‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 466 sur 552 · EXORDE D'UN · texte numérisé non relu

EXORDE D'UN

à Saint-Thomas-du-Louvre, 1665.

L'autographe de ce fragment ^ nous serait bien utile pour en justifier la date et la destination. Tout ce que nous pouvons dire, à défaut de ce document, c'est que nous ne soupçonnons aucun motif de j^laccr ailleurs ce plan de sermon ; la Pftssioii de tous les carêmes précédents existe, et nous rencontrerons bientôt celle de la station royale de Saint-Germain-cn-Laye (16G6). L'auteur revient ici aux idées développées dans celle des Carmélites, en 16G1. Pour cette raison, il n'avait peut-être rien écrit de plus que ce qu'on va lire. De vive voix, comme la plume à la main, il aura bien su enchérir sur son ancienne rédaction.

[No7i en'un jiuUcari me sclre aliqnid iiiter vos, visl Jesum Christum, et hiinc cnicifixHV'.

(I Cor., II, 2.)]

Dans la riche description que le Saint-Esprit nous fait entendre en l'Exode des habillen^ents du Pontife, ce que je trouve de plus remarquable, c'est qu'il lui était ordonné do ne paraître jamais devant Dieu sans porter sur .sa poitrine la doctrine et la vérité en cette tunique mystérieuse qui est appelée par Moïse le Rational du jugement '. Soit que les mots en fussent gravés sur ce sacré vêtement, comme veulent quelques interprètes, soit que les choses fussent figurées par deux pierres précieuses qui faisaient partie des ornements du grand-prêtre, comme d'autres l'ont entendu, toujours est-il assuré que ceci regarde le Fils de Dieu, qui est la fin de la Loi et le pontife de la Nouvelle alliance ; qui, ayant porté sur lui-même, toute sa vie, la doctrine et la vérité, non point dans des lettres ni dans des figures,

1. Ce fragment retrouve dans les tion? {n''s xxx-xxxiv) , Pensées chrétiennes et morale:', mais 2. Exod., XXVlir, ."0.

seulement duiis les anciennes édi-

612 POUR LE VENDREDI S.\iNT.

mais dans ses actions irrépréhensibles, les porte d'une manière bien plus eflicace dans le sacrifice de la croix, OH il commence à entrer véritablement dans les fonctions de son sacerdoce. Approchons donc, Chrétiens, pour voir la doctrine et la vérité gravées sur le corps de notre pontife en autant de caractères qu'il a de blessures; et tirona tous les principes de notre science de sa Passion douloureuse.

Mais, pour apprendre avec ordre et avec méthode cette science divine, remarquons avant toutes choses que Jésus est à la croix comme une victime, qu'il y est comme un rédempteur, qu'il y est comme un combattant. Comme victime, il se perd lui-même ; comme rédempteur, il sauve les âmes ; comme combattant, il gagne le ciel. Et voici l'ordre de sa sagesse dans ce qu'il a perdu, ce qu'il a acheté, ce qu'il a conquis. Jésus a dû beaucoup perdre dans sa Passion, parce qu'il y était comme une victime ; il y a dû acheter quelque chose, parce qu'il y était comme un rédempteur; il a dû aussi conquérir, parce qu'il y était comme combattant. Cette victime s'est détruite elle-même, ce rédempteur a sauvé les âmes, ce combattant a gagné le ciel. Cette victime, pour être détruite, s'abandonne à la fureur de ses ennemis, prodigue son sang et sa vie : il livre au supplice son corps et son âme, il abandonne tout ce qu'il possède ; et c'est pourquoi sa Passion est un sacrifice. Mais lorsqu'il prodigue ainsi tous ses biens, ne nous persuadons pas qu'il veuille les donner à pure perte. C'est un achat qu'il traite, c'est un échange qu'il fait : il donne tout ce qu'il a pour sauver nos âmes, pour les racheter des mains de Satan, auquel notre péché nous avait vendus : et pour cela, Chrétiens, sa croix est appelée dans les Écritures un mystère de rédemption \

Mais que fera-t-il de ces âmes qu'il a rachetées ? à quel usage les destine- t-il? quel est son dessein sur elles? Dessein certainement admirable : il les veut ramener au ciel, qui est le lieu de leur origine ^, pour les y faire régner en sa compagnie. IMais, comme nos crimes nous

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