‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 48 sur 552 · Afs. ; résination · texte numérisé non relu

Afs. ; résination

1. PrcmUre réùact'ion: ((Lorsque Dieu nous exerce par des maladies, ou par quelque affliction d'une autre nature, notre patience tient lieu de martyre (s'il met la main sur notre famille, en nous ôtant nos parents, nos proclies. enfin ce qui nous est cher sous {n/r.: par) quelque autre titre de jjiété), et que nous lui offrons avec soumission (vai: : patience) un cœur blessé et ensan-

glanté par la perte qu'il a fait[e] de ce qu'il aimait justement, c'est du sang que nous donnons au Sauveur.

Et puisque nous voj'ons, dans les saintes Lettres, que l'amour des biens corruptibles est appelé tant de fois la chair et le sang, lorsque nous retranchons cet amour qui ne peut être arraché que de vive force, c'est du sang que nous lui donnons.

Les médecins disent, si je ne me trompe, que les larmes et les sueurs naissent de la même matière dont le sanj; se forme. Je ne recherclie pas curieusement si cette opinion est véritable ; mais je sais que, devant le Seigneur Jésus, [p. 14] et les larmes et les sueurs tiennent lieu de sang. J'entends parles sueuis. Chrétiens, les travaux que nous subissons l)onr l'amour de lui, non avec une nonchalance molle et paresseuse, mais avec uu courage ferme et une

le monde, assez d'injustices; sa faveur, assez d'inconstance ; il y a assez de bizarrerie dans le jugement des ihommes, et assez d'inégalité dans leurs humeurs contrariantes : si bien que ce n'est pas seulement l'Évangile, mais encore le monde et la nature qui nous impose la loi des soufî'rances : il n'y a plus qu'à nous a{)pliquer à en tirer tout le fruit qui se doit attendre d'un chrétien; et c'est ce qu'il l'aut vous montrer dans la seconde partie.

Second Point.

[P. i] Lorsque nous verrons. Chrétiens, Jésus-Christ sortir du tombeau, couronné d'honneur et de gloire, la lumière d'immortalité qui sortira ^ de ses plaies, et de là se répandra sur son divin corps, nous fera sensiblement reconnaître les merveilleux avantages que produit lo bon usage des afflictions. 'J'outefois, Jésus ne veut point attendre ce jour pour nous apprendre cette vérité l)ar expérience ; et, sans sortir de sa croix, il entreprend de nous montrer ', par un grand exemple, quelles sont les consolations de ceux qui souffrent avec patience. Mais, comme cet exemple de consolation ne peut nous être donné en sa personne sacrée, qui doit être au contraire jusques à la mort rexem])le d'un entier abandonnement, ce que l'ordre de ses mystères ne lui permet pas de nous montrer encore en lui-même, il nous le découvre. Messieurs, [p. ii] dans ce voleur pénitent, au-

noble contention. Trayaillons donc ce pas du saug que nous lui don-

j)Our sa gloire : s'il faut faire quel- nons ? Mais pourquoi vous marquer

(|ue établissement pour le bien des avec tant de soin les occasions de

pauvres, s'il se présente quelque souffrir, qui viennent assez d'elles-

occasion d'avancer son œuvre, tra- )nêmes ? Non, mes Frères, sans

vaillons avec un grand zèle, et ressusciter les tyrans, la matière ne

tenons pour chose assurée que les manquera jamais à la patience : la

sueurs que répandra un si beau tra- nature a assez d'infirmités... >:> —

vail, c'est du sang que nous lui Tous les éditeurs maintiennent dans

Sonnons. Mais, sans sortir de nous- le texte cette ébauche vigoureuse,

mêmes, quel sang est plus agréable mais un peu confuse. On n'a pas

au Sauveur Jésus que celui ae la remarqué que l'auteur l'a refaite en

pénitence ? Ce sang que le regret de la concentrant. En outre, il a résumé

nos crimes tire du cœur par les yeux, sa pensée dans cette note marginale:

je veux dire le sang des larmes (( Le monde, la nature, la société,

amères, qui est nommé par saint trois sources de souffrances. )) Augustin, (( le sang de nos âmes )) 1. Var. : rejaillira.

(.Se/-w. oc'CLi, n. 7), lorsque nous le 2. Var. : il veut nous convaincre

versons devant Dieu, en pleurant [de l'uiilité...] Êiucèrement nos injfratitudes, n'est-

C4 PAR^AfF, DES CARMÉLITES.

<|uel il inspire pariDi les souffrances des sentiments d'une pirfé tonte chrétienne, qu'il couronne aussitôt de sa j)ro{)re bouche jiar la promesse d'une récompense éternelle : llod'ie VH'cnm erh^...

Je ne m'étendrai pas, Chrétiens, à vous prouver par un \o\\^ discours que Dieu aime d'un amour particulier les âmes souffrantes. Pour isjnorer cette vérité, il faudrait n'avoir aucune teinture des principes du christianisme ; mais, afin qu'elle vous profite en vos consciences, je tâclierai de vous faire entenrlre par les Écritures divines les causes de cet amour ; et la première qui se présente à ma vue, c'est la contrition d'un cœur pénitent.

Il est certain, âmes saintes, qu'un cœur contrit et humilié dans le souvenir de ses fautes est un grand sacrifice à Dieu et une oblation de bonne odeur, plus douce que tous les parfums. Mais ce sacrifice d'humiliation ne s'offre jamais mieux que dans les souffrances : car nous voj'ons par expérience qu'une âme dure et impénitente [p. m] qui, durant ses prospérités, n'a peutêtre jamais pensé à ses crimes, commence ordinairement à les confesser " au milieu des afflictions. Et la raison en est évidente : c'est qu'il y a dans le fond de nos consciences un certain sentiment secret de la justice divine, qui nous fait connaître manifestement, dans une lumière intérieure qui nous éclaire, que, sous un Dieu si bon que le nôtre, l'innocence n'a rien à craindre, et ({u'il lui est si naturel d'être bienfaisant à ses créatures, qu'il ne ferait jamais de mal à personne s'il n'y était forcé par les crimes. De sorte que le pécheur obstiné, lequel, ébloui des faveurs du monde, ne pense plus à ses crimes et, parce cju'il n'y pense plus, s'imagine aussi que Dieu les oublie, ohJitus est Deiis", en même temps qu'il se sent frappé, il réveille en sa conscience ce sentiment endormi de la justice divine ; et, touché de la crainte de ses jugements, il confesse * avec amertume les désordres de sa vie passée.

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