‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 178 sur 552 · I.Sap., Ti, 7. î. Hebr., VI · texte numérisé non relu

I.Sap., Ti, 7. î. Hebr., VI

2'ji (AHRMK \)L I.OUVRK.

tril)iiii,Tl, rt (rar. : on) luênie Tiniquité sur {rnr. : dans) le trôiio, où la seule justice doit être placée. Sans doute cette jjiace ([u'oc<;upe le crime est assez auguste et assez éminente (rar. : «-'était, ce seml>l(\ monter assez haut). Que pouvait jicnser Salonion en considérant un si prand désordre ? (^uoi .' f|ue Dieu ai)andonnait les ciioses humaines (rar. : que les aft'aires humaines étaient sans conduite et sans jugement) f Au contraire, ajfiute t-il aussitôt après, c'est cela même tpji me fait dire (rar. : tlit ce sage prince, aussitôt j'ai dit) en mon cœur: Dieu jugera le juste et l'impie, et alors ce sera le temps de chatpie chose (rar. : de toutes choses, — chaque chose aura son temps) : Et tetyipug omnis rei tune eiil (Eccl., m, 17).

\'^oici. Messieurs, un raisonnement digne du plus sage des hommes. Il découvre dans le genre humain ilrte extrême <'onfusion, puisque, n'y ayant rien de {ilus ennemi que la justi<'e et l'initjuité, celle-ci occni)e si souverrt la place de l'autre et laisse (rar. : laissait) la vertu méi)risée. D'ailleurs, il voit éclater (rar. : voyait reluire) ime si divine sagesse (rar. ; tant d'ordre) dans tout le reste du monde ((ue rieu ne lui fiaraissait plus extravagant que de croire (pie luitre nature, qui est la seule (|ue Dieu a faite à sa ressendiiauce. soit la seule fju'il laissât errer sans < (induite au irré du hasard et de la fortune. Ainsi, (onvaincu par raison (pi'il doit y avoir tle l'ordre parmi les hommes, et voyant par exi)érience (pi'il n'est pas eni ore établi, il attend avec patience ce jour bienheureux dans lequel Dieu, séparant encore une fois la lumière d'avec les ténèbres, mettra par im dernier jugement la justice et l'imiiiété dans les places qui leur sont dues ; et « alors, dit ce sage i)rince, ce sera le temps de toutes choses : Et Icmpu.i nmn'iH rei tune erit. »

l'rrniirri' icJiii'lidii dr la iiaifc ?;'i' ; | incieu 7, |i. ^. fin|. \'oilà donc le mystère du conseil de Dieu, voilà cette grande maxime d'état (h; la poiiticjue du ciel. Dieu nous a formés dans le temps jiour nous | [t. 8J faire passer à l'éternité. Ainsi, pour nous tenir toujours en attente et dans un dessein de passage, il nous introduit dans le monde où il nous fait paraître un ordre admirable pour montrer (pie son ouvrage est conduit avec sagesse, où il laisse de dessein formé quelque désordre apparent pour montrer qu'il n'y a pas mis encore la dernière main. L'ordre que nous y voyons, il faut l'admirer; celui que nous ne voyons pas, il faut l'attendre, et nous écrier avec le Sage, ce que je ne me lasse point de vous dire, ce (jue vous ne devez point vous lasser d'entendre ; o Donc Dieu jugera le juste et l'impie, et alors ce sera le temps de chaque chose ; Et iempus... »

[p. 8| Non, les choses ne sont pas encore en leur place fixe, elles n'ont pas encore leur temps arrêté. Lazare souffre encore, quoique innocent ; le mauvais riche, (pioique criminel, jouit encore de quehpie repos. Cet état est violent, et ne peut pas durer longtemps. Ni la peine, ni le repos ne sont pas encore où ils doi- Tent être toujours (rar. : à jamais). Mais attendez encore un moment, et les chose» se démêleront d'elles-mêmes ; Lazare et

