Cf. ci-dessus, p. 5,52. n
60G TROISIÈME DIMANCilK DE CAUÊ.ME.
de fleurs, que de passe-temps, (c Coiunemus nus roals, antequam marcescant ; nidlum pratum sit quod non pertranseat luauria tïostro ^ : Couronnons, disent-ils, nos têtes de fleurs, avant qu'elles soient flétries. » Ils invitent tout le monde à leur bonne chère, et ils veulent leur faire part de leurs plaisu-s : Ncmo vestnim exsors sit liLVurioe nostne ; ubique rdinquannifi signa lœtitiec'. Que leurs paroles sont douces ! que leur humeur est enjouée ! que leur compagnie est désirable ! Mais, si vous laissez pousser cette malheureuse racine, les épines sortiront bientôt. Car écoutez la suite de leurs discours, et vous les verrez résolus à opprimer le juste qui les contredit, à réparer par des pillei'ies ce qu'ils ont dissipé par leurs débauches : « Opprimons, ajoutent-ils, le juste et le pauvre ; ne pardonnons point à la veuve ni à l'orphelin : Opprîmamus pauperem justuni '\ » Quel est ce soudain changement ? et qui aurait jamais attendu d'une douceur si plaisante une cruauté si impitoyable? C'est en effet. Chrétiens, que l'âme, s'étant une fois éloignée de Dieu, fait de terribles progrès dans ce malheureux voyage. Le principe de toute droiture, c'est-àdire la crainte de Dieu, étant affaibli ■*, elle n'a plus de force ni de résistance ; elle s'abandonne peu à peu, et tombe d'excès en excès et de désordre en désordre. De même qu'un espion, dit saint Grégoire de Nysse % s''il est i^ejeté d^'aborâ, s'en retourne honteux et conjus ; mais, s'il est reçu dans la place, il gagne peu à peu les uns par les autres avec un air innocent, et enfin le parti des traîtres devient le plus fort : ainsi un vicieux a)nour des plaisirs ayant une fois entrée dans le cœur par une secrète inteUigence, il sollicite l'un après l'autre tout ce qu'il y a en nous de mauvais désirs; il se fait, dit ce saint évêque, une grande défection ; tout se range de ce côté : la raison inconsidérée, qui s^était trop facilement ^ confiée aux sens, est trahie par ces infidèles '' ...