IX. Examen de la longueur de l'axe
M' étant ainsi persuadé que la cornée ne joue aucun rôle pour L'accommodal'accommodation de l'œil, l'obiet suivant de mes recherches était lonnestPas
•> due a un
de savoir s'il était possible de découvrir un changement de la allongement de longueur de l'axe de l'œil, ce qui paraissait la seule alternative possible. Puisque ce changement devrait atteindre un septième du diamètre de l'œil, je me flattais de l'espoir de pouvoir le soumettre à une mesure. Or, si l'axe s'allonge d'un septième, le diamètre transversal doit diminuer d'un quatorzième. Le demi - diamètre devrait donc diminuer de 0,8mm (Vso").
Young admet que pendant l'accommodation la forme du globe passe de la sphère à l'ellipsoïde de rotation, dont le grand axe, correspondant à la ligne visuelle, dépasse le diamètre de la sphère d'un septième. En désignant par r le rayon de la sphère, par a le grand axe et par b le petit axe de l'ellipsoïde, il admet donc
2 a = 2 r -f- -=- d'où
Le volume de la sphère s'exprime par 4/3 r3 n, celui de l'ellipsoïde par 4/s ab2Ji ; comme le volume doit rester le même, on a
73«62?r = ~r3n d'où
ab2 =r3
Le diamètre transversal diminue donc d'un quatorzième.
Je plaçai un miroir près du nez et tournai l'œil fortement en dedans, de façon à ce qu'il pût voir son image dans le miroir ; les deux bougies étaient placées de manière à ce que l'une formât son image au milieu de la cornée, tandis que la lumière de l'autre, réfléchie par la sclérotique, formait un ligne lumineuse distincte près de son bord extérieur. J'appliquai ensuite la loupe fendue ainsi que l'échelle tracée sur le miroir de la manière déjà décrite. Aucune de ces méthodes n'indiquait la moindre diminution de distance entre les deux images pendant l'accommodation.
Voici encore une autre preuve, bien plus délicate. Après avoir tourné l'œil en dedans autant que possible, j'appliquai un fort anneau en fer vers l'angle interne. A l'angle externe j'appliquai l'anneau d'une clef, que j'enfonçai avec une pression modérée entre l'œil et l'os autant que la sensibilité des téguments voulait le permettre. Le phosphène produit par cette pression s'étendait dans le champ de la vision distincte et se trouvait très-nettement défini ; il n'empêchait pas, comme je me l'étais figuré, la perception des objets extérieurs, vus dans cette direction, et une droite, qui traversait le champ du phosphène oval (Fig. 56) semblait
subir une inflexion vers le centre du phosphène, distorsion facile à comprendre, si on se rend compte de l'effet de la pression sur la forme de la rétine. — Admettons maintenant que la distance entre l'anneau et la clef fût invariable, ce qu'elle était en
réalité ; un allongement du globe aurait été rendu absolument impossible ou au moins presque impossible ; et en cas d'allongement la tache ovale, produite par la pres-
L'aspect d'un phosphène, produit ■ ■■ j » » ,. i
par pression; Inflexion des lignes S1011> &Urait du S étendre SUF Ull CSpaCe
droites qui traversent le (\[x f0[s p}us large. Mais rien de pareil n'arrivait : l'amplitude de l'accommodation resta toujours la même, et il fût impossible de découvrir un
changement de la tache ovale, ni quant à sa grandeur, ni quant à sa forme.
Cette expérience va aussi à l'encontre de toute théorie d'accommodation, qui voudrait invoquer une augmentation de la pression intra-oculaire.
On peut considérer l'image rétinienne comme formée par les rayons qui passent par le milieu de la pupille ou plutôt par le sommet antérieur du cristallin. Et comme la divergence mutuelle de ces rayons n'est que très peu influencée par le cristallin, on peut encore les considérer comme divergeant du centre de la pupille après la réfraction cristallinienne. L'image rétinienne d'un objet donné devrait donc grandir très considérablement, si la distance de la rétine à la pupille et au cristallin augmentait. (Cor. Prop. V).
Pour cette démonstration nous aurions employé les points nodaux, qui n'étaient pas encore découverts au temps de Young.
