‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 240 sur 552 · Var. : quoique. crayon · texte numérisé non relu

Var. : quoique. crayon

])crimentées? Les raisons en cette matière sont peu efiicaces ; parce que, pour [p. m] discerner ce qui plaît, on ne connaît' de maître que son propre goût, ui tie preuve que l'épreuve même^. Que plût à Dieu, Chrétiens, que les pécheurs pussent se résoudre à goûter combien le Seigneur est doux! Ils reconnaîtraient par expérience qu'il est de tous ces désirs irréguliers, qui s'élèvent en la partie sensuelle, comme des appétits de malades : tant que dure la maladie, nulle raison ne les peut guérir; aussitôt qu'on se porte bien, sans y employer de raison, la santé les dissipe par sa propre force, et ramène la nature à ses objets propres : Quœ ista desideria sanitas ioUit'^.

Et toutefois, Chrétiens, malgré l'opiniâtreté de nos malades, et malgré leur goût dépravé, tâchons de leur faire entendre, non ])oint par des raisons humaines, mais par les principes de la foi, qu'il y a des délices spirituelles qui surpassent les fausses douceurs de nos sens et toute leur flatterie^.

Pour cela, sans user d'un grand circuit, il me suffit de dire en un mot que Jésus-Christ est venu au monde. Si je ne me trompe. Messieurs, nous vîmes "" hier assez clairement qu'il y est venu pour se faire aimer. Un Dieu cjui descend parmi les éclairs, et qui fait fumer de toutes parts la montagne de Sinaï par le feu qui sort de sa face "^j a dessein de se faire [p. iv] craindre; mais un Dieu qui rabaisse sa grandeur et tempère sa majesté pour s'accommoder à notre portée, un Dieu qui se fait lionnne pour attirer l'homme par cette bonté populaire (k)nt hiei- nous admirions la condescendance, sans doute a dessein de se faire aimer. Or est-il que quiconfjue se veut faire aimer, il est certain qu'il \eut plaire; et si

1. Var. : chacun ne connaît, — tion était même ain^i coiii.ue :«.. Il l'homme ne connaît. y a des délices spirituelles qui snr-

2. Var. : on ne veut point être pa??entles fausses douceurs et toute persuadé par des arguments, mais la flatterie de nos sens. » convaincu par l'épreuve même. 5. Var. : nous fîmes voir... (Cf.

3. S. Aug., Serm. cciv, n. 7. — sermon précédent, p. 284-2«fi.)

Ms. : Hœc omnia desiderta tollit sa- 6. Var. : qui s'allume devant sa

nitas. face. — (La correction est encore

4. Édit. : toutes les flatteries.— une fois écrite à la suite, et non dans Mais le s-.ngulier n'est point mis ici l'interligne.)

par distraction. La première rodac-

SLR l'efficacité DE LA PENITENCE. 311

un Dieu nous veut plaire, qui ne voit qu'il n'est pas possible ^ que la vie soit ennuyeuse dans son service?

C'est, Messieurs, par ce beau principe, que le grand saint Augustin a fort bien compris ' que la grâce du Nouveau Testament, qui nous est donnée par Jésus- Christ, est une chaste délectation et un agrément céleste qui gagne les cœurs "^ : [p. v] car, puisque Jésus- Christ a dessein de plaire, il ne doit pas venir sans son attrait. Nous ne sommes plus ce peuple esclave et plus dur* que la pierre sur laquelle sa loi est écrite, que Dieu fait marcher dans un chemin rude "^ à grands coup [s] de foudre, si je puis parler de la sorte, et par des terreurs continuelles: nous sommes ses enfants bienaimés, auxquels il a envoyé son Fils unique pour nous gagner par amour. Croyez-vous que celui qui a fait nos cœurs ^ manque de charnves pour les attirer, d'appas pour leur plaire, et de douceur pour les entretenir dans une sainte persévérance ' ? Ha ! cessez [de] soupirer désormais après les plaisirs de ce corps mortel^ ; cessez d'admirer cette eau trouble que vous voyez sortir d'une source si corrompue. Levez les yeux, Chrétiens, voyez cette fontaine si claire et si vive qui arrose, qui rafraîchit, qui enivre la Jérusalem céleste : voyez la liesse et le transport, les chants, les acclamations, les ravissements de cette cité triomphante. C'est de là que Jésus Christ nous a apporté un commencement de sa gloire dans le bienfait de sa grâce, un essai de la ^ v'^ion dans la foi, une partie de la félicité dans l'espérance, enfin un plaisir intime qui ne trouble pas la volonté, mais (^ui la calme, qui ne sur{)rend pas la raison, mais qui

