‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 319 sur 552 · DU R. P. BOURGOING · texte numérisé non relu

DU R. P. BOURGOING

de mes desseins, tu ne fais qu'accomplir l'ouvrage que j'ai commencé; tu ne détruis pas ce que je prétends, mais tu l'achèves. Achève donc, ô mort favorable! et rends-moi bientôt à mon maître.

lia! « qu'il n'en est pas ainsi des impies! Non sic iiupii,, non sic \ » La mort ne leur arrive jamais si tard qu'elle ne soit toujours précipitée ; elle n'est jamais prévenue par tant d'avertissements qu'elle ne soit toujours imprévue. Toujours elle rompt quelque grand dessein et quelque affaire importante : au lieu qu'un homme de bien, à chaque heure, à chaque moment, a toujours ses affaires faites ; il a toujours son âme en ses mains ^, prêt à la rendre au premier signal. Ainsi est mort le Père Bourg oing ; et voilà qu'étant arrivé en la bienheureuse terre des vivants % il voit et il goûte en là source même combien Je Seigneur est doux^ ; et il chante, et il triomphe avec ses saints anges, pénétrant Dieu, pénétré de Dieu, admirant la magnificence de sa maison, et s'enivrant du torrent de ses délices.

Qui nous donnera, Chrétiens, que nous mourions de cette mort, et que notre mort soit un jour de fête, un jour de délivrance, un jour de triomphe? Ha ! « que mon âme meure de la mort des justes! Moriatur anima mca inorte justorum ^ ! » Mais, pour mourir de la mort des justes, vivez, mes Frères, de la vie des justes. Ne soyez pas de ceux ^ qui diffèrent à se reconnaître quand ils ont perdu la connaissance, et qui méprisent si fort leur âme qu'ils ne songent à la sauver que lorsqu'ils sont en danger de perdi-e leur corps ; desquels certes on peut dire véritablement qu'ils se convertissent par désespoir plutôt ciue par espérance. Mes Frères, faites pénitence, tandis que le médecin n'est pas encore à vos côtés, vous donnant des jours et des heures qui ne sont pas en sa puissance, et toujours prêt à philosopher admirablement de la maladie après la mort. Convertissez-vous de bonne heure; ([ue la pensée en vienne de Dieu, et non de la fièvre ; de la raison, et non du trouble ; du choix, et non

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