Var. : semble. une addition
3. Ou prêt de. — Bossuet n'a 5. Matth , xx vu, 46 ; Ps. xxi,2, qu'une orthographe pour près de et etc.
p>-i'f.de, synonyme alors de prf< à II C. Var.: entre les mains de soQ
^■rrit preft de dans Tua et l'autre Père.
sens. 7. Luc, XXIII, 46.
294 CAHÊME nu LOUVRE.
et de toute la force de ce cœur divin, perds-toi dans l'abîme du saint amour. Ha ! cette perte, c'est ton salut, et cette mort, c'est ta vie.
Troisième Point.
Ce serait ici, Chrétiens, qu'après vous avoir fait voir que l'attrait du divin amour, c'est d'aimer pour Jésus- Christ, que le modèle du divin amour, c'est d'aimer comme Jésus-Christ, il faudrait encore vous expliquer que la consommation du divin amour, c'est d'aimer en Jésus-Christ et par Jésus-Christ. Mais les deux premières parties m'ayant insensiblement emporté le temps, je n'ai que ce mot à dire.
[P. 6] Je voulais donc, Messieurs, vous représenter que Dieu, pour rappeler toutes choses au mystère de son unité, a établi l'honnne le médiateur de toute la nature visible, et Jésus-Christ, Dieu-homme, seul médiateur de toute la nature humaine. Ce mystère est grand, je l'avoue, et mériterait ^ tm plus long discours ^. Mais, quoique je ne puisse en donner une idée bien nette, j'en dirai assez, si je puis, pour faire admirer le conseil de Dieu.
L'homme donc est établi le médiateur de la nature visible. Toute la nature veut honorer Dieu et adorer son principe autant qu'elle en est capable. La créature insensible, la créature privée de raison n'a point de cœur pour l'aimer, ni d'intelligence pour le connaître ; « ainsi, ne pouvant connaître, tout ce qu'elle peut, dit saint Augustin, c'est de se présenter elle-même à nous, pour être du moins connue, et nous faire connaître son divin auteur : Quœ ciim cognosccre non pos.sit, quasi innotescere velle videtur'^. » Elle ne peut voir, elle se montre ; elle ne peut aimer, elle nous y presse ; et ce Dieu qu'elle n'entend pas, elle ne nous permet pas de l'ignorer. C'est ainsi qu'imparfaitement et à sa manière, elle glorifie le Père céleste, [p. 7 j Mais, afin qu'elle consomme son adoration, l'homme doit être son médiateur.
1. Var. : est graad, Chrétiens, et Dieu (vendredi de la troi.<iùme semériterait... maine).
2. Bossuet le traitera, en 1666, ^. De Civ.Dei,\[h.Xî,ca,p.XX\-u, dans le sermon sur le Culte dû à n. 2.
POUR LA FÊTE DE l'aNNONCIATION. 295
C'est à lui à prêter une voix, une intelligence, un cœur tout brûlant d'amour ^ à toute la nature visible, afin qu'elle aime en lui et par lui la beauté invisible de son créateur. C'est pourquoi il est mis au milieu du monde, industrieux abrégé du monde, petit monde dans le grand monde, ou plutôt, dit saint Grégoire de Naziarize ", grand monde dans le petit monde ; parce qu'encore que, selon le corps, il soit renfermé dans le monde, il a un esprit et un cœur qui est plus grand que le monde, afin que, contemplant l'univers entier et le ramassant en luimême, il l'offre, il le sanctifie, il le consacre au Dieu vivant : si bien qu'il n'est le contemplateur et le mystérieux abrégé de la nature visible, qu'afin^ d'être pour elle, par un saint amour, le prêtre et l'adorateur de la nature invisible et intellectuelle.
Mais ne nous perdons pas. Chrétiens, dans ces hautes spéculations ; et disons que l'homme, ce médiateur de la nature visible, avait lui-même besoin d'un médiateur. La nature visible ne pouvait aimer, et pour cela elle avait besoin d'un médiateur pour retourner à son Dieu. La nature [p. 8] humaine peut bien aimer, mais elle ne peut aimer dignement. Il fallait donc lui donner un médiateur aimant Dieu comme il est aimable, adorant Dieu autant (ju'il est adorable ; afin qu'en lui et par lui nous pussions rendre à Dieu, notre Père, un hommage, un culte, une adoration, un amour digne de sa majesté. C'est, Messieurs, ce médiateur qui nous est formé aujourd'hui par le Saint-Esprit dans les entrailles de Marie. Réjouis-toi, ô nature humaine : tu prêtes ton cœur au monde visible pour aimer son créateur tout-puissant, et Jésus-Christ te prête le sien, pour aimer dignement Celui qui ne peut être dignement aimé que par un auire lui-même. Laissons-nous donc gagner par ce Dieu aimant ; aimons comme ce Dieu aimant ; aimons par ce Dieu aimant*.
