ESQUISSE ET FRAGMENTS
POUR LA FÈÏE DE LA CIRCONCLSION
Aux Carmélites de la rue du Bouloi, l"^!" janvier 1664.
Écrit de la même plume et du même trait que le canevas précédent, ce sermon i était destiné au même auditoire. Pour abréger son travail préparatoire, l'orateur se reporte à un de ceux qu'il avait composés jadis pour la chapelle du grand couvent, celui de la rue Saint-Jacques, dont la nouvelle communauté était comme une récente colonie. Du reste, la prédication s'adresse moins aux quelques religieuses présentes qu'aux auditeurs venus du dehors, ('/était une prolongation de la station d'Avent, dont une partie avait été fournie par l'évèque d'Amiens, et l'autre par « l'abbé Bossuet. »
C'est pour la première fois qu'on trouvera rassemblés les fragments épars de ce discours. Lâchât a bien prétendu le reconstituer; mais il lui a prêté un premier point composé pour le 1®'' janvier 1669; et il s'est borné, pour le second, à renvoyer à celui de 1668. Nous aurons à corriger dans le détail des fautes de lecture assez bizarres : celles de cet éditeur sont toujours d'un autre goût que celles de Dcforis.
Vocabis nomen ejiis JetiiiDi .- ipsc enlm salvum faciet popiihnn siiuni a pcccaiis conim.
Vous donnerez à l'Enfant le nom de Jésus, c'est-à-dire celui de Sauveur ; car c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés.
(Matth., I, n.)
Un nom donné par l'ordre de Dieu doil; aussi être e.\[>liqué par le même ordre ; jamais nous ne serons capables d'entendre les mystères admirables du nom de Jésus, si le Saint-Esprit ne nous les découvre. Il le fait aussi, Chrétiens; et il nous apprend dans mon texte que la raison {irécise et essentielle pour laquelle ce divin nom est dû par excellence au fiN de Marie, c'est qu'il
l.Ms. fr. 12821, f. 342-315; 322 ; 328-332.
est envoyé pour sauver son peuple de la tyrannie du péché. De même que s'il disait : Il y a plusieurs Jésus et plusieurs sauveurs : les uns ont mérité ce beau titre pour avoir délivré les peuples d'une longue captivité, les autres pour les avoir sauvés ou des périls de la guerre ou des horreurs de la famine. Celui-ci est sauveur par un autre titre : son caractère ^ particulier, c'est qu'il nous sauve de tous nos péchés ; et c'est pour cela que, nous délivrant du plus grand de tous les malheurs, il mérite d'être nommé et le sauveur véritable, et l'unique libérateur, et le Jésus par honneur et par excellence^ : Ipsc enîm salvum [fncict populum suum a peccatis corum] ^. Ainsi ■* toute la grandeur du nom de Jésus, c'est de nous désigner personnellement celui qui est envoyé de Dieu pour ôter les péchés du monde ; et c'est aussi cette délivrance que j'ai dessein de vous faire entendre pour célébrer dignement la gloire d'un nom si auguste.
Or, Messieurs, j'ai appris de saint Augustin que cette grâce de délivrance de tous nos péchés a trois parties principales et essentielles. Jésus, dit-il, est l'Agneau de Dieu, et il ôte les péchés du monde en trois façons différentes : « et parce qu'il remet ceux qu'on a commis, et parce qu'il nous aide pour n'en plus conmiettre, et jiarce que, par plusieurs périls et par plusieurs exercices, il nous mène enfin à la vie où nous ne pouvons plus en commettre aucun : Et dimUtctido quœ fada sunt, et adjiivando ne fiant, et perduccndo ad vitam uhi fieri omvino non possint ". »
Et en effet, Chiétiens, si nous méditons attentivement comment '^' le péché nous tient captifs, il nous sera aisé de connaître que cette misérable servitude consiste eu trois choses. Lorsque nous l'avons commis, il a sa tache inhérente en nous et sa coulpe qui nous infecte. Et quand elle est effacée, il a encore ses appas trompeurs et ses tentations (jui nous attirent. Et dans la ]ilus