‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 304 sur 552 · Toan., XII, 27. Christ dans ses croix et dnn? ses · texte numérisé non relu

Toan., XII, 27. Christ dans ses croix et dnn? ses

2. f'opLste : ses. — Con-igé par souffrances. — Les con-ections sont l'atUpiir. autographes.

^. Ps. X .\r, tî. 6. I)e Sattii/act. vccesf., Sess. XIV,

4. Pifmihe rédnrdon : à tons ces cap. viii. «îcès, nous plongeast arec Jésus-

POIR LE VFNOREDI SAINT. 397

pour percer mes pieds, qui tant de fois ont couru aux crimes, et mes mains, qui se sont souillées par tant d'injustices? Que si notre délicatesse ne peut supporter les peines du corps (jue l'Église imposait autrefois à ses enfants ^ par une discipline salutaire, récompensons-nous su^ les cœurs : pour honorer la douleur immense par laquelle le Fils de Dieu déplore nos crimes, brisons nos cœurs endurcis, par l'effort " d'une contrition sans mesure. Jésus mourant nous y presse : car que signifie ce grand cri avec lequel il expire? Ha ! mes Frères, il agonisait, il défaillait peu à peu, attirant l'air avec peine d'une bouche toute livide, et traînant lentement les derniers soupirs par une respiration languissante. Cependant il fait un dernier effort pour nous inviter à la pénitence; il pousse au ciel un grand cri, cjui étonne toute la nature et que tout l'univers écoute avec un silence respectueux. Il nous avertit cj^u'il va mourir, et en même temps il nous dit qu'il faut mourir avec lui. (^)uelle est cette mort?C'est qu'il faut arracher son cœur de tout ce qu'il aime désordonnément, et sacrifier à Jésus ce péché régnant qui empêclie que sa grâce ne règne en nos cœurs.

Chrétiens, Jésus va mourir : il baisse la tête, ses yeux se fixent ; il passe, il expire. C'en est fait, il a rendu l'âme. Sommes-nous morts avec lui? sommes-nous morts au péché? allons-nous commencer une vie nouvelle? Avons-nous brisé notre cœur par une contrition vérital)le, qui nous fasse entrer aujourd'hui dans la société di' si'tf souffrances ^ ? Qui me donnera. Chrétiens, que je puisse imprimer en vos cœurs ce sentiment de componction ! Que si mes paroles n'en sont pas capables, arrêtez les yeux sur Jésus, et laissez-vous attendrir par la vue de ses divines blessures. Je ne vous demande pas pour cela, Messieurs, que vous contempliez attentivement quelque peinture excellente de Jésus-Christ crucifié. J'ai une autre peinture à vous proposer, peinture vivante et parlante, qui porte une expression naturelle de Jésus

1. Ces trois mots sont une addi- copiste qui est en défaut ; ce sont tion de la main de Bossuet. les critiques.

2. Édit. Gandar, Gazier : parl'ef- 3. Philip., m, 10. fet. — Cette fois, ce n'est pas le

mourant. Ce sont les pauvres, mes Frères, dans lesquels je vous exiiorte de contempler aujourd'hui la Passion de Jésus. Vous n'en verrez mille part une image [)lus naturelle. Jésus soufl're dans les pauvres; il languit, il meurt de faim dans une infinité de pauvres i'amilles. \ oilà donc dans les pauvres Jésus-Christ souffrant; et nous y voyons encore, pour notre malheur, Jésus-Christ abandonné, Jésus-Christ délaissé, Jésus-Christ méjn-isé. 'J'ous les riches devraient courir pour soulager de telles misères ; et on ne songe qu'à vivre à son aise, sans penser à l'amertume et au désespoir où sont abîmés tant de chrétiens ! Voilà donc Jésus délaissé ; voici quelque chose de plus. Jésus se plaint par son prophète, de ce que « l'on a ajouté à la douleur de ses plaies : Super dolorem vuJncrum mconim addideriint ^ » ; de ce que, dans sa aoif extrême, on lui a donné du vinaigre^. N'est-ce pas donner du vinaigre aux pauvres que de les rebuter, de les maltraiter, de les accabler dans leur misère et dans leur extrémité déplorable? Ha! Jésus, que nous voyons dans ces pauvres peuples une image trop effective de vos peines et de vos douleurs! Sera-ce en vain, Chrétiens, que toutes les chaires retentiront des cris et des gémissements de nos misérables frères, et les cœurs ne seront-ils jamais émus de telles extrémités?

Sire, Votre Majesté les connaît, et votre bonté paternelle témoigne assez qu'elle en est émue. Sire, que Votre Majesté ne se lasse pas : puisque les misères s'accroissent, il faut étendre les miséricordes ; puisque Dieu redouble ses fléaux, il faut redoubler les secours et égaler, autant qu'il se peut, le remède à la maladie. Dieu veut qu'on combatte sa justice par un généreux effort de charité ^, et les nécessités extrêmes demandent que le cœur s'épanche d'une façon extraordinaire. Sire, c'est Jésus mourant cjui vous y exhorte ; il vous recommande vos pauvres peuples * : et qui sait si ce n'est pas ini conseil de Dieu d'accabler, pour ainsi dire, le monde par tant de calamités, afin que. Votre Majesté portant

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