Poésies latines
Des Forges Maillard savait plusieurs langues vivantes, entre autres l'italien, l'espagnol ; non seulement il était bon latiniste, mais il se piquait aussi de poésie latine. Dans la table qui précède, nous avons déjà indiqué plusieurs traductions de pièces françaises en vers latins de sa façon ; voici l'indication de quelques pièces originales en vers de la même langue, dont il est aussi l'auteur, qu'il n'a point recueillies dans les diverses éditions de ses œuvres, mais que l'on trouve dans les journaux littéraires du temps. Sauf une ou deux citations fort courtes, nous nous bornerons à reproduire les titres, la plupart très développés.
— <c Phaleucium ad dominum Nericaltum Tuchcesium [Néricault des Touches], comœdiarum gallica lingua scrip-
torem celeberrimum, et abusùs ingenii in comicis operibus vindicem maxime probandum, .. — dans Amusemens du cœur et de l'esprit, VII, p. 289 (1740). Titre presque aussi long que la pièce, qui n'a qu'onze vers phaleuces.
— € Epitaphium Russcei poetœ, vel Orphei ipsius rivalis necnon ipsius Catulli, » — Amusemens, VII, p. 290 (1740). Russœus poeta, c'est Jean-Baptiste Rousseau. Cette épitaphe, en cinq vers phaleuces, a cela de curieux qu'elle fut faite et imprime'e du vivant de Rousseau (qui ne mourut qu'en 1741), sur un faux bruit de sa mort répandu, l'année précédente, à Paris.
— « Epigramma in obitum Jacobi Vanieri [le P. Vanière '], Virgilianœ in Georgicis elegantiœ et amœnitatis œmuli, „ — dans les Amus. IX, p. 260 (1741). Huit hexamètres.
— « Epitaphium R. P. Caroli Pornvi [le P. Porée 2], Societatis Jesu, et oratorum hujusce sœculi, quotquot latine scripserunt, facile principis, necnon poetœ prœstantissimi, » — dans Amus. IX, p. 260 (1741). Deux distiques.
— i< Epigramma de matrona quœ maritum unguibus penè excœcavit, » — dans Amus.XU, p. 268 (1741).— Deux distiques bien tournés, tout à fait dans le goût antique.
— t Poetœ necnon oratori celeberrimo, meoque amicissimo, rhetorices in Parisiensi Ludovici Magni collegio professori emerito, et rude laureata donato, nostrati ^gidio Xaverio de la Santé, Jesuitœ sacerdoti, graliarum actio propter bina volumina donc missa, in quibus
1. Jacques Vanière, né à Causses, près de Be'ziers, en 1664, mort en 1789.
2. Charles Porée, né à Vendes, près de Caen, en 1675, mort en 1741.
unumquodque carmen selectorum ex suis alumnis nomine videtur subscriptum. Epistola a Paulo Forgœsio Maillardo, y —dans le Mercure de 1746, avril, p. 72-74. C'est le plus long titre de toutes les pièces latines de Maillard ; si je l'ai transcrit ici tout entier, c'est parce qu'il s'agit d'un Breton, le P. Xavier de la Santé, né à Redon en 1684, mort en 1762, digne émule — comme professeur, comme écrivain et comme poète latin — des célèbres Pères Porée et Vanière ci-dessus nommés. Maillard lui a consacré la plus longue de ses pièces latines, une épître de quarante vers hexamètres et pentamètres, en vingt distiques. — n Volum pro augustissimo Galliarum rege ad bellum proférante, » — dans Merc. 1747, juillet, p. 97. Sept distiques dont le premier porte :
Aime Deus, faveas Régi ! gallusque leones Atque truces pardos, monstra iniraica, fuget.
Les six autres distiques sont adressés à la reine.
— (c De Batavorum urbe, hactenus inexpugnabili, Bergopsoom, armis invictissimi Galliarum Régis obsessa, diruta et capta, epigramma, » — Merc. 1747, octobre, p. i5. Deux distiques bien tournés, voici le premier :
Urbs ruit, antiques nequicquam obsessa per annos, Bergopsoomque jacet — triste cadaver — humi !
— « De celeberrima fortissimi herois, scientias litterasque mirum in modum excolentis, comitis de Clermont, in Academiam Gallicam cooptatione, » — dans J. de Verdun, 1754, I, p. 299, avril. Le comte de Clermont était un Bourbon-Condé, et c'était la première fois qu'un prince du
sang royal entrait par élection à l'Académie. Des Forges voit là un grand honneur pour celle-ci et pour les Lettres en général ; il invite les « bourgeois du Parnasse » à s'en réjouir :
Plaudite, Parnassi cives. Sic Gallica vestris Lilia nectentur lauris, et juncta perenni Fœdere despicient hiemes tristesque procellas.
