‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 130 sur 552 · SUR LX PRÉDICATION ÉVANGÉLIQUE · texte numérisé non relu

SUR LX PRÉDICATION ÉVANGÉLIQUE

26 février 1G62.

Cette fois encore, 'le sermon ' n été rédigé avec un soin assez insolite chez Bossuet avant cette époque. Nous avons une mise au net presque complète. Le début du troisième point est un emprunt au brouillon, qu'on reconnaît, entre autres signes, à son encre plus rouge. Ailleurs, on voit des traces d'une autre revision qui, pour certaines pages, a précédé la leçon définitive. Tant d'aiiplication aurait-elle été en pure perte .' et faut-il admettre, avec Gandar, que, malgré les améliorations de détail, Bossuet, en reprenant ce sujet déjà traité dans le Carême des Carmélites, mais au second dimanche, ce n'a pas toujours réussi, je ne dirai pas à se surpasser, mais à se retrouver égal à lui même ? T) On ne conteste pas toutefois d'heureuses modifu-ations, « pour corriger ce qu'il y avait de trop artificiel dans la division, et, du même coup, donner aux trois points du sermon im objet plus distinct, un ordre plus rigoureux et des proportions plus exactes ^. » Pour moi. je suis surtout touché de ce que ce discours a gagné en solidité ; et j'y vois une admirable préface non seulement à tous les carêmes, mais à tous les sermons du monde. J'ai dii y corriger certains passages défigurés par les étiiteurs : quelques uns avaient précisément été acceptés de confiance par Gandar dans ses citations.

Non in solo pane vivit homo, sed in omn» verbo qu«d procedit de are Dei.

L'homme ne vit pas seule-

ment de pain, mais il vit de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.

(.Matth., IV, 4.)

C'est une clio.«!e surprenante que ce grand silence de Dieu parmi les désordres du genre humain. Tous les jours ses conuiiandements sont méprisés, ses vérités blasphémées, les droits de son empire violés ; et cependant son soleil ne s'éclipse pas sur les impies, la pluie arrose

1. Mf-, l'r. |-28-.':\ f^ 7i>-S-J. 2. Bosftwl orateur, p. 101-107.

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leurs champs, la terre ne s'ouvre pas sous leurs pieds ; il voit tout, et il dissimule ; il considère tout, et il se tait. Je me trompe, Chrétiens, il ne se tait pas ; et sa bonté, ses bienfaits, son silence même est ^ une voix publique qui invite tous les pécheurs à se reconnaître^. Mais, connue nos cœurs endurcis sont sourds à de tels propos, il fait résonner une voix plus claire, une voix nette et intelligible, qui nous appelle à la pénitence. Il ne parle pas pour nous juger, mais il parle pour nous avertir ; et c'est cette parole d'avertissement qui retentit en ce temps dans toutes les chaires, c'est elle ^ qui nous est présentée* dans notre évangile, pour nous servir de nourriture dans notre jeûne et de soutien ^ dans notre faiblesse : Non in solo pane vivït homo, [sed in omni verho quod procedit de are Dei.] J'ai dessein^ aujourd'hui de vous préparer à recevoir saintement cette nourriture innnortelle. Mais, ô Dieu ! que serviront mes paroles, si vous-même n'ouvrez les cœurs, et si vous ne disposez les esprits des honnnes à donner l'entrée à votre Esprit-Saint? Descendez donc, ô divin Esprit! et venez vous-même préparer vos voies. Et vous, ô divine Vierge, donnez-nous votre secours charitable, pour accomplir dans les cœurs l'ouvrage de votre Fils bien-aimé : nous vous en prions humblement par les jiaroles de l'ange : Ave.

[P. 1] Jésus-Christ, Seigneur des seigneurs, et Prince des rois de la terre, quoique élevé dans un trône souvelainement indépendant, néanmoins, pour donner à tous les monarques qui relèvent de sa puissance l'exemple (le modération et de justice, il a voulu lui-même s'assujfltif aux règlements qu'il a faits et aux lois qu'il a étal)lies.

