‹ Œuvres nouvelles de Des Forges MaillardChapitre 36 sur 134 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

Paul dks Forges Maillard

PRÈS avoir dépouillé le jupon de mademoiselle de Mêlerais, Des Forges ne resta point inactif; il ne se borna point à faire de joyeux dîners avec les amis de Titon du Tillet ou avec les gens de lettres de belle humeur, ni même à lier avec les savantset avec les écrivains les mieux posés, les plus importants, de sérieuses relations. Il fit tout cela — etiautre chose encore.

Regardant le Croisic comme le bout du monde, il aspirait fiévreusement à en sortir, surtout à vivre à Paris. Pour cela la fortune lui manquait, il y voulait suppléer par un emploi suffisamment lucratif et qui pût, sinon le fixer immédiatement dans la capitale, du moins l'y ramener sans trop tarder par la voie de l'avancement. C'était surtout dans l'administration des finances qu'il pouvait trouver une situation de ce genre. Aidé du crédit de Titon

UES FORGES MAILLARD

du Tillet, il passa les derniers mois de son séjour à Paris à solliciter les hommes en place, les personnages influents. Ces démaiches, sans réussir autant qu'il l'aurait voulu, ne furent point sans résultat.

La France venait d'entrer en guerre avec l'Empire (i3 mars 1734) ; pour soutenir cette guerre, on avait mis (le ler août 1734) un nouvel impôt très lourd, puisqu'il emportait le dixième de tous les revenus ; pour percevoir ce dixième (c'était le nom de cette taxe), on organisa une administration spéciale qui dut recruter en hâte ses agents : c'est comme employé de cette administration, comme n contrôleur du dixième », que Des Forges fut envoyé à Montbrison et dans la province de Forez ; en même temps on lui fit espérer qu'après la guerre et le licenciement de cette administration spéciale, on lui donnerait un emploi permanent.

Il partit de Paris vers la mi-janvier 1735 et dut arriver à Montbrison au commencement de février. Il exerça son emploi pendant dix-huit mois, c'est-à-dire jusqu'à la paix, qui fut acceptée par toutes les puissances intéressées en août 1736. Alors le dixième fut supprimé, et notre poète quitta le Forez.

Malgré ses laborieuses et << embarrassantes » fonctions, il garda toujours une impression excellente de son séjour dans cette province. C'était là, dans la pittoresque vallée du Lignon, que d'Urfé avait placé le théâtre du poétique et pastoral roman de l'Astrée, si célèbre au XVIIe siècle, et qui au XVIII" gardait encore une assez grande vogue en province, surtout dans le Forez, où les divers incidents et épisodes de cette fable, attachés à des lieux précis, connus de tous, étaient devenus une légende serai-historique. Ces souvenirs charmaient Des Forges, excitaient sa veine poétique ; la vie facile et plantureuse du pays entretenait

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