Il n'est pas aussi facile qu'on pourrait croire au premier coup d'œil de déterminer exactement la grandeur réelle de l'image, mais il existe pourtant, outre la dernière expérience qui peut être employée dans ce but, deux autres méthodes pour juger de son étendue. La première est trop dangereuse pour pouvoir être beaucoup employée, mais on peut pourtant l'essayer en prenant les précautions nécessaires. Après avoir fixé pendant un peu de temps un cercle en cuivre, placé au soleil, je regardais le micromètre ; et je faisais ensuite un effort d'accommodation, tout en laissant le micromètre à sa place et en essayant d'apercevoir un changement de la grandeur de l'image secondaire, comparée avec l'échelle ; je n'en pus pas distinguer. Je n'ai pas insisté sur cette expérience, surtout parce que je n'arrivais pas à rendre l'image secondaire suffisamment distincte sans inconvénient ; il n'y a pas de lumière assez forte pour produire une impression durable sur une partie de la rétine distante de la ligne visuelle. — J'ai donc eu récours à une autre expérience. Je plaçai deux bougies de manière à correspondre exactement à l'étendue de la terminaison du nerf optique
et en observant exactement le point vers lequel mon œil était dirigé, je fis le plus grand effort d'accommodation possible ; je m'attendais à ce qu'un allongement de l'axe aurait fait apparaître la bougie externe dans l'espace visible (Fig. 57). Mais cela ne se produisit pas,
Fig. 57
Cette figure montre l'agrandissement de l'image rétinienne, qui serait la conséquence d'un
allongement de l'œil : avant l'allongement les images des bougies se forment sur l'insertion du
nerf, — après l'allongement elles se forment en dehors d'elle.
la place apparente de la tache aveugle restait exactement la même qu'avant. Je ne voudrais pas prétendre que j'aurais pu observer une différence très faible dans l'un ou dans l'autre sens, mais je suis persuadé que j'aurais pu découvrir un changement de moins d'un dixième de la grandeur totale.
On pourrait se demander si les autres hypothèses n'exigeraient pas un changement dans la grandeur de l'image pendant l'accommodation. Or, on peut démontrer que le changement de courbure [du cristallin] peut se faire de manière à ce que la grandeur de l'image diffuse reste absolument la même. Mais avec les dimensions que nous avons admises, on devrait s'attendre à une diminution d'un quarantième pour l'augmentation maxima de convexité du cristallin. Tout dépend de la position des surfaces réfringentes et de l'augmentation respective de leurs courbures, qu'on ne peut guère déterminer avec une exactitude suffisante. Si la pupille avait été placée en avant de la cornée, la grandeur de l'image aurait été très variable ; cet inconvénient est écarté par la situation de la
pupille. Nous avons donc ici encore un exemple de la perfection de cet admirable organe.
Grâce aux découvertes de Cramer et de v. Helmholtz nous savons maintenant que l'accommodation ne se fait pas exactement comme Young le supposait, la surface antérieure du cristallin se bombant relativement beaucoup plus que la surface postérieure, différence qui n'est pas seulement apparente. Dans ces circonstances les points nodaux avancent un peu pendant l'accommodation, et tant que la grandeur de l'image ne dépend que de la distance du point nodal (postérieur) à la rétine, ce changement doit avoir pour effet d'augmenter la grandeur de l'image rétinienne. Dans l'œil schématique de v. Helmholtz l'avancement du point nodal postérieur est d'environ 0,4mm et la distance du point nodal postérieur à la rétine est de 15,5mm. L'augmentation de la grandeur linéaire de l'image serait donc environ 1/±o. EtBAHR1, qui a refait l'expérience de Young (la mensuration de la projection de l'image secondaire), a en effet trouvé un agrandissement de l'image d'environ V-io.