1. Bossnet était tenté démettre île l'Évangile sont cliargés de vous sont; il eflface ce pluiie' annoncer durant cette (sainte ijua-

2. Var. : k se converti ■ rantaiue ; c'est elle qui nous est [né- :{. rremiére rédaction (effacée) sentée... » — Texte des éditions.

(I ... et cette parole d'avertissement -' Var. : montrée, — donnée,

qu'il fait retentir dans toutes les 5. Dans le texte : de nourriture

chaires, doit servir de préparatif dansnotrejeune ; et de délices (ra/-.;

(rar. ; préparatoire) à son jugement soutien) dans notre abstinence, de

redoutal;le. C'est, Messieurs, cette soutien dans notie faiblesse,

jiarolo de vérité que les prédicateur» t> Var. ; Je me propose.

174 CAKÊME DU LOUVRE.

11 a ordonné, dans son livangile, que les voies douces et amiables précédassent toujours les voies de rigueur, et que les pécheurs fussent avertis avant que d'être jugés. Ce qu'il a pi^escrit, il l'a pratiqué : car, ayant, comme dit l'Apôtre \ établi un jour dans lequel il doit juger le monde en équité, il dénonce auparavant à tous les pécheurs qu^U[s\ fassent une sérieuse pénitence'^ : c'est-à-dire qu'avant Cjue de monter sur son tribunal pour condamner les coupables par une sentence rigoureuse, il parle premièrement dans les chaires, pour les ramener à la droite voie par des avertissements charitables.

C'est en ce saint temps de pénitence que nous devons une attention extraordinaire à cette voix paternelle^. Car, encore qu'elle mérite en tout temps'* un profond respect, et que [cel soit toujours un des devoirs de; plus importants de la piété chrétienne que de dormer audience aux discours sacrés^, c'a été toutefois un sage conseil de leur consacrer un temps arrêté par une destination particulière, [p. 2] afin que, si tel est notre aveuglement que nous abandonnions presque toute notre vie aux pensées de vanité qui nous emportent, il y ait du moins quelques jours dans lesquels nous écoutions la vérité qui nous conseille charitablement avant que de prononcer notre sentence, et qui s'avance à nous pour nous éclairer avant que de s'élever contre nous pour' nous confondre ^ .

Paraissez donc, ô vérité sainte ! faites la censure pu- ])lique des mauvaises mœurs, illuminez par votre présence ce siècle obscur et ténébreux, brillez aux yeux des fidèles^, afin que ceux qui ne vous connaissent pas vous entendent, que ceux qui ne pensent pas à vous vous

1. Act. XVII, 30, 31. — Ms. : 33. 3. Édit.: qui nous avertit. — Sou-

2. Le latin en marpe : Xunc an- ligné, c'est-à-dire supprimé, au nia- ,i>intiat (oynnibtis) hominibtts ut om- nuscrit.

vs nl/iquepa'7illentiai7i aoant.cnquod 4. Var. : tonjonrs. — Mot réservé ft'ititk dicm in q>to judicatunis est pour la suite de la phrase. tirhem in œquiiate. — Renvoi aux 5. Var. : donner audience aux dis- Actes, xvn, 33, avec cette note : cours sacrés soit toujours un des (1 Aréopage », jiour rappeler Ten- devoirs...

droit où saint Paul prononça ce 6. Var. : qui s'avance pour..., — ^

discours. Omnibus n'est pas dans la avant que de s'élever pour... Vulgate, mais correspond au texte 7. Var. : convaincre,

grec. 8. A'ar. : mortels.

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regardent, que ceux qui ne vous aiment, pas- vous embrassent.

Voilà, Chrétiens, en peu de paroles, trois utilités principales de la prédication évangélique. Car ou les hommes ne connaissent pas la vérité, ou les hommes ne pensent pas à la vérité, ou les hommes ne sont pas touchés de la vérité : quand ils ne connaissent pas la vérité, parce qu'elle ne veut pas les tromper, elle leur parle pour éclairer leur intelligence ; quand ils ne pensent pas à la vérité, parce qu'elle ne veut pas les surprendre, elle leur parle pour attirer leur attention ; quand ils ne sont pas touchés de la vérité, parce qu'elle ne veut pas les condamner, elle leur parle pour échauffer leurs désirs et vixciter après elle leur affection languissante.