1. Var.: consommé d'amour (pour le prètip, ram[ant], — le chaste contumé). ama[nt]... (Jugé peu satisfaisant,
2. OraL \IA\ (iiuno XLv),n. 15. et peu susceptible de le devenir.)
3. Ratures interlinéaires : que Remplacé par l'incise :« par un saint p[ourJ... (Remplacé par nfiii de, k amour.» ■
cause de pour elle, r\n\ aïla,ii venir 4. Récapitulation de tout le sujet
aussitôt.) — Atin d'être pour elle
2% CAHK.MK nu LOIIVRK.
Que croAez-vous, Chrétiens, que fait aujourd'hui la divine V ierge, toute pleine de Jésus-Christ ? Elle l'offre sans cesse au Père céleste ; et, après avoir épuisé son cœur, rougissant de la pauvreté de l'amour de la créature pour [p. 9] rimniense bonté de son Dieu, pour suppléer à ce défaut, pour co;iipenser ce rjui manque, elle offre au Père céleste toute l'immensité de l'amour et toute l'étendue de cœur d'un Dieu-homme. Faisons ainsi, Chrétiens, vuiissons-nous à Jésus, aimons en Jésus, aimons par Jésus. Mais, ô Dieu ! quelle pureté ! ô Dieu, quel dégagement pour nous unir au cœur de Jésus ! O créatures, idoles honteuses, retirez-vous de ce cœur qui veut aimer Dieu par Jésus-Çhj'ist. Ombres, fantômes, dissipez-vous en présence de la vérité. Voici l'amour véritable qui veut entrer dans ce ca'ur : amour faux, amour trompeur, veux-tu tenir devant lui ?
Chrétiens, rejeiterez-vous l'amour d'un Dieu-homme, qui vous presse, qui veut remplir votre cœur, pour unir votre cœur au sien et faire de tous les cœurs une même victime du saint amour ? Vive l'Éternel ! mes Frères, je ne puis souffrir cette indignité. Je veux arracher ce cœur de tous les plaisirs qui l'enchantent, de toutes les créatures qui le captivent. O Dieu ! quelle violence d'arracher un ca'ur de ce qu'il aime ! Il en gémit amèrement ; mais, quoique la victime se plaigne et se débatte devant les autels, il n'en faut pas moins achever le sacrifice du Dieu vivant. Que je t'égorge devant Dieu, ô ca^ur profane, pour mettre en ta place un cœur chrétien. [p. 10] — Eh quoi ! ne me j)ermettrez-vous pas encore un soupir, encore une complaisance ? — Nul soupir, nulle complaisance que pour Jésus-Christ et par Jésus- Christ. — Et donc ', faudra-t-il éteindre jusqu'à cette légère étincelle ? — Sans doute, puisque la flamme tout entière m'y paraît encore vivante. O dénûment d'un cœur chrétien ! pourrons-nous bien nous résoudre à ce sacrifice ? Un Dieu-homme, un Dieu incarné, un Dieu
1. Peut-être devrions-nous inipri- crit : Et quot/. D'une autre part, et
mer: ek floue! à cause de cA ^('o; / rfonc était fort usité, surtout au coiti-
qui précède et que Bossuet voulait mencement des phrases, d'abord répéter ici. On sait qu'il l'é-
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se donnant à nous, dans rEucharistie, en la vérité de sa chair et en la plénitude de son Esprit, le mérite bien. Venez donc, ô divin Jésus ! venez consumer ce cœur. Tirez-Jious après vos parfums ^ : tirez les grands, tirez les petits; tirez les rois, tirez les sujets : tirez surtout, ô Jésus ! le cœur de notre monarque, lequel, en se donnant tout à fait à vous ", ferme comme il est, constant comme il est, est capable de vous entraîner toutes choses et de vous faire régner par tout l'univers^. Ainsi soit-il.