‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 340 sur 552 · Ps. XVIII, 13. choquantes, prêtée à Bossuot · texte numérisé non relu

Ps. XVIII, 13. choquantes, prêtée à Bossuot

4. Var. : que l'on épargne le vice. Première rédaction : de laisser dofni qu'il triomphe. — Deforit : de mir le vice à son aise.

qu'un rinquiète, qu'on le blâme, qu'on le condamne. Il faut condamner liautement les crimes publics et :5candaleux ; bien loin qu'il nous soit défendu de les coiidannier, il nous est commandé de les rei^rendre, et d'aller quelquefois, en les reprenant, jusqu'à la dureté el à la rigueur : « Reprends-les durement, dit le saint Apôtre : Increpn illos dure ^ : w c'est-à-dire qu'il faut l)resser les pécheurs et leur jeter, pour ainsi dire, quel- (juefois au front des vérités toutes sèches *, pour les faire rentrer en eux-mêmes, parce que la correction'^ doit emprunter ordinairement une certaine douceur de la charité, qui est douce et compatissante, mais elle doit aussi souvent emprunter * quelque espèce de rigueur et de dureté de la vérité, qui est inflexible.

[P. 7] \ ous voyez donc qu'il nous est permis, bien plus, qu'il nous est ordonné de condamner hardiment les conduites scandaleuses des pécheurs publics, parce que, le jugement de Dieu précédant le nôtre, nous ne craignons pas de nous égarer. Mais voici la règle immuable que nous devons observer : c'est de suivre Dieu sinîplement, sans rien usurper pour nous-mêmes. Telle est la règle assurée, que sa vérité rend souveraine, son équité infaillible, sa simplicité vénérable. Mais nous péch.ons doublement contre l'équité de cette règle, (.'ar, dans sa simplicité, elle ne laisse pas d'avoir deux parties nécessairement enchaînées : la première, de suivre Dieu, et au contraire nous jugeons plus que Dieu ne juge; la seconde, de ne rien usurper pour nous, et au contraire, en jugeant les crimes, nous nous attribuons ordinairement une injuste supériorité sur les personnes, qui nous inspire une aigreur cachée ou un superbe dédain ^.

Par exemple (car il faut venir au détail des choses, et j'ai promis d'y descendre), cet homme est voluptueux, et cet autre est injuste et violent : vous con-

L Tit., I. 13. la vérité.» — Édit. : parce que la

2. Var. : qu'il faut étaler, qu'il correction çiti a deux principes, la faut, si je puis parler de la sorte, charité et la vérité, doit...

jeter quelquefois au front des pé- 4. Var. : mais elle doit emprunter

cheurs... souvent.

3. Note r.iarginale : « La correc- 5. Var. : un dédain fastueux tion a deux jirincipes, la charité et

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damnez leur conduite, et vous ne la condamnez pas téinéraireineiit, )jui>que la loi divine la condannie aussi. Mais si vous [p. (S] les ret^ardez, dit saint Augustin ', comme des malades incurables, si vous vous éloignez d'eux comme de pécheurs incorrigibles, vous faites injure à Dieu, et vous ajoutez à son jugement. Vous avez vu ces personnes dans des pratiques dangereuses ; vous l)lâmez ces pratiques, et vous faites })ien, puisque rËci-iture les blâme. Mais vous jugez de l'état j^résent par les désordres de la vie passée, vous dites avec le pharisien: Si l'on savait quelle est cette femme"; et vous ne regardez pas, non plus que lui, qu'elle est peutêtre changée par la ])énitence : vous ne jugez plus selon Dieu, et vous passez les bornes qu'il vous a prescrites. Ne jugez doiic plus désormais ni de l'avenir par le présent, ni du présent par le passé ; car ce jugement n'est pas selon Dieu, ni selon ses saintes lumières.

Chaque jour, dit l'Écriture, a sa malice ^ : ainsi, lorsque ^ vous découvrez quelque désordre visible, au lieu d'outrager vos frères par des invectives cruelles, espérez plutôt un temps meilleur et plus pur ', et temjtérez par cette espérance l'amertume de votre zèle, qui s'emporte avec trop d'excès. Ne jugez "^ pas de l'état présent par vos connaissances passées : car ignorez-vous les miracles qu'opère l'Esprit de Dieu dans la conversion des cœurs ? Peut-être que ce vieux pécheur est devenu un autre homme par la grâce de la pénitence. Si vous découvrez encore en sa vie quelque reste de faiblesse humaine, gardez-vous bien de conclure que c'est un trompeur et un hypocrite ; ne dites ])as, comme vous faites : Ha ! le cœur conunence à paraître, le naturel s'est fait voir à travers [p. 9] le masque dont il se couvrait. Car, ô Dieu! ô juste Dieu! quel est ce raisonnement ? Quoi ! s'ensuit-il qu'on soit un démon, parce qu'on n'est pas un ange; ou c|ue l'embrasement dure encore, parce que l'on voit quelque fumée ou quelque noirceur ; ou que la campagne soit inondée, parce

1. De Seim. Dom. in monte^ ubi 5. Var. : un temps plus heuieax. supra. G. Deforis : Ne jugez donc pas. —

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