Sl'H LA PHOVIDENCE. 235

lo mauvais richo iront tons deux à la maison de lenr éternité: i>t alors ((nel étrancre ciianjiement, et qnel nonvel ordre de clioses ! « .Mon fils, tu as reçn des biens en ta vie, et Lazare aussi a reru les maux : Fili,... reccpisti... « vSous im Dieu si i)on et sous un Dieu si juste, une telle confusion ne )wuvait pas être éternelle. .Mais Dieu avait ses raisons tirées d'une sagesse profonde, ("était encore le temps de souffrir les criminels pour les inviter [p. l)j à se repentir ; c'était le temps d'éprouver les ju.ste.s jiour les exercer par la souffrance. « Mais maintenant, poursuit Abraham, i^inic aviem, » maintenant, dans ce grand jour de l'éternité, maintenant que la mort vous ayant tirés de la loi des changements et des temps, vous êtes enfin arrivés tous deux à l'état de la consistance, jrunc autetn, maintenant, une autre disposition va se (var. : se va) commencer, et la peine ne sera |)lus séparée du coupable qui l'a méritée, ni la consolation refusée au juste qui l'a si fidèlement attendue (i-ar. : et la consol.alion éternelle ne mancjnera plus à l'homme de bien qui l'a fidèlement espérée) : Nioïc (uitcm hic couKoUilur, (ii vcro cnicians. fil. '.•! C'est ainsi que la confusion de la vie présente se débrouillera clairement dans la vie future. Ce mystère est caché, -Messieurs ; mais il se découvrira en son temps. Il ne fait jioint encore paraître le discernement entre les bons et les impies, jiarce (|u'il a choisi un jour où il veut le faire paraître tout entier à la face de tout l'univers, quand le nombre en (rai: : des uns et des autres) sera complet. C'est ce qui fait dire à Tertullien ce» excellentes paroles : « Dieu, dit-il, ayant remis le jugement à la fin des siècles, il ne précipite pas le discernement, (jui en est une condition nécessaire: Qund semel s'Ierunni judiciiiin dcxtiimvit post scodi finon. von pra'ciiiilnt diacrctioncm. » « Il se montre presque égal sur toute la nature humaine ; et les biens et les maux qu'il envoie en attendant sur la terre sont communs à ses ennemis et à ses enfants :'v7:/'(/i(o/(.s est intérim sii}ier omnr lii)))iinum ifcniis, et induhjciis cl increpani< ; communia vnhiil ( .v.s'c cl commoda profayiia el incommoda xnix. » f .1 ;»<)/o(/., n. 11). |p. 10] Oui, c'est la vérité elle-même (|ui lui a dicté cette pensée, car fn'avez-vous pas remanjué... ?| — Suivez dans la deuivième rédaction, jusqu'à : wternvi< es/o.)

Première rcduction de la page ?:'■;. [p. 10 lin] : .Mais, de peur que vous ne croyiez que. devant le terme de ce dernier jour où les choses sont démêlées, elles aillent, en attendant, en quelque désordre, admirez encore un autre secret de la iirovidence divine, et voyez comme elle dispense les biens et les maux (var. : admirez la sage dispensât ion qu'elle fait des i)iens et des maux) avec une équité admirable fondée sur la nature des uns et des autres.

Il y a donc deux sortes de biens et de maux : il y a les bien» et les maux mêlés, qui peuvent en quelque sorte changer de nature (var. : i\\\\ dépend<^nt de l'usage (pi(> nous en faisons) : ])ar exemple, la maladie est un mal (|ni peut tourner en bien par la patience, conune la «anté est un bien (pu peut être change

23t) fAHKMK l)f I.OrVRK.

en mal, en favorisant la fléh;iii<he. ("e^l ce qiip i'appp'lp les biens pt les maux mêlés, qui participent de la nature du bien et du mal, suivant l'usage où on les applique. Mais il y a, outre fêla, le bien souverain, qui jamais ne pout (>tre mal. romnio la félicité éternelle ; et il y a aussi certains maux extrêmes qui ne peuvent tourner en bien à ceux qui les souffrent, comme les supplices des réprouvés.

fp. 12, ancien I Après cela. Chrétiens, (rar. : cette distinction étant supposée), il est bien aisé de comprendre (|ue ces l»iens et ces maux suprêmes appartiennent au temps du discernement jrénéral, où les bons seront séparés pour jamais de la société des impies, et que ces iiiens et ces maux mêlés sont distribués avec écpiité dans ce mélanjie où nous sommes. Car il fallait certainement, dit saint .Vugustin, que la justice divine prédestinât certains biens aux justes auxquels les méchants n'eussent point de part, et, de même, qu'elle préparât aux riiéchants des peines dont les bons ne fussent jamais tourmentés. C'est ce qui fera dans le dernier jour un discernement éternel. Mais, en attendant ce temps limité, dans ce siècle de confusion où les bons et les méchants sont mêlés ensemble, il fallait que les biens et les maux fussent communs aux uns et aux autres, afin que le désordre même tint les hommes toujours suspendus dans l'attente de la décision dernière et irrévocable.

