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reconnu ses avantages naturels et surnaturels; et ils ont avoué en présence de personnes illustres qu'il possédait toutes les richesses des deux Testaments, et tous les trésors qui sont renfermés dans les Pères de l'Église. Voilà de grands avantages. Mais ce qui donne plus d'autorité à mon discours, c'est l'innocence de sa vie, la pureté de ses moeurs, la sainteté de ses actions, l'intégrité de sa conduite. »
Et parlant du zèle qu'il attribuait à AI. Cornet pour les intérêts de la Faculté, il entra dans la matière des cinq propositions, et voici ce qu'il en dit, et ce que l'on écouta de sa bouche avec plus d'attention que tout le reste, parce que c'était le chefd'œuvre et le comble de tous les travaux de ce docteur :
« Plût à Dieu qu'un malheur ne fût point arrivé! Ce grand homme s'est signalé dans nos misères. Il ne put pas se taire, lorsque plusieurs ne devaient point parler. Il rendit un service important à l'Église, lorsqu'elle était affligée. Vous voyez Ijien que je veux parler de la malheureuse dispute qui arriva il y a quelques années, et de la tempête horrible qui s'éleva dans le temps qu'il était syndic de la Faculté de théologie. Il se mit à considérer l'état des choses. Il vit par la lumière de son esprit et de la foi, il vit que saint Augustin avait exposé une doctrine sainte, Messieurs; mais, quoiqu'elle soit infaillible, pure et divine, toutefois, ou par la faiblesse humaine, ou par la profondeur des questions qu'il traite, ou par manque de foi, cette doctrine étant enveloppée de ténèbres, cause d'épouvantables horreurs, et pour mal entendre ses propositions, on se jette en des conséquences ruineuses. Qu'a fait Nicolas Cornet ? Il voit qu'il a affaire à de nouveaux docteurs, à des esprits brouillons, les uns subtils, et les autres obstinés. L'affaire est de très grande importance. Il veut agir en homme de jugement. L'Église est im vaisseau au milieu d'une mer orageuse. Il n'est question que d'arriver au port. On a plus besoin de la conduite d'un sage pilote que de la force des matelots. Notre Grand maître l'entreprend ; et après avoir considéré la face des questions, il regarde, il considère et la qualité et le tempérament des esprits, et il reconnaît, comme dit saint Grégoire de Nazianze, parlant de certaines personnes de son temps, qu'ils étaient de grands esprits, mais chauds, mais ardents. Et ce Père ne se contente pas de dire ces paroles, mais il ajoute qu'ils étaient excessifs, et insatiables comme l'enfer, qui ne dit jamais : C'est assez. Mais il faut m'expliquer. Il est constant, et je l'avoue, parce qu'il est vrai, qu'on ne peut avoir assez d'ardeur, et que le zèle ne peut être assez grand, quand il faut défendre la sainte doctrine. Mais il faut savoir, et il est de la prudence de regarder jusqu'en quel endroit il faut s'étendre. Il n'y a rien de si naturel et de si bon (jue le feu; mais il ne faut pas lui permettre de faire un incendie. Il faut s'en approcher, mais non pas de trop près. Il faut lui donner de l'aliment, mais il ne faut pas le porter jusque dans l'excès. Il faut modérer ce feu; il faut tempérer cette humeur trop bouillante. Il est bon d'être zélé pour la gloire de
J"Église; mais il faut être sage avec mesure, comme dit l'apôtre saint Paul. Il faut avoir recours aux lumières d'en haut. Il ne faut point avoir recours aux lumières de la raison humaine, qui, depuis le péché, ne font que ramper sur la terre. C'est ce que Nicolas Cornet reconnut bien. Il avait de grandes lumières. Il savait qu'il était beaucoup redevable à Dieu. Il agit en partie par coimeil, et en partie par autorité. Il retint les uns dans le devoir, il intimida les autres; et il justifia ce que le Sage a dit, que « la bouche d'un homme prudent est nécessaire dans l'Église : Os pnulentis requiritur in Eeclei<ia sanctoriim i ». Il se conduisit avec telle modération et telle prudence que même ses adversaires lui donnèrent de la gloire, et avouèrent qu'il connaissait parfaitement les confins et les bornes de l'École, qu'il savait les endroits où il faut s'étendre et se resserrer. Et je puis dire à Ja faee de cet autel que c'est lui qui a préparé les voies qui ont obligé Home à prononcer vne déclaration contre les cinq proposiUomt qui ont fait tant de bruit. C'est ainsi que l'Église a suivi ses sentiments, et que cette maison royale a acquis de la gloire. On ne parle plus maintenant que de paix. S'il y a quelques esprits mutins, ils n'osent pas se déclarer. Ce grand homme leur a appris combien il est dangereux de troubler le repos de l'Église, et qu'on mérite ses anathèmes quand on éteint le feu de sa charité ^. »
Cette action, ajoute Hermant, ne fut pas trop avantageuse à la réputation de M. l'abbé Bossuet, qui d'ailleurs n'était pas fort agréable à la cour en ce temps-là, parce qu'il avait paru |)référer dans la l'^aculté les intérêts de M. Cirandin au zèle que l'on doit avoir pour la conservation de la juste autorité royale contre les prétentions des nltramontains ; et le roi même s'en était plaint, en disant c[u'il voyait bien que cet abbé ne se souciait pas beaucoup tl'être du nombre de ses amis. Mais son mérite l'a relevé de cette chute, et la mort de M. Cornet, à qui il était attaché par un excès de reconnaissance, lui a aplani les voies pour un des plus importants emplois de notre siècle, en lui procurant l'instruction de jNIgr le Dauphin, dont toute la France l'a vu s'acquitter a\ec beaucoup de bénédiction et de succès.