Var. : convaincra votre ingra- tion
Aux Nouveaux Catholiques, le quatrième ' samedi de (iarèmc, 1G(J3.
La première partie du titre de ce discours ^ est de la main de Bossuet. Les éditeurs ont préféré en croire son neveu, qui a écrit sur l'enveloppe r « J ugements humains, condamnés, p. I, 14; » ce qui ne désignait que certains passages du premier point. Ils en ont fait le sujet de tout le sermon. L'abbé Bossuet ajoutait, tpiant au reste, cette autre indication, dont ils n'ont pas tiré proiit : « Indulgence de Jésus, miséricorde, p. r, ii, vui. »
Un faux titre n'est pas toujours chose indifférente. Celui-ci a eu une consécjuence bizarre. A. Floquet, dans une suite de conjectures érigées trop aisément en conclusions (Éludes..., t. m, p. 300-o0'), s'en est autorisé pour rattacher à ce sermon une péroraison aur les J ugements humains, contenant une allocution à Macliune. C'était un fragment qu'il trouvait dans les Pensées chrétien)ies et morales, à la suite des sermons. Lâchât, avide d'innovations, qui faisait si souvent passer du texte dans les notes, et réciproquement, les passages accompagnés do \ariantes, afin de faire autrement que ses prédécesseurs, n'a jias numqué de s'emparer de cette erreur et de la présenter, à son ordinaire, comme une découverte dont il revendicpuiit l'honneur.
Sans prétendre qu'il soit encore à combattre après tant de léfutations, il est bon de faire une courte analyse de sa notice ■", pour montrer par un exemple comment étaient digérés des rcTiseignements qu'on a acceptés de confiance pendant plus de vingt ans. A la première ligne, on assigne à l'an 1661 une œuvre qui renvoie à un sermon de 1662. Il est vrai que ce renvoi sera omis, à la fin du premier point. On affirme ensuite résolument (pie le manuscrit « porte écrit de la main de Bossuet : Aux Carmélites. » Il faut avouer (pie le choix du sujet eût été assez inattendu pour un tel auditoire. .Mais il n'existe pas en réalité une seule syllabe de cette prétendue indication. Pour finir, on nous transporte, au dimanche des Rameaux, en 1660. dans l'église do l'Oratoire, où la Reine aurait entendu ce sermon. C'est prendre à contresens l'assertion déjcà erronée de ^I. ]''lo(piet. C'est le sermon sur les Souffrances (1661), ((u'il siq^posait avoir été repris le 1i avril 1669. .Mais n'insistons pas. Admirons seulement fjue la Reine, on Madame (la duchesse il'Orléans), ce soit tout un pour .M. Lâchât.
1. TroisiruiR. dans les (Mlitions, 2. >[s. fr. 1 282-.'. f. '.'s.^^l'.S. Iu-4.
Fnlnn la difft^vencf; exposée en tè'te M.ivl'»". rUi sermon précédent. o. Tome IX. p. 272.
440 SI R LA FEMME ADIiLTÈRE.
La nouvelle attribution que nous faisons du discours se fonde sur les caractères du manuscrit, de tout point identique à celui du discours précédent, et sur les références à des œuvres antérieures. Précisément la Liste véritable et [lénérale des prédicaleiirs contient, pour 1663, la mention d'un sermon de Bossuet aux Nouveaux Convertis le quatrième samedi, jour où se lit l'évangile de la Femme adultère.
Nemo te condemriavlt ? Quai di.rit :
Netno, Domine^. Dixit aiitem Jestus:
'Nec ego te condemnabo ; vade, et jam amplius voli peccare.
Personne ne t"a condamnée ? dit Jésus à la femme adultère; laquelle lui répondit : Personne -, Seigneur. Et Jésus lui dit : Je Tie te condamnerai pas aussi; va, et dorénavant ne pèche plus.
(Joan., VIII, 10, 11.)
Quel e,st, Me.ssieurs, ce nouveau spectacle ? Le juste prend le parti de.s coupables, le censeur des mœurs dépravées désarme les zélateurs de la Loi, élude leur témoignage, arrête toutes leurs poursuites : en un mot, Jésus, le chaste Jésus, après s'être montré ^ si sévère aux moindres regards immodestes, défend aujourd'hui publiquement une adultère publique; et, bien loin de la condanmer ^ étant criminelle, il la protège hautement étant accusée, et l'arrache au dernier 5;upplice étant convaincue. Voyez comme il renverse les choses : au lieu de confondre la coupable, il l'encourage ; au lieu d'encouiager les accusateurs, il les confond ; et, changeant toute la rigueur de la peine en un simple avertissement de ne {)écher plus, il ne craint i)as rie faire revivre l'espérance abattue de la pécheresse ', et d'effacer, pour ainsi dire, de ses projires mains, la honte qui couvrait justement sa face imi)ydi(jue. Il y a (|uelque mystère caché dans cette conduite du Sauveur des âmes,
1. Ms. : Que lUxit fi: Xemo. Dn- 4. Var. : punir. — (Préférée à mine. tort par les= éditeurs : Bossuet a bien
2. Var. : Non, Seigneur. — Chan ini!= ce mot en .surcharge, mais il l'a gé, par respect pour la lettre du réprouvé ensuite par un trait.) texte sacré. ."i. Var. : l'espérance abattue de
3. Var. : lui qui est montré... cette iiii]iui:Uquc. — son espérance.
et il en faut aujourd'hui chercher le secret, après avoir imploré la giâce du Saint-Esprit par l'intercession de la sainte Vierge : Ave.
[P. 1] Je commencerai ce discours en vous faisant le récit de l'histoire de notre évangile, afin que vous laissiez d'abord épancher vos cœurs dans une sainte contemplation de la clémence incomparable du Sauveur des âmes. Les Juifs lui amènent avec grand tumulte cette misérable ^ adultère, et le font l'arbitre de son supplice. « La fennne que nous vous présentons, disent-ils, a été surprise en adultère ^ : Moïse nous a commandé de lapider de tels criminels; mais vous, Maître, qu'ordonnerez-vous ? Tu crgo, quid d'icis ^ ? » C'est ce que disent les Pîiarisiens. Mais Jésus, qui, lisant dans le fonfl des cœurs, voyait qu'ils étaient poussés, non point par le zèle de la justice, qui craint la contagion des mauvais exemples, mais par l'impatience d'un zèle amer, ou par l'orgueil fastueux d'une piété affectée, ne rougit ni devant Dieu, ni devant les hommes de prendre en main la défense de cette impudique. Celui de vous qui est innocent, qu'il jette, dit-il, la première pierre ^. Ils se retirent confus; et je ne vois plus, dit saint Augustin, que le médecin avec la malade, et la chasteté même avec l'impudique ; je vois la grande et extrême misère avec la grande et extrême miséricorde : Remansit peceairix et Salvator, remnnsit segrota et inedieus, remansit misera et miscricordia^.
[P. 2] Cette i)auvre femme étonnée, après avoir échappé les mains'' des coupables qui avaient eu honte de la condamner, se croyait perdue sans ressource, regardant devant ses 3'eux la justice même, et se voyant appek^e à son tribunal ; lorsque Jésus, l'aimable .lésus, toujours facile, toujours indulgent, noî? pur la conscience
1. Mp. : mintrrahlr. (Le l v'çnt du fil ridnerata et medlcns, rrmarifii mot suivant, déjà présent à l'esprit.) mntjna miseria et maçna inifriiror-