‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 291 sur 552 · Amos, VI, 7. (Vers · texte numérisé non relu

Amos, VI, 7. (Vers

Ainbroise, « le prince doit liien méditer qu'il n'est pas dispensé des lois ; mais que, lorsqu'il cesse de leur obéir, il semble en [p. x] dispenser tout le monde par l'autorité de son exemple : Ncc legîhus rcx solutus est, sed, .si peccat, ïeges suo solvît exemplo \ »

Enfin le dernier devoir des princes pieux et chrétiens, et le plus important de tous pour faire régner Jésus- Christ dans leurs états, c'est qu'après avoir dissipé les vices, à la manière que nous avons dite, ils doivent élever, défendre, favoriser la vertu ; et je ne puis mieux exprimer cette vérité que par ces beaux mots de saint (Irégoire dans une lettre qu'il écrit à l'empereur Maurice ; c'est à Votre Majesté qu'il parle : C^est pour cela, ^ui dit-il, que la jmissance souveraine vous a été accordée d'en haut sur tous les hommes, afin que la vertu soit aidée, afin que la voie du ciel soit élargie, et que Vcmpirc terrestre^ serve à l'empire du ciel^.

N'avez-vous pas remarqué cette noble obligation que ce grand pape impose aux rois, d'élargir les voies du ciel? Il faut expliquer sa pensée en peu de paroles. Ce c|ui rend la voie du ciel si étroite, c'est cjue la vertu véritable est ordinairement méprisée; car, comme elle se tient toujours dans ses règles, elle n'est ni assez souple, ni assez flexible [p.xi] j>our s'accommoder aux humeurs, ni aux passions, ni aux intérêts des hommes : c'est pourquoi elle semble inutile au monde; et le vice ])araît bien plutôt, parce qu'il est plus entreprenant. Car écoutez parler les hommes du monde dans le livre de la Sapience : « Le juste, disent-ils, nous est inutile : Jnutilis est nohis* »; il n'est pas propre à notre commerce, il n'est pas commode à nos négoces : il est trop attaché à son droit chemin pour entrer dans nos voies détournées. Comme donc il est inutile, on se résout facilement à le laisser là, et ensuite à l'opprimer; c'est jiourqiioi ils disent : Trompons le juste, parce qu'il

1. Apolog. David II, cap. lll, teat, viterreatreregnumcœhstircffno

2. Var. : l'empire de la terre. famxdetur {Epist. lib. III, Epist.

3. Le latin en Tnarge : Ad hoc \w\ad ^faurit.Au(/.). — Ms.:lib.II, enim potestas [super o/nnes Jiomines'] Epist. LXII. Ordre ancien. — Ms. dominorum meorum pietati cœlitus (l'e rédaction) : «? calorum regnum data est, ut gui bona appetunt, adju- latius pateat. Rectifié vers 1600. ventur; vt caloium via largius pa- 4. Sap., Il, 12.

nous at inutile^. Élevez-vous, puissances suprêmes; voici un emploi digne de vous. Voyez comme la vertu ^ est contrainte de marcher dans des voies serrées ; on la méprise, on l'accable : protégez-la ,' tendez-lui la main, faites-vous honneur en la cherchant ; élargissez les voies du ciel, rétablissez ce grand chemin et rendez-le plus facile. Pour cela, aimez la justice : cju'aucuns ne craignent sous votre empire, sinon les méchants; cju'aucuns n'espèrent, sinon les bons.

[P. xii] Ha! Chrétiens, la justice, c'est la véritable vertu des monarques et l'uniciue appui de la majesté. Car rju'est-ce que la majesté? Ce n'est pas une certaine prestance qui est sur le visage du prince et sur ^ tout sou extérieur ; c'est un éclat plus pénétrant, qui porte dans le fond des cœurs une crainte respectueuse. Cet éclat vient de la justice, et nous en voyons un bel exemple dans l'histoire du roi Salomon.Ce pr/nce, dit l'Écriture*, s'assit clans le trône de son père, et il plut à tous ^. Voilà un prince aimable, cjui gagne les cœurs par sa bonne grâce. Il faut quelciue chose de plus fort pour établir la majesté, et c'est la justice cjui le donne. Car, après ce jugement mémorable de Salomon, écoutez le texte sacré : Tout Israël, dit l'Écriture, apprit que le roi avait jugé, et i/.s craignirent le roi, voyant que Ui. sagesse de Dieu était en lui*'. Sa mine relevée le faisait aimer, mais sa justice le fait craindre, de cette crainte de respect qui ne détruit pas l'amour, mais qui le rend plus sérieux et plus circonspect. C'est cet amour mêlé de crainte que la justice fait naître, et avec lui le caractère véritable de la majesté.

[P. xiii] Donc, 6 rois, dit l'Écriture ^, aimez la justice **. Mais, pour pratiquer la justice, connaissez la vé-

1. Edit. : Vircumvcniamusjustum, fi. Liitiii eu marge : Audivit omnia (juoniam inutiiis est nobis. — Ce Israël Judicium quod judicasset le.r. texte latin est effacé : les derniers ("ms. : Scivit Israël quia judicaverat mots venaient déjà d'être cités. rex), et timuerunt regem, videnirs

2. En marge, en face de cette sapieniiam Dei esse in eo (ms.: in il' phrase: piété chrétienne. lo). (Iir Reg., ui, 28.)

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