‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 415 sur 552 · SUR LE DANGER DES PLAISIRS DES SENS · texte numérisé non relu

SUR LE DANGER DES PLAISIRS DES SENS

se condamnaient, etc. On leur ôtait la vie ; eux, les plaisirs ; leurs biens ; eux, tout usage immodéré. Exil de leur patrie ; tout le monde leur était un exil : ils s'ordonnaient à eux-mêmes de ne s'arrêter nulle part et de n'avoir nulle consistance en aucun pays, etc. Cette persécution aliénait autant les esprits que l'autre. Encore plus, dit Tertullien : Plures invenias, quon magis pcricuhini voluptatis quam vitse avocet ah hac scctn ^. On craignait les rigueurs des empereurs contre l 'Église, raais on craignait bien plus la sévérité de sa discipline contre elle-même ; et ils se fussent plus facilement expo:sés à perdre la vie, qu'à se voir arracher les plaisirs, sans lesquels ' la vie semble être à charge.

Cette persécution dure encore. Les chrétiens se doivent déclarer la guerre et à toutes les joies sensuelles : parce qu'elles sont ruineuses à l'innocence, et le chrétien ne doit rien aimer que de saint"; parce qu'elles sont vaines et imaginaires, et le chrétien ne doit rien aimer que de véritable; parce que ce n'en est pas le temps, et que le chrétien doit s'accommoder aux ordres de la divine providence.

Premier Point.

Quand on parle ^ contre les plaisirs, les libertins s'élèvent ; et peu s'en faut qu'ils n'appellent Dieu cruei. Car ^, qu'y a-t-il de si criminel dans les plaisirs, etc. ? C'est pourquoi, pour leur fermer la bouche, le discours grave et sérieux que fait Cicéron. Je l'ai pris dans saint

\. De Spect., u. 2. modifié sou plan.

2. Ms. : sans laquelle. (Nouveau 4. La première rédaction n'avait

lapsus.) guère fait autre chose que noter

S. L'édition Lachafc pouctue ce quelques textes, à l'intention du

ptassage de manière à en détruire l'i" point: (( 1. Qiiœ major voluptas

absolument le sens ; ((... sensuelles. quam fastidiiim ipsius vnhiptaiii 7 —

parce qu'elles sont ruineuses h l'in- Gaudhim animain eflicere levem. Ote

nocence ; et le chrétien ne doit rien la réflexion, le poids de l'esprit et

aimer que de saint, parce qu'elles du jugement. Dissipe au dehors. — .

sont vaines... : » et ainsi du reste. Fita ista non amanda, scdloUranJa.

Deforis n'était pas tombé dans cette — Aqua in puteo voluptas seciili est.

faute. — Cupidiffiem proni sitbmittt/nt ut.

Dans le canevas primitif, la divi- perveniatur ad voluptatem . — Homi-

sion était ainsi énoncée, k la pre- *es enim pœnati, malo plus sitiunt

niiéve ligue : (( Joie L' trompeuse. quamcaphmt. »

2'' danpcereuse, .3<^ hors du temps. ,i' ;>. Edit. : Car, di?ent-il?, qu'y a-

— On voit que l'auteur a ensuite t-ii...

550 SLR LE DANGER

Augustin^ : [il] cesse d'être profane après avoir passé par ce sacré canal.

Les voluptés corporelles peuvent-elles sembler désirables, elles que Plato7i a nommées Vappât et Vhameçon de tons les mnux '^ En effet, quelles maladies et de Vesprit et du corps, quel épuisement et des forces et de la beauté de l'un et de Vautre; quelle honte, quelle infamie, quel opprobre n'est pas causé par les voluptés ? « desquelles plus le transport est violent, plus il est ennemi de toute sagesse : cujus motus ut quisque est maxi- 7nus, ita est inimicissimns philosophise'-. » Car qui ne sait que les grandes émotions des sens ne laissent aucun lieu à la réflexion 7n à aucune pensée sérieuse ? Et qui serait l'homme assez brutal qui voidût passer toute sa vie parmi ces emportements de ses sens émus, parmi cet enivrement des plaisirs ? Mais qui serait l'homme de sens rassis qui ne désirerait pas plutôt que la nature ne nous eût donne aucun de ces plaisirs corporels, qui dégradent Vâme de sa dignité et de sa grandeur naturelle ?

« Voilà, dit saint Augustin, ce qu'a dit celui qui n'a rien su de la première institution ni de la dépravation de notre nature, ni de la félicité du paradis, ni des joies éternelles qui nous sont promises; qui n'a point appris que la chair convoite contre l'esprit. Erubescamus intérim veris disputationibus impiorum, qui didicimus in vcra verse pietati^ sanctaque philosophia, et contra spiritum cnrnem, et contra carnem concupisccre spiritunf . « Je vous conjure, mes Frères, que la philosophie chrétienne '^ ne soit ni moins sérieuse, ni moins honnête, ni moins chaste, ni moins sérieuse, ni moins tempérée que la philosophie des païens : Obsecro te, non sit honestior philosophia gentium, quam nostra cliristiana, quae una est vera philosophia ; quando quidem studium vel amor sapientix significatur hoc nomine ^. »

1. Ms. : (( etc. Voy. p. 6. » — Là, Ms. : fpirilum co)icupiscere.

ce développement débutait ainsi: 4. Traduction dan? la seconde es-

<( Passage de Cicéron rapporté par quisse, avec renvoi à la première,

saint Augustin, qui cesse d'être pro- où. se trouve le latin. Une phrase

fane, après avoir passé par ce sacré incidente n'a pas été rendue : « qua;

canal. Les voluptés corporelles... » una est rera rhilo^ophia : qui est la

La suite, comme dans le teste. seule véritable philosophie. »

2. Cicer., in Hortens. (^pnéS.Aug.) b. Ihid. — Ms.: quœ est vera...

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