais. — Sans ce secours, un homme de lettres, que la situation de ses affaires enchaîne d'ans sa patrie pendant deux ou trois ans, demeureroit fort étonné à son retour, et paroitroit aux autres comme un automate tombé des nues dans la ville de Paris, u

— Lettre à M. Rémond de Sainte-Albine [directeur du Mercure] sur un ancien poète françois. — <. Au Croisic, le 28 décembre 1749, .. — Merc. i-jlo, mars, p. 76- 82. — Ce « poète françois .. est Nicolas Frenicle, né h Paris en 1600, mort en i66i. La lettre de Des Forges fait connaître ses œuvres, d'après un volume intitulé « Les Poésies de A'. Frenicle, conseiller du Roy et son général en sa courdesMonnoyes. A Paris, chez Jean de Bordeaux, 1629, .. petit in-So de plus de 400 pages. C'est encore, on le voit, un auteur de l'époque de Louis XHI, pour laquelle Des Forges semble avoir eu une prédilection marquée.

— « Observations sur le génie et le style du cavalier

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Marin, » dans le compte rendu de 1' « Assemblée publique de l'Académie des Belles- Lettres de la Rochelle, tenue le... 1753, » — Mercure de 1^54, mars, p. 64 et suivantes. Les n Observations » de D. F. M. occupent les p. ii5 à 122, elles sont fort intéressantes. Elles commencent ainsi :

« Les poètes italiens se laissent entraîner le plus souvent à la fougue de leur génie sans consulter la vraisemblance. Le cavalier Marin est de tous les poètes d'Italie celui qui a le plus d'abondance, le plus de brillant, et le moins de solidité. Son immense poème (ÏAdonis ressemble à un prodigieux animal qui auroit la tête d'une syrène, les yeux d'un lynx, les ailes d'un aigle, la peau d'un tigre, la queue d'un paon. Toutes ces beautés mal assorties n'aboutissent qu'à faire un monstre, produit en dépit de la nature et qu'elle désavoue. »

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