X. Examen des changements du cristallin
Il nous reste maintenant à examiner l'hypothèse qui attribue observations au cristallin le pouvoir de changer le foyer de l'œil. La grande yeuxaphaques objection contre cette hypothèse se base sur l'observation de personnes qui semblent avoir gardé le pouvoir accommodatif, quoique le cristallin ait été enlevé.
Bien que persuadé de l'exactitude des expériences .décrites dans la Croonian lecture de 1795, mon ami M. Ware ne pouvait pourtant pas s'empêcher de croire que l'extraction du cris-
1 PMI. trans. 1794, p. 212.
tallin devait diminuer le pouvoir accommodatif, en voyant l'avantage évident que ses opérés de cataracte trouvaient à employer deux différentes paires de lunettes. C'est cette observation et les indications que le docteur Porterfield avait très bien données pour trancher la question, qui m'ont donné l'envie de répéter ces expériences avec différentes personnes, au moyen de l'instrument que j'ai décrit ci-dessus comme une modification de l'optomètre du Dr. Porterfield : et je dois ici exprimer ma reconnaissance envers M. Ware de la libéralité avec laquelle il a mis à ma disposition ceux de ses nombreux malades qu'il pensait les plus aptes à ces expériences. Il n'est pas nécessaire de donner la liste de toutes ces expériences. Mais le résultat fut le contraire de ce à quoi je m'attendais en commençant mes recherches : la distance focale d'un œil privé du cristallin est absolument invariable.
Les observations suivantes, que j'ai choisies parmi les plus probantes, le montrent avec évidence.
1° M. R peut lire à une distance variant de
quatre à six pouces avec le même verre. Il voyait l'entre-croisement de la ligne double à une distance de trois pouces et toujours au même point. Mais sa cornée était un peu irrégulière et la vision n'était pas très distincte. Je n'avais pas non plus un appareil très convenable à ma disposition à l'époque où je l'ai observé. Plus tard je me servis d'un petit optomètre (Fig. 61 ), muni d'une lentille de moins de deux pouces Fig. 6i de distance focale. Le long de la ligne j'avais ajouté L'échelle du petit une s£rje (je lettres, qui ne suivaient pas l'ordre
optomètre. x
alphabétique ; elles étaient dessinées [en anamorphose] de manière à être aussi visibles que possible sous une faible inclinaison. La forte lentille a l'avantage de rendre les lignes plus divergentes et l'entre-croisement plus distinct ; les lettres servaient
à faciliter l'indication de la distance de l' entre-croisement ; elles permettaient en même temps de juger l'étendue en deçà et au delà de l'endroit de la vision distincte, où les malades pouvaient encore distinguer les objets.
2) L'œil de M. J n'était pas très favorable à l'expérience
[avec la ligne], mais il semblait pouvoir distinguer des lettres à une distance de deux pouces et demi et aussi à moins d'un pouce. Je pensai donc d'abord qu'il possédait encore un reste d'accommodation. Mais plus tard je me souvins qu'il avait reculé son œil considérablement pour voir les lettres rapprochées. Il clignait aussi des paupières et la pupille se contractait sans doute en même temps, car, même dans un œil normal, une telle contraction accompagne toujours le changement du foyer. — Je n'employai pas le curseur de l'optomètre.
3) Miss H , une jeune fille d'environ vingt ans, avait une
très petite pupille ; je n'eus pas l'occasion de l'examiner avec le petit optomètre ; mais quand elle avait vu un objet double à travers les fentes, il ne lui était pas possible, malgré tous ses efforts, de le voir simple, tant qu'il se trouvait à la même distance. Pour voir des objets éloignés, elle se servait d'une lentille de quatre pouces et demi, avec laquelle elle pouvait lire à une distance variant entre douze et cinq pouces. Pour voir des objets plus rapprochés, elle ajoutait une autre lentille de la même force. Avec cette combinaison elle pouvait lire à une distance variant entre sept pouces et deux pouces et demi.
4) Hanson, charpentier, âgé de 64 ans. On avait fait l'extraction de la cataracte à l'un de ses yeux, il y avait quelques aimées. La pupille était grande et noire, et il voyait bien pour son travail avec une lentille de deux pouces et trois huitièmes ; il pouvait lire à huit et à quinze pouces, mais le meilleur endroit était à une distance de onze pouces. — Avec le même verre, les lignes de l'optomètre semblaient toujours se rencontrer à onze pouces ; mais il ne pouvait pas remarquer qu'elles s'entre-croisaient, la ligne étant trop forte, et l'intersection trop éloignée. Plus tard je répétai
l'expérience avec le petit optomètre : il lisait les lettres qui se trouvaient entre deux pouces et trois pouces, mais l'entre-croisement des lignes se trouvait toujours à deux pouces et demi.
