‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 367 sur 552 · Deforis : la sainte · texte numérisé non relu

Deforis : la sainte

du siècle. Cette plainte paraît équitable, mais je dois néanmoins la faire cesser. Vous qui paraissez indignés qu'une vertu si rare n'a pas été couronnée, n'avez-vous pas entendu que j'ai dit, au commencement de ce discours, que ce grand homme s'était éloigné de toutes les dignités ? Je l'ai dit, et je le dis encore une fois : le siècle n'a pas été injuste, mais Nicolas Cornet a été modeste. On a recherché son humilité, mais il n'y a pas eu moyen de la vaincre. Nos rois ont connu son mérite, l'ont voulu reconnaître * ; mais on n'a pu le résoudre à [rien] recevoir d'une main mortelle, quoique royale, les ministres et les prélats concourant également à l'estimer. Je pourrais ici alléguer cet ilkistre prélat ^ qui fera paraître bientôt une nouvelle lumière dans le siège de saint Denis et de saint Marcel, et qui a cette noble satisfaction de voir croître tous les jours sa gloire avec celle de notre monarque. Quand je considère les grands avantages qui lui ont été offerts, je ne puis que je n'admire cette vie modeste, et je ne vois pas dans notre siècle un plus bel exemple à imiter.

Les deux augustes cardinaux qui ont soutenu la majesté de cet empire ^ ont voulu donner la récompense qui était due à son mérite ; mais il a tout refusé.

Le premier, l'ayant appelé, lui fit des offres dignes de Son Éminence ; le second, l'ayant présenté à notre auguste reine, mère de notre invincible monarque, lui proposa ses intentions pour une prélature ; mais il remercia Sa Majesté et Son Éminence, déclarant qu'il n'avait pas les qualités naturelles et surnaturelles nécessaires pour les grandes dignités. Vous voyez par là quelle a été son humilité, et combien il a été soigneux de cacher les ilhistres avantages qu'il avait reçus de Dieu, puisque même il allait jusques au devant des propositions qu'on lui voulait faire.

1. Phrase arrangée, ce semble. (Edit. de Versailles.) Cf. Floquet, L'auteur avait peut-être écrit: Études .., t. Il, p. 258. — Les janséft ont connu...,» et en surcharge: nistes prétendirent qu'il avait été «cent voulu reconnaître... » piqué en cette circonstance de se

2. Hardoiiin de Beaumont de Pé- voir moins encensé que le prélat réfixe, évêque de Rodez, nommé à officiant. (Cf. la fin de l'exorde.) l'archevêché de Paris en ]fi<i2. et 3. Les cardinaux ministres, Riqui n'eut se? bulles qu'en ItîiU. 11 chelieu et Mazarin.

avait été précepteur de Louis XIV.

Et, Messieurs, permettez-moi que je fasse une petite digression. J'ai vu un grand homme mépriser ce qu'il y a de plus éclatant dans le siècle ; et cependant je vois une jeunesse emportée, qui n'a de toutes les qualités nécessaires que des désirs violents pour s'élever aux charges ecclésiasticjues, sans considérer si elle pourra s'acquitter des obligations qui sont attachées à ces dignités. On emploie tous les amis ; on brigue la faveur des princes : on croit que c'est assez de monter sur le trône de Pharaon, comme Joseph, pour gouverner l'Egypte; mais il faut, comme lui, avoir été dans le cachot avant que d'être le favori de Pharaon. Ha ! modération de Cornet, tu dois bien confondre cette jeunesse aveuglée : on t'a présenté des dignités, et tu les as refusées. « Rara viriiis, humilitas honorata^ : Que c'est une chose rare de voir une personne humble, (|uand elle est élevée dans l'honneur " ! » Notre Grand maître a eu cette vertu pendant sa vie ; mais, parce qu'il s'est humilié, il faut qu'il soit glorifié après sa mort.

Le Fils de Dieu, qui n'a prononcé que des oracles, a dit que « celui qui s'humilie sera exalté : Qui se hiimiliât cxaltahitur ^ . » Nicolas Cornet, ayant été humble toute sa vie, est et ^ sera bientôt en possession de la gloire. Comme il a eu l'humilité, il a eu toutes les autres vertus dont elle est le fondement. Il a été sage dès son enfance ; la pudeur est née avec lui : il a voué sa virginité à Dieu dès ses plus tendres années ; il a suivi le conseil de saint Paul, qui ordonne à tous les chrétiens de « se consacrer à Dieu comme des hosties saintes et vivantes : Obsecro vos, per miscricordium Dei, ut exhiheatis corpora vestra hostiain viventem, sanctam ", » etc. **. Il fit un sacrifice de son corps et de son âme à Dieu : il consacra son entendement à la foi, sa mémoire au souvenir éternel de Dieu, sa volonté à l'amour, sou corps au jeûne et à la piété. Il fut simple dans ses dis-

1. S. Bern., Hom. iv super M issus 5. Rom., xri, 1. — Amsteid.:;>cr est, n. 9. viscera misericordiœ, ut exhibeatis

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