SUR L'ASSOMPTION
venu : et il laisse sa chaste ï^ipouse sur la terre, jeune veuve désolée, qui demeure sans soutien !
IVIarie donnée pour l'unique consolation de tous les fidèles sur la terre \ Elle vo5^ait son fils dans tous ses membres. Sa compassion était une prière pour tous ceux qui souffraient ; son cœur, dans le cœur de tous ceux qui gémissaient, pour leur aider à crier miséricorde ; dans les plaies de tous les blessés, pour leur aider à crier soulagement ; dans tous les cœurs charitables, pour les presser de courir au soulagement, au soutien, à la consolation des nécessiteux et des affligés ; dans tous les apôtres, pour annoncer l'Évangile ; dans tous les martyrs, pour le sceller de leur sang ; enfin généralement dans tous les fidèles, pour en observer les préceptes, en écouter les conseils, en imiter les exemples.
I.e soutien dans cet état, la communion : car ne pouvant l'embrasser en sa vérité toute nue, elle l'embrasse dans la vérité de son Sacrement : « Siih timbra iUius quem c1a>idcravcram sedi, et fntctus ejus duJcis guttiiri meo ^ : Je me suis reposée sous Tombre de celui que j'avais tant désiré ; et son fruit est doux à ma bouche ^ . » Son ombre, dit saint Bernard^, ch'st sa chair; son ombre, c^est la foi. Marie a été mise à couvert sous Vombre de la chair de son propre Fils ; et moi, je le suis à Vombre de la foi du Sci^ticur. Et comment sa chair ne me couvrirait-eUe pas aussi, puisque je le manf^e dans les saints mustcrcs ? L' Épouse désire, avec raison, d'être couverte de Voinbre de celui dont elle doit recevoir, en même temps, le rafraîchissement et la nourriture. Les autres arbres des forêts, quoiqu'ils consolent par leur ombre, ne donnent cependant point la nourriture, qui
LjEsçuiise: Ses souffrances étaient Ayons donc l'ardeur de souffrir, et l'un des soutiens de l'Église. Elles l'ardeur de gagner les âmes par nos animaient les martyrs, les apôtres, travaux et par nos souffrances, les vierges ; elles étaient la vie de Marie a vécu de cet amour ; et entout le corps de l'Église. Elle vivait suite aussi elle en est morte : c'est pour achever la couronne de son mon second point. — Cela n'aurait- Fils : car les âmes sont sa joie et sa il pas été écrit pour Saint-Sulpice, couronne : Gaudium meum et corona en 1664, et annexé par Deforis au vxea (Philip., iv, ] ). C'est hi le dia- sermon de l'année précédente? dùme dont le vrai Salomon a été 2. Cant., ir, 3. couronné par sa mère au jour de ses S.Tradnctionssuspectes.Demême, noces: Videte rtgem Sulomonem in semble-t-il, la citation qui se lit dindonote^quocoronarit illum [Def.: ensuite. cum] viater sua... (Cant., ni, 11). 4. In Cant.. Serm. XLVIII, n. 2.
fait le soutien de la vie, et ne produisent point ces fruits perpétuels de salut. Un seul, auteur de la vie, peut dire à F Épouse : Je suis ton salut. Aussi désire-t-elle spécialement d'être couverte sous Vomhre du Christ, parce que lui seul, non seulement rafraîchit de ^ V ardeur des vices, mais remplit encore le cœur de l'amour des vertus. Puisque nous [ne] pouvons ' jouir de la lumière, reposons-nous à l'ombre; mais cherchons quelque arbre C|ui puisse nous donner non seulement de l'ombre, mais du fruit; non seulement du rafraîchissement, mais de la nourriture. Il n'y a que Jésus-Christ goûté dans la communion. Reposons donc sous son ombre notre amour languissant et fatigué de ne voir pas encore la lumière, de n'embrasser pas encore la vérité même. C'est là notre unique soutien. Mais, ô soutien accablant ! la communion irrite l'amour plutôt qu'elle ne l'assouvit. O Marie, il faut mourir; votre amour est venu à un point qu'il n'y a plus que l'immensité du sein de Dieu qui le puisse contenir.
Second Point.
L'amour profane est toujours plaintif; il dit toujours ciu'il languit et qu'il se meurt. Mais ce n'est pas sur ce fondement que j'ai à vous faire voir rj[ue l'amour peut donner la mort : je veux établir cette vérité sur une propriété de l'amour divin. Je dis donc que l'amour divin emporte avec soi un dépouillement et une solitufie effroyable, que la nature n'est pas capable de porter ; une si horrible destruction de l'homme tout entier ^, et un anéantissement si profond de tout le créé en nousmêmes, que tous les sens en sont accablés. Car il faut se dénuer tellement de tout pour aller à Dieu, fju'il n'y ait plus rien qui retienne ; et la racine profonde d'une telle séparation, c'est cette effroyable jalousie d'un Dieu qui ^ veut être seul dans une âme, et ne peut souffrir que lui-même dans un cœur qu'il veut aimer ; tant il est exact ^ et incompatible !