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de la cliarité ; mais cette charité était imparfaite, à cause d'une affection plus basse qui se mêlait avec elle. C'est ce que nous voyons clairement au chapitre xvi de saint Matthieu.
« Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant, )> s'écrie cet apôtre : Tu es Christus, Filius Dei vivi. 11 dit cela, non seulement avec beaucoup de lumière, mais avec beaucoup d'ardeur. C'est pourquoi il est heureux, BeaUhs \ parce qu'il avait la foi, et la foi opérante par la charité. C'ette ardeur ne tenait rien de la terre ; la chair et le sang n'y avaient aucune part : Caro et saiiguis non rcvelavit tihi ^. Mais voyons ce qui suit après.
Jésus-Christ, voyant sa gloire si hautement confessée par la bouche de Pierre, commence, selon son style ordinaire, à parler de ses abaissements : « Dès lors, il déclara à ses disciples qu'il fallait qu'il souffrît beaucoup et qu'il fût mis à mort : Exinde cœpit Jésus ostendere discipulis suis, quia nporteret eum... vuilia pati..., et occidi^ . » Et aussitôt ce même Pierre, (jui avait si bien reconnu la vérité en confessant la grandeur du Sauveur du monde, ne la peut plus souff'rir dans ce qu'il déclare de sa bassesse : a Sur quoi Pierre, le prenant à part, se mit à le reprendre en lui disant : A Dieu ne plaise, Seigneur ! cela ne vous arrivera pas : Cœpit increparc iUum : Ahsit a te, Domine ! non erit tibi hoc *. » Ne voyez-vous pas, Ciirétiens, qu'il n'aime pas Jésus-Christ comme il faut ? 11 ne connaît pas le mystère du Verbe fait chair, c'est-à-dire le mystère d'un Dieu abaissé. 11 confesse avec joie ses grandeurs, mais il ne peut supporter ses humiliati^ons : de sorte qu'il ne l'aime pas comme sauveur, puisqt:?e ses abaissements n'ont pas moins de part à ce grand ouvrage que sa grandeur divine et infinie. Quelle est la cause de la répugnance qu'avait cet apôtre à reconnaître ce Dieu abaissé ? C'était cette tendresse naturellv^ qu'il avait pour le Fils de Dieu, par laquelle il le voulait voir honoré à la manière que les hommes le désirent. C'est pourquoi le Sauveur lui dit : Retire-toi de moi, Satan, tu m'es à scandale ; car tu n'as pas le sentiment des cho-