Le raisonnement n'est valable que tant qu'on suppose l'image nette. — Il faut encore remarquer la dernière phrase de Young sur l'avantage de la position de la pupille. — On sait que lorsque l'œil n'est pas accommodé pour l'objet, chaque point de ce dernier forme sur la rétine un petit cercle de diffusion de la forme de la pupille et dont le centre correspond au centre de cette dernière. Si la pupille n'est pas trop grande, on peut, en ce cas, considérer le point où le rayon passant par le milieu de la pupille frappe la rétine, comme l'endroit où se forme l'image. Soit AB (Fig. 58) un objet, p le milieu de la pupille et n le point nodal (réuni) ; tant que l'œil est accommodé pour l'objet, le rayon An et le rayon Ap viennent se réunir en Al sur la rétine. Mais lorsque l'œil fait un effort d'accommodation, le foyer conjugué de A s'avance jusqu'à A2, qui est le point de réunion des rayons, et le rayon Ap vient frapper la rétine en A 3 ; l'image diffuse A?jBs est donc plus petite que l'image nette AlB1. On voit que cet effet est de nature à contre-balancer l'avancement du point nodal, dont nous venons de parler. L'effet serait nul si la pupille se trouvait dans le plan nodal, il serait au contraire trés-considérable si la pupille se trouvait en avant de la cornée. Ce dernier fait peut être démontré expérimentalement. Qu'on regarde une carte de visite, placée à environ 1 M. de distance, à travers un gros trou d'épingle, placé à une petite distance de l'œil. La carte paraît diminuer lorsqu'on fait un effort d'accommodation.
1 De oculi accommodatione expérimenta nova. Berlin 1857. Voir Helmholtz. Physiol. Optik. Ile éd., p. 188.
Fig. 58. T.
Diminution de l'image rétinienne pendant l'accommodation ;
due à la situation de la pupille.
La position de la pupille offre encore un autre avantage, dont Young ne fait pas mention. Qu'on demande à un fabricant d'objectifs photographiques où il faut placer le diaphragme dans un système optique. Il 'répondra que sa place est au plan nodal, car autrement l'objectif ne serait pas rectiligne, c'est-à-dire que l'image d'une ligne droite, située périphériquement dans le champ, ne serait pas une ligne droite, mais une courbe. — Si maintenant on se demande s'il y a des phénomènes analogues dans l'optique de l'œil, on se rappelle une série d'illusions, découvertes par v. Helmholtz, et qui font qu'une droite vue indirectement paraît courbe, tournant sa concavité en dedans. Helmholtz, en partisan déclaré des théories empiriques, a essayé d'expliquer ces phénomènes en les attribuant à une fausse interprétation, mais je crois qu'il a eu tort, car les images rétiniennes semblent montrer la môme déformation. Pendant quelque temps j'ai cru devoir attribuer ces illusions à la position de la pupille en avant du plan nodal, qui doit produire un effet de ce genre. Mais les phénomènes sont trop prononcées pour pouvoir être attribués à cette cause seule, puisque la distance de la pupille au point nodal n'est que de quelques millimètres ; si elle avait été située en avant de la cornée, l'effet aurait été plus grand ; l'illusion est en effet bien plus prononcée, lorsqu'on regarde à travers un gros trou d'épingle. — Je reviendrai ailleurs sur ces illusions, qu'il faut sans doute attribuer pour une forte part à la courbure de la rétine.
D'après les expériences décrites ci-dessus, un changement tant Les muscles soit peu important de la longueur d'axe semble très peu probable, ^t pTs'aiion- D'autre part, il est presque impossible de se figurer par quelle §er le slobe force un tel changement pourrait être effectué. Les muscles droits, combinés avec la substance adipeuse qu'ils entourent, tendraient certainement à aplatir l'œil : car puisque leur contraction doit nécessairement diminuer la circonférence ou la surface de la masse qu'ils contiennent et arrondir toutes ses proéminences, elle doit rapprocher les deux points d'insertion : l'entourage [de l'entrée] du nerf optique et la partie antérieure de l'œil (Fig. 59 et 60). Le docteur
Fig. 59 Fig. 60
Fig. 59. Contours de l'œil et de ses muscles droits en état de repos.
Fig. 60. Le changement de forme qui serait la conséquence de l'action des muscles droits sur l'œil et sur le tissu graisseux derrière lui.
