CXIV DES FORGES MAII-LAUD
La mère de cette belle lignée, Marie Audet, mourut au Croisic le 2 5 avril 1756, âgée au moins de soixante-seize ans*.
L'amour de la famille, si vif dans le cœur de notre poète, ne put que s'y développer davantage après qu'il eut lui-même, en se mariant, fondé une nouvelle famille. A cet égard toutefois, ses sentiments étaient mêlés et complexes. Il les exprime très franchement lui-même, et ,sous une forme assez pittoresque, quinze jours après son mariage, dans une lettre à son ami Chevaye :
Au Croisic, ce 22 décembre I74'i-
« Je suis marié, Monsieur et cher ami; la chose est faite, il n'y a dIus à s'en dédire. Je trouve un peu d'embrouillement; mais qu'y faire? Il faut s'en tirer si l'on peut. Ma femme est très aimable, elle a beaucoup d'esprit ; mais elle joue, prend du café, et tracasse la petite pretintaillc des personnes qui ont vécu dans le grand monde. Je n'aime rien de tout cela ; mais irai-je heurter ses goiJts de front, ab abrupto ? Cela m'est échappé d'abord ; je l'ai chagrinée. J'en ai été fâché. Ma foi, dans ce monde, undique ambages et augustiœ. Je me
1 . Extrait du registre des sépultures de l'église de N.-D. de Pitié du Croisic, succursale de Bat:(, pour l'année iy56. — « Le 260 jour d'avril 1766, a été inhumé dans cette église le corps de Marie Audet, décédée d'hier, âgée d'environ soixantedix-huit ans, vivante épouse de noble Paul Maillard, présents à la sépulture ses parents soussignés. (Signé) De la Piquelière Goupil. De la Grée Yvicquel. De Barjulé Calvé. De Kergorre Cavaro, prêt. vie. » — Dans son ode sur la mort de son père (voir ci-dessous p. 98) notre poète dit que, lors de cette mort, c'est-à-dire en 1731, sa mère avait cinquante ans, ce qui ne permet pas de lui en donner plus de soixante-seize en 1756, et ce chiffre nous semble préférable à celui de soixante-dix-huit, qui n'est indiqué que par à peu près dans l'acte ci-dessus.
INTRODUCTION q^Vj
deplaisois garçon ; suis-je mieux marié ? Oui, si je ncxa mine que l'agrément de vivre avec une femme que j'aime Ma,s s. je pense aux suites, le fiel vient sur mes lèvres. Ma temme a ses quarante ans. Je me disois : Je l'épouse â-'ée nous n'aurons point de postérité, et au moyen de nos reve"nus nous verrons s'écouler nos jours dans la douceur. Elle est déjà grosse, mon pauvre ami, poveretto ! Tu sais qu'en italien cela s.gmfie caro . . . Nous sommes chez ma mère, qui s'est engagée a nous héberger jusqu'au premier mars ; après quoi il nous faudra n.cher dans notre domicile. Je vois que l'économie veut que ,e demeure au Croisic, où, quoique tout soit cher on ne fait qu'une dépense conforme à ses rentes. CependanI )e projette de solliciter un emploi aux environs du Croisic s'il est possible ; car la famille venant, il faut songer à quelque chose au loin ou au près «. o i -i
VU
Lh 27 août 1744, neuf mois moins neuf jours après son mariage (5 décembre 1743), Mo.» Des Forges Maillard mit au monde un fîls. baptisé le 3i du même mois sous le nom de Paul-Philippe. - Vingt mois plus tard (25 avril 1746), il en vint un second, qui fut nommé au baptême Guillaume-Marie-Evrard. - L'année suivante (19 octobre 1747), ce fut le tour d'une fille, Marie-Renée. — Et l'année 1749 fut marquée par la naissance d'une autre fille, née le 4 mai, baptisée le lendemain, et nommée seulement le 27 juin 1750 du prénom de Thérèse '.
2. Les actes de baptême et naissance des quatre enfants de noire poète ont été extraits des registres de la paroisse du Croisic par M. Augustin Maillard, maire du Croisic, qui a bien voulu nous en transmettre la copie.
CXVI DES FORGKS MAILLARD
Si Des Forges avait été déçu par la première grossesse de sa femme, que fut-ce à la quatrième ? Il avait pourtant pris assez vite son parti de ses deux premiers-nés ; dans une épître adressée à un ami, le 12 septembre 1746, il explique leur naissance d'une façon originale :
La femme que j'ai prise aime tant coqueter Que nulle autre en ce point ne l'égale, je pense... Vraiment je l'ai trouvée. . . Ecoute, et sois discret ! Je l'ai trouvée, ami, sur un lit de fougère
Que parfumait le serpolet, Et les rideaux tirés, même en son cabinet, Couverte seulement d'une robe légère, Tête à tête, en commerce avec. . . Virgile, Homère, Horace, Anacréon, et tel autre muguet. . . D'une épouse très sage et très digne de plaire
Par ses appas, par ses talens.
Voilà les favoris, les aimables galans:
Sans ce rapport de goûts, sera s-je aujourd'hui père,
Père de deux fils en deux ans' ?
Ainsi, c'étaient les enfants de la Musc, le fruit des sympathies poétiques des deux époux ; il fallait bien leur faire bon accueil. A la naissance de la première fille, le front du poète se rembrunit :
L'Hymen me condamne aux dépens Et comment veut-il qu'on subsiste " ?
Aux annonces du quatrième héritier, il tomba dans une sorte de désespoir ; il se voyait condamné à une paternité
j. Œu'.res, édit. i75ci, I, p. 143. — La date de cette épître est dans le Mercure d'octobre 174C, p. 62.