Ha ! que le saint et divin Fsalmiste a célébré {rar. : chanté) divinement sur sa lyre cette belle distinction de biens et de maux ! .l'ai vu, dit-il, (p. li ancien] dans la main de Dieu une coupe remplie de trois liqueurs, Calix in manu Dnmivi : il y a premièrement le vin pur, rttii meri ; il y a secondement le vin mêlé, pletum mirlo : enfin il y a la lie : fsp.r ejuH non efi e.rinnniln (Ps. Lxxiv, 9). Que signifie ce vin pur, sinon la joie de l'éternité, qui n'est altérée par aucun mal ? Que veut dire cette lie, sinon le supplice des réprouvés, qui n'est jamais tenipéré d'aucune douceur r Et que représente ce vin mêlé, sinon ces biens et ces maux que l'usage peut faire changer de nature, tels que nous les éprouvons dans la vie présente ? () la belle^distinction des biens et des maux que le Prophète a chantée ! Mais 1» sage dispensation que la Providence en a faite ! Ici, durant le temps du mérite, les biens dont les sages savent profiter, pen dant que les méchants ou abusent ((•(()■. ; Ici, les biens et les maux mêlés...). Mais ces temps de mélange finiront. Venez,, esprits purs, esprits innocents, venez boire le vin pur de Dieu, sa félicité sans mélange. Et vous, ô méchants endurcis, méchants éternellement séparés des justes, il n'y a plus pour vous de félicité, plus de danses, plus de banquets, plus de jeux : vous boirez toute l'amertume de la vengeance divine : liihent omnes peccatores terrœ.

[P. l'é ancien] O ! que vos œuvres sont grandes !... » (comme (Jan$ la seconde rédaction).

Pronièrr rédaction (f° ISS, v") dp la }>agc ??/" ; fp. 14 ancien]. Mais, comme alors il sera trop tard pour profiter d'une connaisssn-

ce si nécessaire, prévenons l'heure destinée par une pieuse méditrttiun : mettons nous en esprit dans ce dernier jour, et du pied de ce tribunal devant lequel nuus cuuiparaîtrons, cuntemplons les choses humaines. Dans cette crainte, dans cette épouvante, dans ce silence universel de toute la nature, avec quelle dérision sera entendu le raisonnement des libertins qui s'endurcissaient {var. : s'affermissaient) dans le crime, en voyant d'autres méchants iml)unis ! Eux-mêmes s'étonneront comment, au contraire, ils ne voyaient pas que [p. 15 ancien] cette impunité les avertissait de la sévérité de ce dernier jour. Car, encore que Dieu ait fait voir dans la vie présente presque à tous les siècles des exemples de sa juste vengeance, je ne crains point de le dire, que ces châtiments exem- .plaires qu'il exerce sur quelques-uns ne nous doivent pas sembler si terribles que l'impunité de tous les autres. Si Dieu n'avait épargné aucun criminel, cette erreur (var. : notre aveuglement) aurait quelque excuse, de n'avoir pas attendu (rar. : si nous n'avions pas attendu) un autre discernement plus terrible. Maintenant que nous sommes instruits par sa parole, et de plus avertis par sa patience, convaincus par les choses mêmes et par Tordre de tous ses desseins, quel sera notre aveuglement {var. : notre folie), si nous ne demeurons persuadés qu'un conseil su- ))érieur et éternel préside aux affaires hmnaines ; que, s'il nous paraît quelque désordre dans la vie présente, c'est afin de nous tenir en attente de la vie future ; et qu'enfin, puisque nous sommes si bien gouvernés par la sagesse divine, ce doit être notre iini()ue application de prendre des sentiments dignes d'une si haute loniiuite.

CARÊME DU LOrVRE. ni* DIMANCHE,

Page 1