Var. : danslesquelJes vous trou- voi
peut du moins modérer par la raison l'instinct aveugle de bun humeur. Mais ce qui se peut modérer avec un effort ' médioi le, sans doute se pourrait dompter si on ramassait toutes ses forces. 11 y a donc en nos âmes une faculté supérieure qui, étant mise en usage, pourrait réprimer nos inclinations, toutes-puissantes quand on se néglige ; et si elles sont invincibles, c'est parce que rien 7ie se remue " pour leur résister.
[P. 7 j Mais, sans chercher bien loin des raisons, je ne veux que la vie de la cour pour faire voir aux hommes qu'ils se peuvent vaincre. Qu'est-ce que la vie de la cour? Faire céder toutes ses passions au désir de faire ^ sa fortune. Qu'est-ce que la vie de la cour ? Dissimuler tout ce qui déplaît et souffrir tout ce qui offense, pour agréer à qui nous voulons. Qu'est-ce encore que la vie de la cour ? Étudier sans cesse la volonté d'autrui, et renoncer ^, s'il est nécessaire, à nos plus chères inclinations. Qui ne le fait pas, ne sait point la cour : qui ne se façonne point à cette souplesse, c'est un esprit rude et maladroit ', qui n'est propre ni pour la fortune ni pour le grand monde. Chrétiens, après cette expérience, saint Paul vous va proposer de la part de Dieu une condition bien équitable : « Sicut cxhihuistis memhra vestra [scrvire] imniundithe et iniqiiitatî ad iniqititatem, ita mmc exhihete memhrn vestrn servire jtist'dhe [in sanctificat'ioncm^ ** : Connue vous vous êtes rendus les esclaves de l'iniquité et des désirs séculiers, en la même sorte rendez-vous esclaves de la sainteté et de la justice. »
Reconnaissez, Clii'étiens, combien on est éloigné [d'exiger] de vous l'impossible', puisque vous voyez au contraire qu'on ne vous demande que ce que vous faites, [p. 8] Faites, dit-il, pour la justice ce que vous faites pour la vanité : vous vous contraignez pour la vanité'', contraignez-vous pour la justice^; vous vous êtes tant de fois surmontés vous-même [s] pour servir à
1. Preinit're rédaction (effacée): le mot primitif fs*iuia(fej est foravec une contention... — Le mot mellement raturé.
ti'dinitif semble avoir été apposé 6. Rom., vi. 19. — El iniqu'itat'i :
ph'9 tard. deux mots ajoutés en IGlJG.
2. Var. : on ne se remue pas... 7. Var. : qu'on n'exige pas de vous S. "Var. : d'avancer. l'impossible.
4. Édit. : pour cela (effacé au ms.). ^- Var. : pour la fortune.
i"). Correction de date plu.« récente; !•. Var. : pour la raison.
SUR l'efficacité de la pénitence. 305
l'ambition et à la fortune, surmontez-vous quelquefois pour [vous] assujettir à Dieu et à la raison \ C'est beaucoup se relâcher pour un Dieu, de ne demander que l'égalité ; toutefois il ne refuse pas ce tenipéiament, tout prêt à se réduire " beaucoup au-dessous. Car, quoi que vous entrepreniez pour son service, quand aurezvous égalé les peines de ceux que le besoin ^ engage au travail, l'intérêt aux intrigues de la cour, l'honneur aux emplois de la guerre, l'amour à de longs mépris ', le commerce à des voyages immenses et à un exil perpétuel de leur patrie, et, pour passer à des choses de nulle importance, le divertissement et le jeu à des veilles, à des fatigues, à des inquiétudes incroyables? Quoi ^ ! n'y aura-t-il que le nom de Dieu qui apporte des obstacles invincibles à toutes les entreprises généreuses ? Faut-il que tout devienne impossible, quand il s'agit de cet Être qui mérite tout, dont la recherche ® au contraire devait être d'autant plus facile qu'il est toujours prompt à secourir ceux qui le désirent, toujours prêt à se donner à ceux qui l'aiment ?
[P. 9] Je n'ignore pas. Chrétiens, ce que les pécheurs nous répondent. Ils avouent qu'on se peut contraindre et même qu'on se peut vaincre dans l'ordre des choses sensibles, et que l'âme peut faire un effort pour détacher ses sens d'un objet, lorsqu'elle les rejette aussitôt sur quelque autre bien qui les touche aussi et qui soit capable de les soutenir ; mais que de laisser comme suspendu cet amour né avec nous pour les biens sensibles, sans lui donner aucun appui, et de détourner le cœur tout à coup à une beauté, quoique ravissante, mais néanmoins invi^ible, c'est ce qui n'est pas possible à notre faiblesse.
Chrétiens, que vous répondrai-je ? Il n'y a rien de plus faible, mais il n'y a rien de plus fort que cette raison ; rien de plus aisé à réfuter, mais rien de plus malaisé à vaincre. Je confesse qu'il e>t étrange que ce (jue
L.Var. : pour servir :'i la grâce ei 5. Edit. : Quoi donc ! (Le dem er
à l'Evangile. mot est effacé au ms.).
2 Var. : se relàehef. 6. Var. : qui mérite tout, tcuiour?