‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 181 sur 552 · Ces treize mots ont été sou · texte numérisé non relu

Ces treize mots ont été sou

240 CARÊME DU LOLVKE.

et vivez en roi cluétieiu II y a un Dieu dans le ciel, qui veiige les péchés des peuples, mais surtout qui venge les jiéchés des rois. C'est lui cjui veut que je parle ainsi ; et, si Notre Majesté l'écoute, il lui dira dans le cœur ce que les hommes ne peuvent pas dire. Marchez, ô grand roi, constamment sans vous détourner, par toutes les voies qu'il vous inspire ; et n'arrêtez pas le cours de vos grandes destinées, qui n'auront jamais rien de grand, si elles ne se terminent à l'éternité bienheu reuse \

1. Tar. : qui doivent se terminer à l'éternité bienheiireu!=e.

CARÊME DU LOUVEE. TV- Si::M\'\E.

SKRMON SIK J;A.\1BITI(JN.

IS) mars hV;!.

Candar exprime quelque part (Bossuct nrnic\ty, p. ?,9C. n. 4) la crainte que la fête de saint Joseph n"ait empêché l'urateur dt [irêcher sur l'évangile du jour. Si le présent discours ne put être pronomré, ce que certaines expressions du sermon sur les iJecuin /les rois, au dimanche des Rameaux, tendraient à faire croire. (•e fut pour quelque autre raison que nous ignorons. Les dimanches de Carême sont ])rivUé<fH'g dans la liturgie : ils ne cèdent la place fju'à ime fête de première classe : celle de saint Joseph n'était pas encore élevée à ce rite.

Quoi qu'il en soit, ce sermon, destiné à la cour, fut incontestablement composé pour le (!arême du Louvre. 11 est postérieur au Carême der; Carmélites, jmisque l'auteur emprunte maVériA- Ic nie lit plus de la moitié de son premier point à la rédaction de KiOl. D'autre part, on ne peut le reculer jusqu'en 166G, puis- (|u'une jjage (14<= du nis.) contient des additions de cette date, ^t■nsil)lemeut différentes du corps du discours. Il existe, du reste. (|ue](|nes pages de 1C66 sur ce sujet, et nous les donnerons dans le v(jlume suivant ; elles se distinguent, comme toujours, au preiiîier coup d'ail, de celles de J6G2.

Ce dis*-ours, in>provisé sur le papier^, ne se compose guère que de réminiscences de ceux de lOGl et de IGGO pour le même dimanche. L'auteur n'a eu h se recueillir ()ue jiour l'exordr et la péroraison.

Jésus ergn, ciim cognovisset qtiia ventvri essent 2 nt râpèrent eum et facerent eum regem, fiu/it •* iternm in montem ipue aiiiiiy.

Jésus, ayant connu que tout le peuple viendrait pour l'enlever et le faire roi. s'enfuit .à la montagne tout seul.

(Joan., VI. 1.').)

1. Mv IV. 12g-.>-.'. f. .^14-3•29. Tu-4. 3. Deforis ei tous les édit* iirs ;

avec iiKiitie. suiriit. — Cette fois, le ludmiscrit

"2. M*. : ciaiit. — En Itjtll. l'auteur porie iAen fuffit. et la leçon de Boa-

àvaii transcrit ce texte aveoexacti- ïu«t «»t celle de là Vulgate. tilde.

Sermon? de Bn^siiet. — TT. 16

i.*2 r\HF.MK. 1)1 !()( \ KE.

Je reconnais Jésus-Christ à cette fuite généreuse, qui lui t'ait tiienlier dans le désert un a>ilf «.•outre les lionneurs (ju'on lui prépare. Celui qui venait se charger d'opprobres devait éviter les grandeurs humaines ; mon Satixeur ne coiuiaît sur la terre aucune sorte d'exallation que celle qui l'élève à sa croix', et conujie il s est avancé cpiand on eut résolu son supplice, il était de son esj)ril de prendre la fuite pendant (ju'on lui destinait un tiôiie.

Cette tuile soudaine et préci])itée de Jésus-Christ dans une montat^ne déserte, où il veut si peu être découvei't cjue l'évangéliste remarcpie qu'il ne souffre personne en sa compagnie, ipse soins, nous fait voir (|u'ii jse sent pressé de quelque danger extraordinaire ; et, connue il est tout-puissant et ne peut rien craindre pour lui-même, nous devons conclure très certainement. Messieurs, que c'est pour nous [qu'ilj appréhende.