Il comprenait maintenant parfaitement, de quoi il s'agissait et voyait F entre-croisement avec une netteté parfaite. Une seule fois il indiqua F entre-croisement des lignes à un dixième de pouce plus près, mais je remarquai qu'il avait reculé son œil du verre, de deux ou trois dixièmes de pouce, ce qui suffit pour expliquer la petite différence.
5) Malgré l'âge de Hanson, je le considère comme un sujet se prêtant très bien à ces expériences. Mais l'œil de Mrs. Maberly était encore plus irréprochable. Elle a environ 30 ans et a été opérée par extraction, il y a quelques années ; l'œil droit est le meilleur. Elle sort sans verres et lit et travaille facilement avec un verre d'environ quatre pouces. Dans le petit optomètre elle pouvait distinguer les lettres qui se trouvaient entre un pouce et deux pouces et demi, mais l'entre-croisement se trouvait toujours au même point, à environ un pouce et neuf dixièmes.
Une partie de la capsule traversait la pupille et lui faisait voir les objets éloignés dédoublés, lorsqu'elle les regardait sans lunettes. Aucun effort ne pouvait alors rapprocher les deux images, mais elle pouvait les rendre plus distinctes, sans doute par la contraction de la pupille. Les expériences avec F optomètre furent faites en présence de M. Ware et exécutées avec beaucoup de patience et de persévérance ; elle n'était pas prévenue de ce qu'elle devait voir, pour ne pas influencer sa réponse.
En considérant combien il est difficile de trouver un œil qui
se prête bien à ces expériences, on doit trouver ces preuves assez
critique satisfaisantes. Mais puisqu'un argument positif compte plus que
d'observations , -, , .„ ,.. . , . , . „ , ., , ,
antérieures beaucoup de îiegatits, pourvu qu il soit bien vernie, il est nécessaire d'examiner les preuves d'après lesquelles on a cru devoir attribuer du pouvoir accommodatif à l'œil de Benjamin Clerk, dans la Croonian lecture de 1794 ; et il me semble que la distinction entre la vision distincte et la vision parfaite, établie depuis
longtemps par le docteur Jurin, suffit pour réduire toutes ces preuves à rien. Il est évident qu'on n'a pas besoin de changer le foyer de l'œil pour rendre la vision distincte à une distance quelconque, si l'on regarde à travers une ouverture suffisamment petite, pourvu qu'elle laisse passer une quantité suffisante de lumière. Or, il est à remarquer que, comparée à l'autre œil, l'ouverture [pupillaire] de l'œil opéré était considérablement réduite. Avec une ouverture [pupillaire] de l,9mm [VV] Benjamin Clerk pouvait lire à V/s" et à 1" avec le même verre. Moi, je peux lire à un pouce et demi et à trente pouces avec la même ouverture, et en maintenant mon œil en état de repos complet, je peux lire à une distance de deux pouces et un quart, ce qui correspond à une différence aussi grande que celle qui fut observée pour l'œil de Benjamin Clerk. — Il n'est pas non plus sans importance de noter que Sir Henry Englefield, ainsi que les autres observateurs, étaient très étonnés de l'exactitude avec laquelle l'œil se montrait toujours adapté pour la même distance dans les différentes expériences auxquelles il fut soumis. Cette circonstance rend déjà très probable que la vision n'était parfaite qu'entre des limites très étroites.
Jusqu'à présent j'ai essayé de montrer les inconvénients des Preuves autres hypothèses et d'écarter les objections contre l'idée d'un racc0mmO(]a changement de forme du cristallin. Maintenant je décrirai deux expériences qui, d'une part ne sont pas loin de valoir des preuves mathématiques de l'existence d'un tel changement, et qui, d'autre part, expliquent en grande partie son origine et la manière dont il s'effectue.
J'ai déjà décrit les formes sous lesquelles on voit un petit point lumineux observé successivement à différentes distances de l'œil non accommodé. Ici je rappelle seulement que lorsque le point se trouve en dehors du foyer le plus éloigné [remotuni], il prend la forme qu'on désigne en général comme celle d'une étoile, la partie centrale étant bien plus lumineuse que le reste (Fig. 43 — 46). Lorsque l'œil diminue sa distance focale, l'image imparfaite s'agrandit ; mais, outre cette conséquence nécessaire, on remarque,
lion crïstallinieruii
droit.
Fig. 45 Fig. 6"2