1. Var. : par conséquent il est im- 4. Var. : plus grossier, — plus possible... — Ici, beaucoup de ratu- pe.sant.

res au manuscrit : elles contiennent ' 5. Var. : dans une voie dure.

les idées qu'on va retrouver dans le 6. Édit. : vos cœurs.

paragraphe suivant. 7. Var. : manque d'appas pour les

2. De Spirit. et lilt., cap. XXVIII, attirer et de douceurs pour les afn. 49 : De (Irai. Ckr., cap. XXX v, fermir dans son saint amour ?

Xi. ?i^ et alibi {T>e(oris). 8. Var. : Ha ! ne soupirez plus

3. Var. : un agrément immortel, après vos ])laisir8 ; ne buvez plus un plaisir spirituel et céleste, qui ne cette. eau trouble que vous voyez chatouille pas le cœur dans sa sur- déoonler d'une source si corrompue, face, mais qui l'attire à Dieu par son — Edit. : Ah! cessez, ne soupirez centre. — Ces deux incidentes sont plus...

soulignées, c'est-à-dire effacées : ces 'J. Var. : sa.

idées reviendront un peu plus loin.

l'éclairé, c|ui ne chatouille pas le cœur dans sa surface, mais qui l'attire tout entier à Dieu par son centre : Trahc me post te \

[P. vi] Si " vous voulez voir par expérience combien cet attrait est doux, considérez Madeleine, Quand vous voyez un enfant attaché de toute sa force à la mamelle, qui suce avec ardeur et empressement cette douce portion de sang que la nature lui sépare si adroitement de toute la masse et lui assaisonne elle-même de ses propres mains, vous ne demandez pas s'il y prend plaisir, ni si cette nourriture lui est agréable. Jetez les yeux sur Madeleine : voyez comme elle court toute transportée à la maison du pharisien pour trouver celui qui l'attire ; elle n'a point de repos jusqu'à ce qu'elle se soit jetée à ses pieds. Mais regardez comme elle les baise, avec quelle ardeur elle les embrasse ; et après cela ne doutez jamais que la joie de suivre Jésus ne passe toutes les joies du monde, non seulement celles qu'il donne, [mais] même celles qu'il promet, toujours plus grandes que celles qu'il donne.

Que si vous êtes effrayés par ses larmes, par ses sanglots, par l'amertume de sa pénitence, sachez, mes Frères, que cette amertume est plus douce que tous les plaisirs. Nous ^ lisons dans l'Histoire sainte (c'est au premier livre d'Esdras) que lorsque ce grand prophète eut rebâti le temple de Jérusalem, (}ue l'armée assyrienne* avait renversé, [p. vu] le peuple mêlant tout ensemble et le triste souvenir de sa ruine et la joie de la voir si bien réparée, tantôt élevait sa voix en des cris lugubres ", et tantôt poussait jusqu'au ciel des chants de réjouissance '' ; en telle sorte, rlit l'auteur sacré, « qu'on ne pouvait distinguer les gémissements d'avec les acclamations : Xcc poterat quisquam agnoscere voeem clnvtoris lielantiinn, et vocem fletiis popidi ' . » ("est une

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