Et en efîet. Chrétiens, lorsqu'il frémit, dit saint Augustin, c'est ([u'il est indigné contre nos péchés ; lorsqu'il est troublé, dit le même Père, c'est qu'il est énni de nos maux : ainsi, lorsqu'il craint et qu'il prend la fuite, c'est qu'il appréhende pour nos périls. Il voit dans ' sa prescience en combien de périls extrêmes nous engage l'amour des gi'andeurs : c'est pourfiuoi il fuit devant elles pour nous obliger à les craindre ; et nous montrant par cette fuite les terribles tentations qui menacent les grandes fortunes, il nous apprend ensem- ]>le ' que le devoir essentiel du chrétien, c'est de réprimer son ambition. Ce n'est j)as une entreprise médiocre de })rêcher cette vérité à la cour, et nous devons plus

1. L'orateur, après un premier }ia» ce membre île phrase, se teriiiitlébiit raturé, auquel il est eni^uite nait en revanche par cette belle (<\\revenu. ava't été tenté de commen- jifisition : « ... >x conune il s'i'<i cer par cette pensée: (( Mon San- avancé lui-même, lorscju'on a résolu Teur ne connaît sur la terre aucune de le mettre eu croix (var. : lorssorte d'exaltation que... » 11 ne (pron a résolu son supplice. — sa faudrait pas. comme on l'a prétendu. }ierte). il était de son esprit de )irpn- ]a ranger parmi les concetti : elle dre 1^ fuite lorsqu'on a voulu l'éiefst très sérieuse, et doit se prendre ver au trône. » au pied de lu lettre. Bossuet toute- "2. \:\v. : en.

fois a cru en définitive devoir la ?,. Kdii. : tout ensemble. — Tout

prépaier par ce qui précède. — La est souligné, i-'est-à-dire effacé, an

première rédaction, qui ne contenait me.

si;r l'ambition. 243

que jamais demander la grâLv du Saint-Esprit par l'interfes|sion de la sainte Vierge: .li't'. |

C'est vouloir ^ en quehjue sorte déserter ^ la cour que de combattre l'ambition, qui est l'âme de ceux qui la suivent ; et il pourrait même sembler que c'est ravaler'^ la majesté des princes que de décrier les présents de la fortune, dont ils sont les dispensateurs. Mais les souverains pieux veulent bien que toute leur t>loire s'efface en présence de celle de Dieu; et, bien loin de s'offenser que l'on diminue leur puissance dans cette vue, ils savent cju'on ne les révère jamais plus profondément que lorsqu'on ne les rabaisse qu'en les comparant avec Dieu. Ne craiç^nons donc pas aujourd'hui de publier hardiment dans la cour la plus auguste du monde qu'elle ne peut rien faire pour un chrétien qui soit digne de [son] estime"* ; détrompons, s'il se peut, les hommes de cette attache furieuse à ce qui

1. Il y a deux rédactions de Cft pxordp, l'une sur la même feu'.lle que i'avant-propos, l'antre sur une feuille isolée (f. 315). La comiiaraison des ratures et des variantes au t«Wse à regarder celle ci comme définitive. Voici la première (f. S 14), ([ui est presque semblable pour le début :

i( C'est vouloir en quelque sorte déserter la cour que de combattre l'ambition, qui est l'âme de ceux qui la suivent, et il pourrait même sembler (jue c'est ravaler {var. : diminuer quelque chose de) la majesté (!es princes que de décrier les présents de la t'ortiuie, dont ils sont le-i dispens .teurs. Mais les souvei'ains pVux renient bien que toute leur gloire s'efface en p' ésence de celle .(le Dieu, et, bien loin de s'offenser (pie l'on diminue leur puissance dans cette vue, ils savent qu'on ne les honore {var.: respecte — èdit.

(îiiudiiir, Gazier, etc.: qu'on ne les véiièwe...) jamais plus intimement (r-o;-..- plus profondément) que quand on les rabaisse de la sorte. Ne craignons donc pas, Chrétiens, de publier hautement dans une cour si auguste qu'elle ne peut rien faire pour des chrétiens qui soit digne de leur estime {rar. : que tout ce qu'elle

peut fa're pour des chrétiens ne mérite pas leur estime) ; détrompons, s'il se peut, les hommes de cette attache profonde {var. : de cette étrange, — terrible attache) à ce qui s'appelle fortune, et pour cela faisons deux choses : faisons parler l'Evangile contre la fortune, faisons jiarler H fortune contre ellemême : nue l'Evangile nous découvre ses illusions, qu'elle-même non.?

fasse voir ses légèretés {imr. : ses inconstances) ; que l'Evangile nous apprenne combien elle est trompeuse dans ses faveurs, elle-même nous convaincra combien elle est accablante dans ses revers. Ainsi nous reconnaîtrons que non seulement quand elle ôte, mais même quand elle d' une, non seulement quand elle change, mais encore {var. :

même) quand elle demeure, elle est toujours méprisable : c'est tout le sujet de ce discours.

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