Si cette alliance des lauriers et des lys devait avoir pour résultat de garantir ceux-ci contre « l'outrage des hivers, >• l'avantage n'était pas tant pour les poètes que pour les princes, et c'est ainsi, j'imagine, qu'au fond notre Maillard l'entendait, — car dévoué très sincèrement à son art, il ne voyait guère rien au-dessus du « Parnasse. "
§ 8. — Collaboration de Des Forges aux journaux littéraires, de i~5g à 1772.
Après la publication de ses Œuvres en vers et en prose en deux volumes, édition de Hollande de ijSg, notre poète semble s'être reposé quelques années. Du moins n'ai-je rien pu découvrir de lui jusqu'en 1764. Depuis cette date jusqu'à sa mort, voici les pièces et articles littéraires publiés par lui :
— Il Épitaphe de M. Titon du Tillet, sonnet, » — J. de Verdun 1764, II, p. 142, août ; réimprimée dans le présent volume, p. 81 ci-dessus.
— M Épître à M. le chevalier de la Haye de Silz, pour l'inviter à venir au Croisic, " — J. de Verdun, 1766 I, p. 38 1 ; réimprimée p. io6 ci-dessus.
— c Lettre en prose, dans laquelle sont rapportés quelques faits rares et curieux. A M. le docteur Bonamy, médecin à Nantes, » Ibid. II, p. 364, novembre ; réimprimée dans les Lettres nouvelles de Des Forges, p. 221.
— « Note sur les relations de Des F"orges Maillard avec l'ambassadeur et le ministre de Danemark, — Ibid. p. 372 ; réimprimée, p. ii3 ci-dessus.
— « Deux sonnets au roi de Danemark Frédéric V, — Ibid, p. 373-375, — réimprimés p. 1 1 1 ci-dessus.
— « Elégie sur la mort du roi de Danemark (Frédéric V). Au Roi (Christian VII, fils de Frédéric V), » — Ibid. p. 375.
— « Vers sur l'Eloge funèbre de Mgr le Dauphin par M. Thomas, s — Ibid. 38o.
— « La Procédure normande, histoire véritable, » — J. de Verdun 1770, II, p. 38 1, novembre. Notons, comme fait assez singulier, que le Journal de Verdun avait déjà publié ce conte quatorze ans plus tôt, en 1756 (I, p. 459) ; il y a ici quelques variantes et une dédicace ajoutée, quelque peu énigmatique : •■ A M. D. P. R. P. D. F. D. R., à Caen, » ce qui doit, je suppose, s'expliquer ainsi : «A. M. De P***, Receveur Principal Des Fermes Du Roi, à Caen.» mais j'ignore le nom de ce personnage.
— « Épître à M. Bonamy, docteur-médecin à Nantes, » — /. de Verdun 1772, I, p. 36o ; réimprimée p. 116 cidessus.
— « L'Automne, idylle, » — Ibid. II, p. 290-292, octobre. Dernière pièce de Des Forges publiée de son vivant.
— « Le Printemps, ode imitée et paraphrasée de la IV° du livre 1er d'Horace, » — J. de Verdun 17-3, I, p. 211, mai. La publication de cette pièce suivit de cinq mois la mort de Des Forges, survenue le 10 décembre 1772. Une note du Journal de Verdun porte : « Cette ode est
tirée des juvenilia de l'auteur. » On peut, sans beaucoup se hasarder, en dire autant de la pièce précédente I^VAutomné), publiée en octobre 1772.
— Enfin nous devons signaler, au moins pour mémoire, dans le Journal de Verdun de 1773, tome I, p. i3S-i36 (cahier de Février), une « Lettre sur la mort de M. Des « Forges Maillard, par M. Roi, chanoine de Nantes, » qui assigne à cette mort une fausse date (7 décembre 1772 au lieu du 10 de ce mois) et qui, sauf le nom de la maladie dont mourut notre poète (l'hydropisie), ne contient rien d'intéressant.
HT
Bail de la métairie de Brederac en 7722 *.
pE 20e jour de janvier 1722, environ midy, par devant nous notaires royaux de la cour et sénéchaussée de Guérande... a comparu en
personne noble homme Paul Maillard, sieur
Des Forges », demeurant en la ville du Croisic, lequel a ce jour affermé poTjr le temps de sept ans, qui ont commencé à Noël dernier et qui finiront à pareil jour de l'année 1728, à Olivier Rastel et Guillemette Bourdic, sa femme... demeurans à la mestairie de Brederac, paroisse d'Escoublac, prenans et acceptans, sçavoir est, la mestairie de Brederac, consistante en l'enbas de la maison où ils demeurent, avec le jardin à costé, de plein pied, et le grenier au-desssus, à la réserve d'un droit que réserve ledit sieur Des Forges pour placer un lit dans ledit grenierpour coucher sa servante ; la maisoaau bout de la cour comme
* Archives de la Loire-Inférieure, liasse E 1467. Nous devons l'indication de cette pièce à M. Léon Maître, archiviste de la Loire-Inférieure.