Olbers compare les muscles et l'œil à un cône dont les côtés, convexes au repos, se changent en droites pendant la contraction. Mais cela exigerait une force qui maintiendrait la cornée à sa place, comme à un point fixe, à une distance donnée de l'origine des muscles, force qui n'existe certainement pas.
Il est vrai qu'en forçant l'œil en arrière dans l'orbite [par une forte rétraction], on pourrait l'allonger un peu à cause de la forme conique de l'orbite, mais d'une manière irrégulière, et seulement tant que l'axe visuel garde sa direction naturelle [droit en avant].
Si le regard est dirigé à droite ou à gauche, la même action contribuerait plutôt à raccourcir l'axe. Il faut aussi remarquer qu'il n'y a rien dans l'entourage de l'œil humain, qui puisse occuper la place laissée vide par lui.
Chez les quadrupèdes, les muscles obliques sont plus larges que chez l'homme et ils doivent contribuer à cet effet [d'allonger l'œil?] pour beaucoup de directions de l'axe visuel. Une portion du muscle orbiculaire du globe [M. retractor bulbi] est en effet attachée si près du nerf, qu'elle doit coopérer à l'action : et je n'ai aucune raison de douter de l'exactitude de ce que dit le docteur Olbers, qui assure avoir obtenu un allongement considérable en attachant des fils aux muscles d'yeux de cochons et de veaux. Encore ne dit-il pas dans quelle direction l'axe était fixé et l'hypotonie de l'œil mort doit aussi contribuer à faciliter des changements, qui seraient impossibles chez le vivant. Le docteur Olbers cite une observation du professeur Wrisberg, concernant l'œil d'un homme qu'il croyait dépourvu de pouvoir accommodatif pendant son vivant et chez qui l'autopsie démontra l'absence d'un ou de plusieurs muscles oculaires, mais le défaut d'accommodation était loin d'être prouvé. — J'ai mesuré la distance de l'insertion du petit oblique jusqu'à l'insertion du nerf sur un œil humain ; elle était de 5,lmm (0",2) tandis que sa distance jusqu'à la macula mesurait moins de 2,5mm (0",1). Quoique les muscles obliques, pour certaines directions de l'axe visuel, forment presque un arc de grand cercle autour de l'œil, leur action serait plus apte à l'aplatir qu'à l'allonger. Nous admettrons donc, avec Winslow, qu'ils sont destinés à appuyer l'œil du côté, où les os sont plus faibles ; ils semblent aussi être disposés convenablement pour empêcher l'œil d'être trop retracté par l'action des muscles droits.
Même si l'on ne rencontrait pas de difficultés en essayant d'expliquer comment les muscles peuvent allonger l'œil, quelle que soit sa position, on devrait pourtant s'attendre à observer au moins de petites différences dans l'amplitude de l'accommodation pour les différentes directions du regard, directions qui peuvent
différer de plus d'un angle droit ; mais l'optomètre montre qu'il n'y en a pas.
Le Dr. Hosack1 prétend qu'il pouvait au moyen d'une pression accommoder son œil à des objets rapprochés ; il ne semble pas avoir employé des méthodes bien exactes pour constater ce fait. Si l'observation est juste, la raison doit être cherchée dans une inflexion de la cornée.
Il n'y a pas de raisons pour insister sur l'hypothèse qui admet une action combinée d'un changement de courbure de la cornée et de la longueur d'axe, en même temps. Cette hypothèse jouit d'une grande popularité à cause de la manière ingénieuse et élégante, dont M. Olbers l'a présentée et aussi parce qu'elle fut le dernier résultat des recherches de MM. Home et Ramsden. Mais l'une ou l'autre des deux séries d'expériences que je viens de décrire, semble suffire pour la réfuter.
Je n'ai pas besoin de faire remarquer combien les idées de Young sur l'action des muscles sont loin d'être justes. On sait que la graisse de l'orbite forme comme un coussin incompressible et que l'homme ne peut par conséquent pas rétracter le globe comme certains animaux. Les idées de Young sur l'action des obliques ne sont pas très justes non plus, mais les raisons qu'il donne contre l'hypothèse qui attribue l'accommodation aux muscles externes sont néanmoins valables.