[P. 3] Que si je puis aujourd'hui mettre dans leur jour ces trois importantes raisons, les fidèles verront clairement combien ils doivent se rendre attentifs à la prédication de l'Évangile; pai'ce que, s'ils ne sont pas bien instruits ^, elle leur découvrira ce qu'ils ignorent; et, s'ils sont assez éclairés, elle les fera penser à ce qu'ils savent ; et, s'ils y pensent sans être émus, elle " fera entrer clans le fond du cœur ce qui ne fait qu'effleurer la sui'face de leur esprit. Et connue ces trois grands effets comprennent tout le fruit des discours sacrés, j'en ferai aussi le sujet et le partage de celui-ci, qui sera, comme vous voyez, le préparatif nécessaire et le fondement de lous les autres.

Premier Point.

Ct)nnne la vérité de Dieu, qui est notre loi immuable, a deux états différents, l'un qui touche le siècle présent, et l'autre qui regarde le siècle à venir, l'un où elle règle la vie humaine, et l'autre où elle la juge^, le Saintl*'sprit nous la fait paraître dans son Écriture sous deux visages divers, et lui donne des qualités convenables à l'un et à l'autre. Dans le psaume cxviii, où David parle si bien de la loi de Dieu, on a remarqué, Chrétiens, qu'il l'appelle tantôt du nom de commandement, tantôt de

1. Var. : s'ils sont mal instruits. afin que la phrase, plus dégagée, se

9. Kdit. : le Saiut-Esprit agissant retienne plus faiilement. Surcha >\çe

par Torgane de ses ministres, elle... hiacliçvét : elle les fera entrer...

— Bûssuet supprime cette incise, 3. Édit. : aus.si. — Supprimé.

celui (le conseil; c|uelr|uelois il la nomme un jusement, et quelquefois un t('inoir;na!j,e. Mais encore ((ue ces quatre titres ne signifient autre chose que la loi de Dieu, toutefois il faut observer que les deux premiers lui sont j)ro])res au siècle où [p. 4] nous sommes, et que les deux autres lui conviennent mieux dans celui que nous attendons.

Dans le cours du siècle ])résent, cette même vérité de Dieu, qui nous paraît dans sa loi, est tout ensemble un commandement absolu et un conseil charitable. Elle est un commandement qui enferme la volonté d'un souverain, elle est aussi un conseil qui propose l'avis d'un ami. Elle est un commandement, parce que ce souverain * y prescrit ce qu"exige[nt] de nous les intérêts de son service^ ; et elle mérite le nom de conseil, parce que cet ami y expose ce que ^ demande le soin de notre salut. Les prédicateurs de l'Évangile font paraître la loi de Dieu * dans les chaires en ces deux augustes qualités : en qualité de commandement, en tant Cju'elle est nécessaire et indispensable; et en qualité de conseil, en tant cju'elle est utile et avantageuse. Que si, manquant par un même crime à ce que nous devons à Dieu et à ce que nous nous devons à nous-mêmes, nous méprisons tout ensemble et les ordres de ce souverain et les conseils de cet ami, alors cette même vérité prenant en son temps une autre l'orme, elle sera un témoignage pour nous convaincre, et une sentence dernière pour nous condamner : «La parole que j'ai prêchée, dit le Fils de Dieu, jugera le pécheur au dernier jour : Sernio qiiem l'go locutus siiin, ille judicabït eum in novissîmo d'w^. ("est à dire f[ue ni on [p. 5j ne recevra d'excuse, ni on ne cherchera de tempérament. La parole, dit-il, vous jugera : la lui elle-même fera la sentence, selon sa propre teneur, dans l'extrême rigueur du droit ; et de là vous . devez entendre que ce sera un jugement sans miséricorde.

1. Var. : parce que Dieu. ami sincère ce que... — Edit. : (( cet

2. Var. : ce qu'il cxi.a:e de nous ami y expose en ami sincère.... » pour les intérêts <le sa gloire. — Les bizarre amalgame des deux rédacéiliteurs n'ont fait (|ue la moitié de tions.

la correction. 4. Var. : la vérité.

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